Le nasique : le singe au grand nez de Bornéo
Le nasique (Nasalis larvatus) est un primate hors du commun, immédiatement reconnaissable au nez proéminent et pendant des mâles adultes. Seul représentant de son genre, il appartient à la famille des Cercopithecidés, sous-famille des Colobinés. Endémique de l'île de Bornéo, il est aujourd'hui classé en danger d'extinction par l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) en raison de la destruction rapide de son habitat naturel.
Description physique
Le nasique présente un dimorphisme sexuel très marqué. Le mâle adulte mesure entre 60 et 75 cm de long (sans la queue) et pèse en général entre 16 et 24 kg. Sa caractéristique la plus spectaculaire est son nez charnu, mou et pendant, qui peut dépasser 10 cm de longueur et s'allonger tout au long de la vie. Cette structure nasale amplifierait les vocalisations, notamment les cris d'alarme, et joue un rôle déterminant dans la sélection sexuelle : plus le nez est long, plus le mâle est jugé attractif par les femelles.
La femelle est nettement plus petite, pesant entre 7 et 12 kg. Son nez est court et légèrement retroussé, ce qui lui confère un aspect bien distinct du mâle. Le pelage des deux sexes est brun rougeâtre sur le dos, plus pâle sur le ventre, avec des membres grisâtres et une longue queue claire. Les jeunes naissent avec un visage bleuâtre qui s'éclaircit progressivement avec l'âge.
Où habite le nasique ?
Une espèce endémique de Bornéo
Le nasique est strictement endémique à l'île de Bornéo, la troisième plus grande île du monde, partagée entre trois pays : l'Indonésie (provinces de Kalimantan), la Malaisie (États du Sabah et du Sarawak) et le Brunéi. L'espèce est également présente sur quelques îles satellites proches, notamment Berhala, Sebatik et Pulau Laut.
Les habitats de prédilection
Le nasique est étroitement lié aux environnements forestiers humides situés à proximité de l'eau. Il colonise principalement :
- Les mangroves : ces forêts côtières aux racines immergées constituent son habitat favori, notamment pour se nourrir des feuilles de palétuviers.
- Les forêts marécageuses et tourbières : les forêts sur tourbe, souvent inondées une partie de l'année, abritent d'importantes populations.
- Les forêts ripariennes : les forêts longeant les cours d'eau à l'intérieur des terres, où il se réfugie pour la nuit dans les arbres surplombant les rivières.
Le nasique ne s'aventure que rarement dans les forêts primaires denses éloignées de l'eau. Sa dépendance aux zones humides côtières et fluviales le rend particulièrement vulnérable à la déforestation et à la conversion des terres en plantations.
Un nageur exceptionnel
Le nasique est l'un des rares primates à nager régulièrement. Il traverse sans hésitation les rivières et les bras de mer, parfois sur plusieurs dizaines de mètres, en nageant en style « chien » avec ses membres antérieurs. Des nageoires partielles entre les orteils facilitent cette locomotion aquatique. Cette capacité est indispensable dans un habitat morcelé par les cours d'eau et les zones inondées.
Comportement et vie sociale
Le nasique est un animal diurne qui passe l'essentiel de sa journée dans la canopée, se déplaçant à quatre pattes ou en sautant d'une branche à l'autre. Le soir venu, les groupes se rassemblent dans de grands arbres surplombant l'eau pour dormir, probablement pour se protéger des prédateurs terrestres comme le crocodile ou le léopard des brumes.
L'organisation sociale est de type harem polygyne : un groupe de base se compose d'un mâle dominant, de plusieurs femelles (en général deux à sept) et de leurs jeunes. Il existe aussi des groupes de mâles célibataires, composés de jeunes mâles chassés à la maturité et d'adultes solitaires. Ces deux types de groupes se côtoient souvent dans les mêmes zones de nourrissage, formant temporairement des regroupements plus larges pouvant compter plusieurs dizaines d'individus.
