La Serbie dans les guerres yougoslaves : rôle et bilan
Entre 1991 et 1999, la dissolution de la République fédérative socialiste de Yougoslavie a donné lieu à une série de conflits armés parmi les plus meurtriers qu'ait connus l'Europe depuis la Seconde Guerre mondiale. La Serbie, dirigée par Slobodan Milošević, y a tenu un rôle central : en finançant, armant et soutenant les forces serbes de Croatie et de Bosnie, puis en réprimant violemment la population albanaise du Kosovo, Belgrade a été impliquée dans des guerres qui ont causé environ 200 000 morts et des millions de déplacés. La justice internationale a depuis établi les responsabilités individuelles et partiellement collectives de ces crimes.
Le contexte : l'éclatement de la Yougoslavie et le nationalisme serbe
La Yougoslavie, État fédéral réunissant six républiques et deux provinces autonomes (dont le Kosovo), entre en crise profonde à la fin des années 1980. La mort du maréchal Tito en 1980, la crise économique et la montée des nationalismes fragilisent l'édifice fédéral. C'est dans ce contexte que Slobodan Milošević, alors secrétaire général du Parti communiste serbe, opère un tournant décisif en 1987 : il adopte un discours ultranationaliste et fait de la défense des Serbes hors de Serbie son axe politique central. Son projet consiste à regrouper l'ensemble des Serbes de Yougoslavie au sein d'un seul État, quitte à redessiner les frontières par la force.
En 1989, Milošević abroge l'autonomie du Kosovo — province à majorité albanaise — et y instaure une politique d'oppression systématique. En 1990, la Constitution yougoslave de 1974, qui garantissait les droits des minorités, est unilatéralement supprimée par la République de Serbie. Ces actes enclenchent un processus de sécession des autres républiques et ouvrent la voie aux guerres.
La guerre en Croatie (1991-1995)
Lorsque la Croatie proclame son indépendance en juin 1991, plus de 600 000 Serbes y vivent, concentrés notamment en Krajina (sud de la Croatie). L'armée populaire yougoslave (JNA), alors sous contrôle effectif de Belgrade, intervient pour soutenir les milices serbes locales. Des villes comme Vukovar sont assiégées et en grande partie détruites. La JNA fournit armement et encadrement militaire aux forces serbes croates, tandis que Belgrade finance leurs structures politiques.
Le conflit dure jusqu'aux opérations croates de 1995 (Tempête et Éclair), qui rétablissent le contrôle de Zagreb sur les territoires perdus et provoquent l'exode de quelque 200 000 Serbes de Croatie. Un accord de paix est conclu dans le cadre du processus de Dayton.
La guerre en Bosnie-Herzégovine (1992-1995)
La proclamation d'indépendance de la Bosnie-Herzégovine en avril 1992 déclenche la guerre la plus meurtrière du conflit yougoslave. Les Serbes de Bosnie, conduits par Radovan Karadžić, créent la Republika Srpska et, avec le soutien direct de Belgrade, lancent une offensive militaire visant à s'emparer des territoires à population mixte.
Le siège de Sarajevo, qui durera près de quatre ans (1992-1996), est le plus long siège d'une capitale en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale. Des preuves réunies devant le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) ont montré comment Belgrade finançait les forces serbes de Bosnie, leur fournissait des armes, des munitions et du personnel militaire.
Le génocide de Srebrenica
En juillet 1995, l'armée de la Republika Srpska (VRS), sous le commandement du général Ratko Mladić, s'empare de l'enclave de Srebrenica, pourtant déclarée « zone de sécurité » par l'ONU. En quelques jours, plus de 8 000 hommes et adolescents bosniaques musulmans sont exécutés sommairement et enterrés dans des fosses communes. Des unités paramilitaires serbes, les « Scorpions », participent aux massacres. En mars 1995, Karadžić avait signé la directive n° 7, ordonnant expressément l'élimination de la population bosniaque des enclaves.
La Cour internationale de justice (CIJ) et le TPIY ont tous deux qualifié ces faits de génocide. Ratko Mladić a été condamné en 2017 à la prison à vie par le TPIY. Radovan Karadžić l'avait été en 2016, sa peine portée à la prison à vie en appel en 2019.
La guerre du Kosovo (1998-1999)
Dès 1996, l'Armée de libération du Kosovo (UCK) mène des attaques contre les forces serbes pour revendiquer l'indépendance de la province. En réponse, Belgrade déclenche en 1998 une vaste campagne militaire et policière contre la population civile albanaise. Des centaines de milliers d'Albanais du Kosovo sont chassés de leurs villages par des opérations de « nettoyage ethnique ».
Face à l'ampleur des exactions, l'OTAN intervient entre mars et juin 1999 par des frappes aériennes contre la Yougoslavie. Le conflit prend fin avec le retrait des forces serbes du Kosovo et le placement de la province sous administration de l'ONU (résolution 1244). Le Kosovo déclare son indépendance le 17 février 2008, indépendance que la Serbie refuse toujours de reconnaître en 2026.
