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Gaz chimiques utilisés dans les guerres : histoire et bilan

Publié 21. juin 2025 Mis à jour 15. juin 2026

Gaz
Gaz · de:User:Igelball · CC BY-SA 3.0 · Wikimedia

Depuis la Première Guerre mondiale, les gaz chimiques constituent l'une des formes les plus redoutées de la guerre moderne. Contrairement aux armes conventionnelles, ces agents toxiques agissent sur l'organisme humain par inhalation, contact cutané ou ingestion, provoquant des effets dévastateurs — asphyxie, brûlures internes, paralysie du système nerveux — souvent indiscriminés entre combattants et civils. Leur utilisation a marqué durablement l'histoire militaire et éthique du XXe siècle, et leur emploi, bien qu'interdit par le droit international, perdure dans certains conflits contemporains.

La Première Guerre mondiale : le baptême du feu chimique

C'est lors de la Grande Guerre (1914-1918) que les armes chimiques sont employées pour la première fois à grande échelle par les principales puissances belligérantes. Le conflit de tranchées, figé et meurtrier, pousse les états-majors à rechercher de nouveaux moyens de rupture du front.

Le chlore (dichlore)

Le 22 avril 1915, l'armée allemande libère environ 150 tonnes de chlore gazeux près d'Ypres, en Belgique — première attaque chimique massive de l'histoire. Ce gaz jaune-verdâtre à l'odeur âcre attaque les muqueuses respiratoires et provoque l'asphyxie. L'attaque cause entre 5 000 morts et 15 000 blessés graves parmi les soldats alliés. Le chlore présente cependant un défaut stratégique : son odeur caractéristique permet aux soldats de le détecter et de réagir, même sommairement, en utilisant un chiffon humide.

Le phosgène

Introduit dès 1915, le phosgène (COCl2) s'avère bien plus redoutable que le chlore. Incolore et d'odeur faiblement perceptible (proche du foin fraîchement coupé), il est responsable de près de 80 % des décès attribués aux armes chimiques pendant la Première Guerre mondiale. Son mécanisme d'action est insidieux : les symptômes graves apparaissent avec un délai de 24 à 48 heures après l'exposition, ce qui rend le diagnostic et le traitement difficiles.

L'ypérite (gaz moutarde)

En juillet 1917, toujours dans la région d'Ypres, les Allemands emploient un agent d'une nature radicalement différente : le sulfure d'éthyle dichloré, surnommé ypérite ou gaz moutarde. Contrairement aux suffocants, c'est un agent vésicant : il brûle la peau, les yeux et les voies respiratoires, formant d'immenses ampoules. Insidieux, il persiste dans le sol et sur les équipements pendant des jours. L'ypérite ne tue pas immédiatement mais met hors de combat les soldats exposés, saturant les services médicaux. Son usage provoque de graves séquelles à vie chez des dizaines de milliers de combattants.

Autres agents utilisés

D'autres substances sont employées au cours du conflit : le bromure de benzyle (lacrymogène), la chloropicrine (irritant respiratoire), et l'acide cyanhydrique, bien que ce dernier soit peu efficace en conditions de combat. Au total, la Première Guerre mondiale voit l'utilisation d'environ 125 000 tonnes d'agents chimiques, causant plus d'un million de victimes dont environ 90 000 morts.

L'entre-deux-guerres et la Seconde Guerre mondiale

Le traumatisme de la Grande Guerre pousse la communauté internationale à agir : le Protocole de Genève de 1925 interdit l'usage des gaz asphyxiants, toxiques ou similaires en temps de guerre. Cependant, il ne prohibe ni leur production ni leur stockage, et plusieurs puissances ne le ratifient qu'avec des réserves autorisant des représailles.

Durant l'entre-deux-guerres, la recherche progresse considérablement. L'Allemagne nazie développe une nouvelle famille d'agents bien plus toxiques : les organophosphorés, ou agents neurotoxiques. Le tabun est synthétisé en 1936, puis le sarin en 1938, et le soman en 1944. Ces composés agissent en bloquant l'acétylcholinestérase, une enzyme essentielle à la transmission nerveuse, provoquant convulsions, paralysie et mort en quelques minutes à très faible dose.

Malgré ces arsenaux colossaux — l'Allemagne dispose à la fin du conflit de plusieurs milliers de tonnes de tabun et de sarin —, ces agents ne sont pas utilisés sur les champs de bataille européens, vraisemblablement par crainte de représailles. En revanche, le Japon emploie des armes chimiques (ypérite, phosgène, lewisite) en Chine dès les années 1930, causant des centaines de milliers de victimes civiles.

La guerre froide : l'ère des agents neurotoxiques

Après 1945, les deux blocs développent et stockent des quantités considérables d'armes chimiques de nouvelle génération. Les États-Unis et l'URSS mettent au point le VX, un agent de la série V extrêmement persistant (liquide huileux), létal en dose cutanée inférieure à 10 milligrammes. L'Union soviétique va encore plus loin avec la série des Novitchok (novyi tchok : « nouvelle venue »), agents jusqu'à dix fois plus toxiques que le VX, développés secrètement jusqu'à la fin des années 1980.

