Histoire du Kazakhstan : des steppes nomades à l'État moderne
Neuvième pays du monde par sa superficie, le Kazakhstan occupe un territoire immense à la croisée de l'Europe orientale et de l'Asie centrale. Son histoire est celle d'un carrefour de civilisations : des premiers cavaliers des steppes aux empires mongols, de la domination tsariste à la soviétisation, jusqu'à l'indépendance proclamée en 1991. En 2026, le pays continue de façonner son identité politique à travers des réformes constitutionnelles majeures.
Les origines : berceau de la domestication du cheval
Le territoire kazakh est habité depuis le Paléolithique. La culture de Botaï, attestée vers 3 600–3 100 avant notre ère dans les steppes du nord, est considérée par les archéologues comme l'un des tout premiers foyers de domestication du cheval au monde — une découverte qui allait transformer l'ensemble de l'humanité. À l'âge du bronze, plusieurs cultures se succèdent : Afanassiev, Andronovo, puis Begazy-Dandybaï.
Aux VIe–IIIe siècles avant notre ère, les Sakas — connus des Grecs sous le nom de Scythes — fondent le premier État de la région, centré sur le Djétyssou (Semirechye). Ces redoutables cavaliers nomades repoussent notamment les armées d'Alexandre le Grand et entretiennent des échanges avec la Perse achéménide.
L'essor médiéval et la Route de la Soie
Au cours du premier millénaire de notre ère, plusieurs puissances turcophones se disputent les steppes et les oasis : les Huns, les Göktürks, puis les Khaganats turcs qui contrôlent des segments essentiels de la Route de la Soie. Des villes comme Otrar ou Taraz deviennent de prospères centres commerciaux et intellectuels, reliant la Chine à la Méditerranée.
Au XIIIe siècle, Gengis Khan soumet l'ensemble de la région. Après sa mort, le territoire est partagé entre ses fils : la Horde d'Or, dirigée par Djötchi puis ses descendants, règne sur les steppes kazakhes pendant deux siècles. La décomposition progressive de cet empire ouvre la voie à la formation d'une entité proprement kazakhe.
Le Khanat kazakh : naissance d'une identité nationale
Vers 1465, deux sultans dissidents de la Horde d'Or — Kerei et Janibek — fondent le Khanat kazakh dans les plaines du Djétyssou. C'est la première structure politique portant explicitement le nom « kazakh », terme qui désigne alors les nomades libres. Le khanat connaît son apogée au XVIe siècle sous le règne de Qasym Khan, qui unifie les trois jüz (grandes divisions tribales) : le Grand Jüz au sud-est, le Jüz Moyen au centre, et le Petit Jüz à l'ouest.
Au XVIIe siècle, les invasions répétées des Dzongars (Oïrates bouddhistes) depuis l'est provoquent une catastrophe démographique appelée Aktaban Shubyryndy (« La grande débandade »). Affaiblis, les chefs du Petit Jüz se tournent vers la Russie et acceptent en 1731 un traité de vassalité, amorçant un processus qui allait conduire à l'absorption complète du territoire.
La conquête et la colonisation russes (XVIIIe–XIXe siècle)
L'intégration du Kazakhstan dans l'Empire russe s'étale sur plus d'un siècle. Dès 1718, des forteresses russes sont construites à Semipalatinsk (auj. Semey) et Oust-Kamenogorsk pour sécuriser la frontière méridionale. Le Jüz Moyen est annexé dans les années 1820, le Grand Jüz dans les années 1840. À la mi-XIXe siècle, l'ensemble du Kazakhstan est sous contrôle russe.
La colonisation s'accompagne d'une politique systématique d'installation de paysans slaves sur les terres de parcours nomades, bouleversant profondément l'économie pastorale kazakhe. Des insurrections éclatent, dont celle de Kenesary Kasymov (1837–1847), dernier khan à opposer une résistance armée à l'Empire. Sa mort marque la fin définitive de l'organisation politique nomade traditionnelle.
L'ère soviétique : traumatismes et transformations
Après la révolution bolchévique de 1917 et la guerre civile qui s'ensuit, le Kazakhstan est intégré de force dans le nouveau système soviétique. D'abord République autonome au sein de la Russie (1920), il accède au statut de République socialiste soviétique à part entière en 1936.
Les années 1930 sont marquées par une double catastrophe. La collectivisation forcée détruit l'élevage nomade en quelques années : entre 1931 et 1933, une famine terrible (Asharshylyk) tue entre 1,5 et 2 millions de Kazakhs, soit près d'un tiers de la population. Simultanément, Staline utilise le territoire comme zone de déportation massive : Allemands de la Volga, Tchétchènes, Coréens, Polonais et d'autres peuples « punis » y sont relégués, faisant du Kazakhstan une société profondément multiethnique.
Après la Seconde Guerre mondiale, le pays connaît une nouvelle transformation avec la campagne des Terres vierges lancée par Khrouchtchev à partir de 1954 : des millions d'hectares de steppe sont mis en culture, attirant de nouvelles vagues de colons slaves. Par ailleurs, le site de Semipalatinsk (nord-est) devient le principal polygone d'essais nucléaires soviétiques : entre 1949 et 1989, plus de 450 explosions atomiques y sont effectuées, avec des conséquences sanitaires dévastatrices pour les populations locales.
