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Histoire du Cap-Vert : des origines à l'État démocratique moderne

Publié 16. mai 2025 Mis à jour 15. juin 2026

Quelle est l'histoire concise du Cap-Vert ?

Archipel de dix îles volcaniques situé dans l'océan Atlantique, à quelque 570 kilomètres au large des côtes sénégalaises, le Cap-Vert (Cabo Verde en portugais) présente l'une des histoires les plus singulières du continent africain. Inhabité avant l'arrivée des Européens, il est passé de comptoir esclavagiste à colonie délaissée, avant de se forger une identité métisse unique et de devenir, après l'indépendance de 1975, un modèle de démocratie stable sur le continent africain.

La découverte portugaise et les premières colonisations (XVe siècle)

Les îles du Cap-Vert sont découvertes au milieu du XVe siècle par des navigateurs portugais. Les sources historiques attribuent la reconnaissance des premières îles, vers 1456, aux navigateurs Diogo Gomes et António de Noli, qui naviguaient au service de la Couronne portugaise dans le cadre des grandes explorations atlantiques. Aucune trace d'occupation humaine antérieure n'a été confirmée par l'archéologie : l'archipel était désert à l'arrivée des Européens.

La colonisation débute en 1462 avec la fondation de Ribeira Grande sur l'île de Santiago. Cette ville, aujourd'hui connue sous le nom de Cidade Velha et inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO, a été la première cité européenne établie en permanence sous les tropiques. Sa position stratégique entre l'Afrique, l'Europe et les Amériques en fait très rapidement un nœud incontournable du commerce atlantique — et en particulier de la traite négrière.

Ribeira Grande, plaque tournante de la traite atlantique (XVIe–XVIIe siècles)

Tout au long du XVIe siècle, Ribeira Grande connaît une prospérité considérable. Le port sert d'entrepôt pour les esclaves capturés sur les côtes d'Afrique occidentale et redistribués vers les plantations des Amériques. La population qui s'y forme est d'emblée métissée : colons portugais, esclaves africains issus de multiples ethnies, commerçants venus d'autres horizons. Cette mixité constitue le fondement de la crioulidade, la créolité cap-verdienne, qui se manifeste encore aujourd'hui dans la langue, la musique (la célèbre morna) et les traditions.

La ville connaît néanmoins un déclin rapide au tournant du XVIIe siècle. Les attaques répétées de pirates et de corsaires — notamment le sac mené par Francis Drake en 1585 — affaiblissent durablement l'économie locale. La capitale est progressivement délaissée au profit de Praia, ville dont le port offre de meilleures défenses naturelles et qui devient officiellement capitale en 1770.

Trois siècles de marginalisation coloniale (XVIIIe–XIXe siècles)

Après l'âge d'or du commerce esclavagiste, l'archipel entre dans une longue période de stagnation. La suppression progressive de la traite négrière par le Portugal, conjuguée aux sécheresses cycliques dévastatrices, plonge la population dans une misère endémique. Les famines récurrentes du XIXe et du XXe siècle coûtent la vie à des dizaines de milliers de personnes et provoquent des vagues d'émigration massives, notamment vers le Brésil, les États-Unis et les côtes africaines.

Le Cap-Vert reste administré comme une province d'outre-mer du Portugal, avec peu d'investissements et une exploitation de ses habitants comme main-d'œuvre contractuelle (contratados) envoyés travailler dans d'autres colonies portugaises, notamment São Tomé-et-Príncipe. Malgré cette marginalisation, l'archipel développe une élite lettrée relativement instruite grâce au réseau scolaire catholique, ce qui jouera un rôle décisif dans la naissance du mouvement nationaliste.

La lutte pour l'indépendance et Amílcar Cabral (1956–1975)

C'est au cœur de cette élite coloniale éduquée qu'émerge la figure centrale de l'histoire contemporaine cap-verdienne : Amílcar Cabral. Ingénieur agronome formé à l'université de Lisbonne, il fonde en 1956, à Bissau, le Parti africain pour l'indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC). Son projet est alors double : libérer à la fois la Guinée-Bissau et le Cap-Vert du joug colonial portugais, et à terme unifier les deux territoires en un seul État.

La lutte armée, conduite principalement en Guinée-Bissau à partir de 1963, est accompagnée d'un important travail politique et diplomatique sur la scène internationale. Cabral impose le PAIGC comme un mouvement de libération reconnu par l'ONU et les pays non-alignés. Le 20 janvier 1973, il est assassiné à Conakry dans des circonstances encore partiellement obscures — les enquêtes postérieures ont mis en évidence l'implication de la PIDE, la police secrète portugaise, aux côtés de dissidents internes. Son frère Luís Cabral lui succède à la tête du mouvement.

