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Pourquoi l'île de Bornéo est-elle partagée entre trois pays ?

Publié 23. novembre 2024 Mis à jour 13. juin 2026

Pourquoi l'île de Bornéo est-elle partagée entre plusieurs pays ?

Bornéo est la troisième plus grande île du monde, avec une superficie d'environ 736 000 km². Pourtant, aucun État souverain ne l'occupe seul. En 2026, elle est divisée entre trois pays : l'Indonésie au sud, la Malaisie au nord et le minuscule sultanat de Brunei, enclavé sur la côte septentrionale. Cette partition n'est pas le fruit d'une géographie naturelle ni d'une décision concertée des peuples qui y vivent : elle est l'héritière directe de deux siècles de rivalités coloniales européennes, de traités diplomatiques conclus à distance et de choix politiques opérés au moment des indépendances.

Une île, trois États souverains

La répartition actuelle est très inégale. L'Indonésie contrôle environ 73 % de l'île, sous le nom de Kalimantan, soit environ 539 000 km². La Malaisie orientale, avec ses États de Sabah et de Sarawak, en occupe environ 26 %. Enfin, le sultanat de Brunei ne représente qu'environ 1 % du territoire total, soit 5 765 km², mais constitue un État pleinement indépendant depuis le 1er janvier 1984. Ces frontières ne correspondent à aucune réalité ethnique, linguistique ou géographique interne à l'île : elles reproduisent fidèlement les lignes de démarcation tracées par les puissances coloniales britannique et néerlandaise au XIXe siècle.

L'hégémonie précoloniale du sultanat de Brunei

Avant l'arrivée des Européens, Bornéo n'était pas une terra nullius. L'île était intégrée depuis des siècles dans les grands réseaux commerciaux reliant la Chine, l'Inde et le Moyen-Orient. Entre le XVe et le XVIIe siècle, le sultanat de Brunei connut son âge d'or et étendit son autorité sur une grande partie de l'île, ainsi que sur les Philippines du nord. Il contrôlait les échanges d'épices, de camphre et de plumes d'oiseaux de paradis qui faisaient la richesse de la région.

Ce pouvoir commença à décliner à partir du XVIIIe siècle sous l'effet conjugué des conflits dynastiques internes, de la montée de la piraterie et de la pression croissante des négociants européens. L'affaiblissement progressif du sultanat allait ouvrir la voie à une pénétration coloniale décisive.

La rivalité coloniale européenne : Hollandais contre Britanniques

Les Portugais et les Espagnols furent les premiers Européens à s'intéresser à Bornéo au XVIe siècle, sans jamais s'y établir durablement. C'est à partir du XVIIe siècle que la Compagnie néerlandaise des Indes orientales (VOC) puis la Compagnie britannique des Indes orientales commencèrent à disputer l'influence sur l'île.

La partition s'esquissa lors des négociations diplomatiques du XIXe siècle. Par le traité anglo-néerlandais de 1824, puis par des accords successifs, les deux puissances délimitèrent leurs zones d'influence respectives dans l'archipel malais. Les Pays-Bas obtinrent la reconnaissance de leur autorité sur la partie sud et centrale de Bornéo — le futur Kalimantan —, tandis que les Britanniques consolidaient leur présence dans le nord de l'île. Ces lignes furent tracées sans consultation des populations locales, dont elles ignoraient les territoires coutumiers et les liens d'appartenance.

James Brooke et la dynasty des "rajahs blancs"

L'épisode le plus singulier de l'histoire de Bornéo est sans doute celui des rajahs blancs du Sarawak. En août 1839, l'aventurier et officier britannique James Brooke débarque à Bornéo. Il propose son aide au sultan de Brunei pour réprimer une rébellion locale. En récompense, le sultan lui confie en 1841 le gouvernorat du Sarawak, région côtière du nord-ouest. L'année suivante, en 1842, il reçoit la pleine souveraineté sur ce territoire et prend le titre de Rajah du Sarawak.

Brooke supprime la piraterie, réorganise l'administration selon un modèle occidental et lutte contre la pratique de la chasse aux têtes. Sa famille dirigera le Sarawak pendant plus d'un siècle — une monarchie privée unique dans l'histoire coloniale britannique. En 1946, son successeur cède volontairement le territoire à la Couronne britannique, qui en fait une colonie directe. Ce n'est qu'en 1963 que le Sarawak rejoindra la fédération malaisienne.

Parallèlement, la North Borneo Chartered Company, société commerciale privée sous charte royale britannique, administra dès 1881 le nord-est de l'île, la région qui deviendra le Sabah.