Alimentation
Le nasique est principalement folivore : les feuilles constituent l'essentiel de son régime. Il se nourrit en priorité des feuilles jeunes et matures de palétuviers, mais aussi de certaines feuilles de forêts ripariennes. Il complète son alimentation avec des graines, des fleurs et des fruits peu sucrés. Son estomac multi-chambres, proche de celui des ruminants, abrite des bactéries spécialisées qui neutralisent les toxines végétales et fermentent la cellulose, lui permettant de digérer des végétaux que la plupart des primates ne pourraient tolérer.
Cette spécialisation alimentaire a cependant une contrepartie : les fruits très sucrés et fermentescibles, comme les bananes, peuvent provoquer des ballonnements potentiellement mortels. C'est pourquoi nourrir des nasiques en captivité ou en liberté reste techniquement délicat.
Reproduction
La maturité sexuelle est atteinte vers 5 à 7 ans. La femelle donne naissance à un seul petit après une gestation d'environ 166 à 200 jours (cinq à six mois). Le petit naît avec un visage bleu vif, une coloration qui s'estompe au cours des premières semaines. Il reste étroitement dépendant de sa mère pendant plusieurs mois, accroché à son ventre ou à son dos. L'intervalle entre deux naissances est d'environ un an. La durée de vie du nasique est estimée entre 20 et 25 ans en milieu naturel.
Statut de conservation
Le nasique figure sur la Liste rouge de l'UICN avec le statut En danger (Endangered) et est inscrit à l'Annexe I de la CITES, ce qui interdit tout commerce international. Les populations sauvages ont chuté de plus de 50 % en l'espace de 36 à 40 ans, une tendance documentée jusqu'en 2008 et qui se poursuit depuis. Les estimations récentes font état de quelques milliers à quelques dizaines de milliers d'individus restants, les chiffres variant selon les méthodologies de comptage ; les études ciblées au Sabah suggèrent des populations très fragmentées et souvent très réduites.
Les principales menaces sont :
- La déforestation : l'expansion des plantations d'huile de palme, l'exploitation forestière et le développement des infrastructures ont détruit ou dégradé la majeure partie de l'habitat disponible. Au Sabah, seulement 8 à 9 % de l'habitat original convenable subsisterait aujourd'hui.
- La fragmentation : les populations isolées dans de petits fragments forestiers sont soumises à une dépression de consanguinité et ne peuvent se reconstituer naturellement.
- La chasse : bien qu'illégale dans les trois pays concernés, la chasse subsiste localement.
Des programmes de conservation existent dans plusieurs zones protégées de Bornéo, notamment dans la vallée du Kinabatangan au Sabah (Malaisie), l'un des derniers refuges importants pour l'espèce en dehors des grandes réserves forestières.
Questions fréquentes
Pourquoi le nasique a-t-il un si grand nez ?
Le grand nez pendant des mâles adultes est une caractéristique liée à la sélection sexuelle : plus il est volumineux, plus le mâle semble attractif pour les femelles. Il joue aussi un rôle dans l'amplification des cris et des vocalises, notamment les signaux d'alarme.
Dans quel pays vit le nasique ?
Le nasique est endémique de l'île de Bornéo, partagée entre l'Indonésie (Kalimantan), la Malaisie (Sabah et Sarawak) et le Brunéi. Il ne vit nulle part ailleurs dans le monde à l'état sauvage.
Le nasique est-il en danger d'extinction ?
Oui. L'UICN le classe "En danger" (Endangered) depuis plusieurs décennies. Ses populations ont chuté de plus de 50 % en quarante ans, principalement à cause de la destruction des mangroves et des forêts marécageuses pour les plantations d'huile de palme.
Le nasique sait-il vraiment nager ?
Oui, c'est l'un des rares primates à nager régulièrement et avec aisance. Il traverse les rivières et les bras de mer pour se déplacer dans son habitat fragmenté, grâce notamment à de légères membranes partielles entre les orteils.
Que mange le nasique ?
Le nasique se nourrit principalement de feuilles, en particulier celles des palétuviers de mangrove. Il consomme aussi des graines, des fleurs et des fruits peu sucrés. Son estomac multi-chambres, comparable à celui d'un ruminant, lui permet de digérer des végétaux toxiques pour la plupart des primates.