La Révolution des Œillets du 25 avril 1974 à Lisbonne précipite la décolonisation. Le 5 juillet 1975, le Cap-Vert proclame solennellement son indépendance. Aristides Pereira, proche collaborateur d'Amílcar Cabral, devient le premier président de la République ; Pedro Pires est nommé Premier ministre.

La République à parti unique et la transition démocratique (1975–1991)

Les quinze premières années de l'indépendance sont marquées par un régime de parti unique sous la direction du PAIGC. L'ambition d'une union avec la Guinée-Bissau est brisée net en novembre 1980, lorsqu'un coup d'État militaire renverse Luís Cabral à Bissau. En janvier 1981, la branche cap-verdienne tire les conséquences de cette rupture et se rebaptise Parti africain pour l'indépendance du Cap-Vert (PAICV), abandonnant définitivement le projet d'unification.

Sous la pression des revendications populaires et des évolutions politiques mondiales liées à la fin de la guerre froide, le PAICV accepte en septembre 1990 d'ouvrir le système politique. Les élections législatives du 13 janvier 1991 marquent un tournant historique : le Mouvement pour la démocratie (MpD), principale force d'opposition, remporte une victoire écrasante. Un mois plus tard, le 17 février 1991, António Mascarenhas Monteiro, candidat du MpD, est élu président avec 72 % des suffrages, mettant fin aux quinze ans de présidence d'Aristides Pereira. Le transfert du pouvoir s'effectue pacifiquement — fait remarquable dans le contexte africain de l'époque.

Le Cap-Vert démocratique : stabilité et développement (1991–2026)

Depuis 1991, le Cap-Vert s'est imposé comme l'une des démocraties les plus solides et les plus stables du continent africain. Le pays alterne régulièrement les partis au pouvoir — PAICV et MpD — sans rupture violente. Pedro Pires, qui avait été Premier ministre en 1975, revient au premier plan comme président de la République de 2001 à 2011, puis José Maria Neves lui succède à partir de 2021.

L'économie, longtemps fragile et dépendante des transferts de la diaspora, se réoriente progressivement vers le tourisme, devenu le premier moteur de croissance. En 2024, le PIB réel a progressé de 7,3 %, porté par la reprise touristique et l'expansion des services. La dette publique, qui atteignait 144 % du PIB en 2021 au sortir de la crise liée à la pandémie, est redescendue à 107,7 % en 2024, reflet d'une gestion budgétaire plus rigoureuse. Un mécanisme innovant de conversion de dette en investissements climatiques, conclu notamment avec le Portugal, illustre la nouvelle diplomatie économique cap-verdienne.

Sur le plan politique, les élections municipales de décembre 2024 ont vu le PAICV remporter 15 des 22 mairies, annonçant une possible alternance lors des élections législatives prévues en avril 2026. En dépit de défis persistants — chômage élevé chez les jeunes, pauvreté résiduelle, vulnérabilité aux chocs climatiques —, le Cap-Vert demeure un exemple souvent cité de transition réussie vers un État de droit stable en Afrique subsaharienne.

Questions fréquentes

Qui a découvert le Cap-Vert ?

L'archipel du Cap-Vert a été découvert vers 1456 par les navigateurs portugais Diogo Gomes et António de Noli, qui exploraient l'Atlantique au service de la Couronne portugaise. Les îles étaient inhabités avant leur arrivée.

Quand le Cap-Vert a-t-il obtenu son indépendance ?

Le Cap-Vert a proclamé son indépendance le 5 juillet 1975, après plus de cinq siècles de colonisation portugaise. Cette indépendance a été rendue possible par la Révolution des Œillets du 25 avril 1974 à Lisbonne, qui a mis fin au régime de l'Estado Novo.

Qui était Amílcar Cabral ?

Amílcar Cabral (1924–1973) était un ingénieur agronome et penseur politique cap-verdien, fondateur du PAIGC en 1956. Architecte de la lutte anticoloniale pour le Cap-Vert et la Guinée-Bissau, il fut assassiné à Conakry le 20 janvier 1973, deux ans avant l'indépendance qu'il avait préparée.

Le Cap-Vert est-il une démocratie ?

Oui. Depuis la transition multipartite de 1991, le Cap-Vert est reconnu comme l'une des démocraties les plus stables d'Afrique. Le pays organise régulièrement des élections libres, avec des alternances pacifiques au pouvoir entre les deux grands partis, le PAICV et le MpD.

Quel est le poids économique du tourisme au Cap-Vert ?

Le tourisme est le principal moteur de l'économie cap-verdienne. Il a porté une croissance du PIB réel de 7,3 % en 2024. Le pays accueille chaque année plusieurs centaines de milliers de visiteurs, principalement en provenance d'Europe, attirés par ses plages, son climat et sa culture créole.

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