De la décolonisation aux frontières d'aujourd'hui

La fin de la Seconde Guerre mondiale accéléra le mouvement des indépendances en Asie du Sud-Est, mais sans remettre en cause les frontières héritées de la colonisation. En 1945, les Indes néerlandaises proclamèrent leur indépendance et devinrent l'Indonésie en 1949, emportant avec elles le Kalimantan néerlandais.

Du côté britannique, la Malaisie naquit en deux temps : d'abord l'indépendance de la Malaisie péninsulaire en 1957, puis la création de la fédération de Malaisie le 16 septembre 1963, qui intégra Sarawak, Sabah et brièvement Singapour (qui en sera exclu en 1965).

Le cas de Brunei est particulièrement révélateur des logiques politiques à l'œuvre. Le sultanat fut invité à rejoindre la fédération malaisienne en 1963, mais refusa. La raison est simple : du pétrole avait été découvert dès 1903 sur son territoire, et son exploitation commerciale par Shell depuis 1928 en faisait un État potentiellement très riche. Rejoindre la Malaisie aurait signifié redistribuer ces recettes pétrolières. Brunei choisit donc de rester un protectorat britannique jusqu'à son accession à la pleine indépendance, le 1er janvier 1984. Aujourd'hui encore, la rente pétrolière et gazière — Brunei est le quatrième producteur mondial de gaz naturel — fonde la prospérité exceptionnelle de ce micro-État.

Une partition figée malgré tout

Depuis les décolonisations, les frontières de Bornéo n'ont pas bougé, malgré les tensions qui ont parfois agité la région — notamment la politique d'Konfrontasi menée par l'Indonésie contre la Malaisie entre 1963 et 1966, ou les conflits interethniques au Kalimantan. Les trois États coexistent dans le cadre de l'ASEAN et entretiennent des relations diplomatiques normalisées. La question environnementale — la déforestation massive qui menace la biodiversité unique de l'île — est aujourd'hui l'un des rares dossiers qui pousse les trois gouvernements à une coopération transnationale, encore insuffisante aux yeux des experts.

Bornéo est ainsi l'exemple paradigmatique d'une île dont la géographie politique ne doit rien à la nature et tout à l'histoire : celle des empires coloniaux, de leurs traités et de leurs héritages durables.

Questions fréquentes

Quels sont les trois pays qui se partagent l'île de Bornéo ?

L'île de Bornéo est partagée entre l'Indonésie (qui en contrôle environ 73 %, sous le nom de Kalimantan), la Malaisie (avec ses États de Sabah et Sarawak, soit environ 26 %) et le sultanat de Brunei (environ 1 % du territoire, mais État pleinement indépendant depuis 1984).

Pourquoi Bornéo n'est-elle pas un seul pays ?

La division de Bornéo est l'héritage direct de la colonisation européenne : les Pays-Bas contrôlaient le sud de l'île (actuel Kalimantan indonésien) et les Britanniques le nord (futurs Sarawak, Sabah et Brunei). Lors des décolonisations, ces lignes de partage coloniales ont été maintenues et sont devenues les frontières internationales des nouveaux États indépendants.

Pourquoi Brunei est-il resté indépendant et n'a pas rejoint la Malaisie ?

En 1963, Brunei a refusé d'intégrer la fédération de Malaisie principalement pour des raisons économiques : la découverte et l'exploitation du pétrole et du gaz naturel sur son territoire auraient dû être partagées avec les autres États fédérés. Brunei a préféré rester protectorat britannique jusqu'à son indépendance en 1984, conservant ainsi la totalité de sa rente pétrolière.

Qui étaient les "rajahs blancs" de Bornéo ?

Les rajahs blancs étaient les membres de la famille Brooke, une dynastie britannique qui gouverna le Sarawak (nord-ouest de Bornéo) de 1841 à 1946. Fondée par l'aventurier James Brooke, qui avait obtenu la souveraineté sur ce territoire en échange de son aide militaire au sultan de Brunei, cette monarchie privée constitue un épisode unique de l'histoire coloniale.

Les frontières de Bornéo peuvent-elles changer à l'avenir ?

En 2026, aucune remise en cause des frontières de Bornéo n'est à l'ordre du jour. Les trois États (Indonésie, Malaisie, Brunei) sont membres de l'ASEAN et maintiennent des relations diplomatiques normales. Les quelques litiges territoriaux persistants (comme certains îlots en mer de Chine méridionale) sont traités par voie diplomatique et ne remettent pas en question les frontières terrestres de l'île.

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