Pour les crimes commis au Kosovo, le TPIY a condamné cinq hauts responsables serbes. Parmi eux, l'ancien vice-Premier ministre Nikola Šainović, le général Nebojša Pavković et le général Sreten Lukić ont chacun été condamnés à 22 ans d'emprisonnement pour crimes contre l'humanité, notamment pour expulsions forcées et meurtres de civils albanais.
Le procès Milošević et la responsabilité de Belgrade
Slobodan Milošević est arrêté en 2001 et transféré au TPIY, où il est inculpé de 66 chefs d'accusation : génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre en Bosnie, en Croatie et au Kosovo. C'est la première fois qu'un chef d'État en exercice est mis en accusation par un tribunal international pénal. Le procès, qui commence en 2002, est interrompu par sa mort en détention en mars 2006, avant qu'un verdict ne soit rendu.
Malgré l'absence de verdict définitif, les preuves réunies par l'accusation ont largement documenté le rôle de Belgrade : financement des milices serbes hors de Serbie, fourniture de matériel militaire, coordination des opérations et participation de citoyens serbes aux combats en Bosnie et en Croatie. Human Rights Watch a conclu en 2006 que le procès avait « dévoilé le rôle de Belgrade dans les guerres ».
Le bilan de la justice internationale
Le TPIY, créé en 1993 et dissous en 2017, a jugé 161 personnes et prononcé 83 condamnations. Son successeur, le Mécanisme international résiduel pour les tribunaux pénaux (IRMCT), continue à superviser certaines procédures d'appel. Ces juridictions ont établi une jurisprudence fondamentale sur le génocide, les crimes contre l'humanité et les crimes de guerre, directement applicable aux faits commis en ex-Yougoslavie.
En 2025, le Bureau du procureur spécial du Kosovo a déposé treize nouveaux actes d'accusation pour crimes de guerre contre des membres des forces serbes, témoignant que le travail judiciaire n'est pas achevé trente ans après les faits.
Héritage et tensions actuelles
En 2026, les séquelles des guerres yougoslaves continuent de peser sur la politique régionale. La Serbie n'a jamais officiellement reconnu sa responsabilité d'État dans le génocide de Srebrenica, bien que le Parlement serbe ait adopté en 2010 une déclaration exprimant des « regrets » pour le massacre. Les dirigeants de la Republika Srpska, de leur côté, contestent régulièrement la qualification de génocide, créant des tensions récurrentes en Bosnie-Herzégovine. Les relations entre Belgrade et Pristina restent bloquées, dans un cadre de dialogue intermittent facilité par l'Union européenne.
Questions fréquentes
Quel rôle a joué Slobodan Milošević dans les guerres yougoslaves ?
Slobodan Milošević, président de la Serbie puis de la République fédérale de Yougoslavie, a orchestré le soutien de Belgrade aux forces serbes en Croatie, en Bosnie et au Kosovo. Il a financé et armé les milices serbes hors de Serbie afin de maintenir les populations serbes dans un seul État. Il a été inculpé par le TPIY de 66 chefs d'accusation, dont génocide et crimes contre l'humanité, mais est mort en détention en 2006 avant le verdict.
Qu'est-ce que le génocide de Srebrenica et quel est le lien avec la Serbie ?
Le génocide de Srebrenica désigne le massacre de plus de 8 000 hommes et adolescents bosniaques musulmans perpétré en juillet 1995 par l'armée de la Republika Srpska, avec la participation de paramilitaires serbes (les Scorpions). La Serbie a été jugée par la Cour internationale de justice, qui a conclu en 2007 qu'elle n'avait pas commis le génocide directement mais avait violé son obligation de le prévenir et de punir ses auteurs.
Pourquoi l'OTAN a-t-elle bombardé la Yougoslavie en 1999 ?
En 1999, l'OTAN a mené une campagne de frappes aériennes de 78 jours contre la République fédérale de Yougoslavie en réponse aux opérations militaires et policières serbes au Kosovo, qui avaient provoqué le déplacement forcé de centaines de milliers d'Albanais kosovars. L'intervention visait à mettre fin aux exactions et à forcer le retrait des forces serbes du Kosovo.
La Serbie a-t-elle été condamnée par un tribunal international ?
En tant qu'État, la Serbie a été jugée par la Cour internationale de justice (CIJ) dans l'affaire Bosnie-Herzégovine c. Serbie (arrêt de 2007). La CIJ a conclu que la Serbie n'avait pas commis de génocide directement, mais qu'elle avait manqué à ses obligations au titre de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide en ne prévenant pas le génocide de Srebrenica.
Où en est la relation entre la Serbie et le Kosovo en 2026 ?
En 2026, la Serbie ne reconnaît toujours pas l'indépendance du Kosovo proclamée en 2008. Les deux pays maintiennent un dialogue intermittent sous l'égide de l'Union européenne, mais les tensions persistent sur des questions territoriales, les droits des minorités serbes au nord du Kosovo et le statut international du pays.