Ces substances ne sont pas massivement employées sur les champs de bataille de la guerre froide, mais leur existence alimente une course aux armements chimiques et biologiques parallèle à la menace nucléaire.

Les conflits des années 1980-2000 : retour à l'emploi réel

La guerre Iran-Irak (1980-1988) marque le retour des armes chimiques comme outil de guerre conventionnel. L'Irak de Saddam Hussein emploie massivement ypérite, tabun et sarin contre les troupes iraniennes. Le massacre de Halabja, en mars 1988, constitue l'une des attaques chimiques les plus meurtrières de l'histoire contemporaine : plusieurs milliers de civils kurdes sont tués par un cocktail de gaz moutarde et d'agents neurotoxiques.

Les conflits contemporains : Syrie et au-delà

Le conflit syrien (depuis 2011) a remis les armes chimiques au premier plan de l'actualité internationale. Le gouvernement de Bachar al-Assad est accusé d'avoir utilisé du sarin, du chlore et de l'ypérite à plusieurs reprises contre des populations civiles :

  • Ghouta (août 2013) : attaque au sarin, la plus meurtrière depuis Halabja, avec entre 300 et 1 400 morts selon les sources.
  • Ltamenah (mars 2017) : utilisation de sarin confirmée par l'OIAC.
  • Khan Chaykhoun (avril 2017) : attaque au sarin, 87 morts civils.
  • Douma (avril 2018) : attaque au chlore.

En mai 2026, l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) a annoncé la découverte, en Syrie, de dizaines de munitions chimiques non déclarées, du même type que celles utilisées lors des attaques de 2017 — confirmant que l'arsenal syrien n'a pas été entièrement détruit.

Par ailleurs, les agents Novitchok ont été utilisés lors de tentatives d'assassinat ciblées : contre Sergueï Skripal à Salisbury (Royaume-Uni) en 2018, et contre l'opposant russe Alexeï Navalny en 2020, soulignant leur emploi comme outil d'élimination politique hors champ de bataille.

Le cadre juridique international

La Convention sur les armes chimiques (CAC), ouverte à la signature en 1993 et entrée en vigueur en 1997, constitue le principal instrument de droit international en la matière. Elle interdit la mise au point, la production, le stockage et l'emploi d'armes chimiques, et confie à l'OIAC la vérification de leur destruction. En 2026, 99 % des stocks d'armes chimiques déclarés dans le monde ont été détruits sous contrôle international. Cependant, des programmes clandestins persistent — notamment des soupçons vis-à-vis de l'Iran depuis début 2026 — illustrant les limites du régime de non-prolifération chimique.

Questions fréquentes

Quel gaz chimique a été utilisé pour la première fois en grande quantité lors d'une guerre ?

Le chlore (dichlore) a été utilisé pour la première fois à grande échelle lors de la bataille d'Ypres, le 22 avril 1915, par l'armée allemande. Cette attaque a causé environ 5 000 morts et 15 000 blessés parmi les soldats alliés.

Qu'est-ce que le gaz moutarde (ypérite) et pourquoi est-il si redouté ?

L'ypérite, ou gaz moutarde (sulfure d'éthyle dichloré), est un agent vésicant introduit en 1917. Il provoque de graves brûlures cutanées, oculaires et respiratoires. Sa persistance dans l'environnement, son action insidieuse et les séquelles permanentes qu'il laisse en font l'un des agents chimiques les plus redoutés de l'histoire.

Les armes chimiques sont-elles encore utilisées dans les conflits actuels ?

Oui. Malgré l'interdiction internationale par la Convention sur les armes chimiques de 1993, des agents comme le sarin, le chlore et l'ypérite ont été utilisés en Syrie au cours des années 2010. En mai 2026, l'OIAC a découvert des munitions chimiques non déclarées en Syrie. Des agents Novitchok ont également été employés lors d'assassinats ciblés en Europe.

Quelle est la différence entre les gaz suffocants et les agents neurotoxiques ?

Les gaz suffocants (chlore, phosgène) agissent principalement sur les voies respiratoires en détruisant les tissus pulmonaires. Les agents neurotoxiques (sarin, VX, Novitchok) bloquent le système nerveux en inhibant l'enzyme acétylcholinestérase, provoquant convulsions, paralysie et mort en quelques minutes à des doses très faibles.

Qu'est-ce que le Novitchok ?

Le Novitchok désigne une série d'agents neurotoxiques organophosphorés développés secrètement par l'Union soviétique dans les années 1970-1980. Considérés comme parmi les plus toxiques jamais synthétisés — jusqu'à dix fois plus que le VX —, ils ont été utilisés lors de tentatives d'assassinat en 2018 (Sergueï Skripal, Royaume-Uni) et en 2020 (Alexeï Navalny, Allemagne).

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