L'indépendance et l'ère Nazarbaïev (1991–2019)
Le Kazakhstan est la dernière des quinze républiques soviétiques à proclamer son indépendance, le 16 décembre 1991. Cette date, devenue fête nationale, résume à elle seule l'ambivalence kazakhe vis-à-vis de la dissolution de l'URSS : le pays n'a pas cherché à se détacher, il y a été poussé par les événements.
Noursoultan Nazarbaïev, premier secrétaire du Parti communiste depuis 1989, devient le premier président du Kazakhstan indépendant, élu avec 98,8 % des voix en décembre 1991. Son règne de près de trente ans est caractérisé par une présidence ultra-centralisée, une économie fondée sur les exportations d'hydrocarbures, et une politique étrangère dite « multi-vectorielle » ménageant simultanément la Russie, la Chine et les Occidentaux. La capitale est transférée d'Almaty vers la ville de steppe d'Akmola, rebaptisée Astana (1997), puis Noursoultan en son honneur (2019).
Sur le plan économique, le Kazakhstan profite du boom pétrolier des années 2000 pour afficher des taux de croissance spectaculaires et se positionner comme la principale puissance économique d'Asie centrale. En mars 2019, Nazarbaïev démissionne de la présidence mais conserve le titre de « Père de la nation » (Elbasy) et des pouvoirs institutionnels considérables.
La transition Tokaïev et les crises récentes (2019–2026)
Kassym-Jomart Tokaïev, ancien président du Sénat et diplomate onusien, lui succède. Mais c'est en janvier 2022 que le Kazakhstan bascule : ce qui commence comme des protestations contre la hausse du prix du gaz à Janaozen dégénère en insurrection nationale. Des dizaines de villes sont touchées, des bâtiments officiels sont incendiés à Almaty. Tokaïev déclare l'état d'urgence et, fait inédit, appelle à l'aide l'Organisation du traité de sécurité collective (OTSC), qui déploie des troupes russes et alliées. Le bilan officiel est d'au moins 238 morts.
Ces événements, surnommés Kantar (« janvier » en kazakh), constituent un tournant. Tokaïev rompt symboliquement avec Nazarbaïev, le nomme responsable de clans oligarchiques et engage un cycle de réformes. Un référendum constitutionnel en juin 2022 transforme la « super-présidence » en régime présidentiel équilibré, supprime le statut d'Elbasy et rouvre l'inscription de partis politiques.
En mars 2026, un second référendum constitutionnel adopté à près de 90 % des voix entérine une refonte encore plus profonde : réécriture d'environ 84 % de la Constitution de 1995, remplacement du Parlement bicaméral par un Kurultaï monocaméral, réintroduction du poste de vice-président, et constitutionnalisation de la séparation de la religion et de l'État. La nouvelle Constitution doit entrer en vigueur le 1er juillet 2026. Ces réformes suscitent des lectures contradictoires : démocratisation réelle pour les uns, consolidation du pouvoir présidentiel sous des formes nouvelles pour les autres.
Questions fréquentes
Quand le Kazakhstan a-t-il obtenu son indépendance ?
Le Kazakhstan a proclamé son indépendance le 16 décembre 1991, devenant ainsi la dernière des républiques soviétiques à quitter l'URSS. Cette date est célébrée comme fête nationale.
Qui a dirigé le Kazakhstan depuis l'indépendance ?
Noursoultan Nazarbaïev a présidé le pays de 1991 à mars 2019, soit près de trente ans. Il a été remplacé par Kassym-Jomart Tokaïev, qui est toujours président en 2026 et a engagé plusieurs réformes constitutionnelles majeures depuis 2022.
Qu'est-ce que la révolte de janvier 2022 au Kazakhstan ?
En janvier 2022, des manifestations contre la hausse du prix du gaz se sont transformées en insurrection nationale. Des violences éclatent dans plusieurs villes, notamment Almaty. Le président Tokaïev déclare l'état d'urgence et fait appel aux forces de l'OTSC. Le bilan est d'au moins 238 morts. Ces événements accélèrent une série de réformes politiques et constitutionnelles.
Quelle est la place du Kazakhstan dans l'économie mondiale ?
Le Kazakhstan est la première économie d'Asie centrale, largement fondée sur l'exploitation et l'exportation d'hydrocarbures (pétrole, gaz) ainsi que de matières premières minières. Il est membre de l'Union économique eurasiatique et pratique une diplomatie dite « multi-vectorielle » entre Russie, Chine et Occident.
Pourquoi la capitale du Kazakhstan a-t-elle changé de nom ?
La capitale a été déplacée d'Almaty à Akmola en 1997, puis rebaptisée Astana. En 2019, après la démission de Nazarbaïev, la ville a pris le nom de Noursoultan en hommage au président sortant. En 2022, dans le contexte post-Kantar, la ville a retrouvé son nom d'Astana.
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