CCitopendia

Typhon Nina 1975 : cause de la catastrophe du barrage Banqiao

Publié 22. mai 2026 Mis à jour 15. juin 2026

Quelle était la cause du typhon Nina en Chine en 1975 ?

Le typhon Nina de 1975 est l'une des catastrophes naturelles les plus meurtrières du XXe siècle. Frappant la province du Henan en Chine en août 1975, il a provoqué des précipitations d'une intensité sans précédent, entraînant la rupture de 62 barrages dont le tristement célèbre barrage de Banqiao. Les inondations qui ont suivi ont causé la mort d'environ 150 000 à 240 000 personnes selon les sources, faisant de ce typhon l'une des catastrophes hydrologiques les plus dévastatrices jamais enregistrées. Longtemps occulté par les autorités chinoises, cet événement n'est devenu publiquement connu en dehors de Chine que plusieurs décennies après les faits.

La formation et la trajectoire du typhon Nina

Le typhon Nina s'est formé dans l'océan Pacifique occidental en juillet 1975. Il s'est d'abord déplacé selon une trajectoire relativement classique pour les typhons de la région, remontant vers le nord-ouest en direction des côtes chinoises. Après avoir touché terre, il aurait normalement dû s'affaiblir rapidement, comme c'est généralement le cas pour les cyclones tropicaux privés de leur source d'énergie maritime.

Cependant, Nina allait surprendre tous les prévisionnistes. En atteignant la province centrale du Henan, le typhon se heurta à un front froid stationnaire qui bloqua sa progression. Cette configuration météorologique exceptionnelle piégea le système sur place, transformant ce qui aurait été un épisode de pluies intense mais temporaire en une catastrophe pluviométrique d'une ampleur inouïe.

Des précipitations records

Les quantités de pluie enregistrées lors du passage du typhon Nina demeurent parmi les plus élevées jamais mesurées à l'échelle mondiale. En trois jours, les régions touchées ont reçu plus de 1 600 millimètres de précipitations. En l'espace d'une seule heure, il est tombé jusqu'à 190 millimètres de pluie à certains endroits. Sur six heures, le cumul atteignit 830 millimètres, établissant ce qui fut longtemps considéré comme un record mondial pour cet intervalle de temps. Pour donner un ordre de grandeur, Paris reçoit en moyenne 650 millimètres de pluie par an. Le Henan en reçut deux fois plus en quelques heures seulement.

La rupture du barrage de Banqiao

Le barrage de Banqiao, construit dans les années 1950 sur la rivière Ru dans le Henan, était un ouvrage en terre de type soviétique. Il avait été conçu pour résister à ce que les ingénieurs de l'époque qualifiaient d'une « crue millénaire », soit un débit susceptible de se produire une fois tous les mille ans statistiquement. Le typhon Nina produisit des crues deux fois supérieures à ce seuil.

Les vannes du barrage furent ouvertes pour tenter de réduire le niveau du réservoir, mais elles étaient en partie obstruées par les sédiments accumulés et ne purent fonctionner à pleine capacité. Les communications dans la région étaient coupées en raison des intempéries, empêchant la coordination des opérations d'urgence. Dans la nuit du 8 août 1975, le barrage de Banqiao céda. En moins d'une heure, 600 millions de mètres cubes d'eau se déversèrent dans la plaine du Henan.

Une réaction en chaîne

La rupture du Banqiao déclencha une réaction en chaîne catastrophique. En aval, d'autres barrages déjà fragilisés par les pluies cédèrent les uns après les autres. Au total, 62 barrages rompirent dans la nuit du 8 au 9 août 1975. Le barrage de Shimantan, situé sur une autre rivière du Henan, fit lui aussi partie des ouvrages détruits. La vague de crue qui déferla sur les plaines agricoles densément peuplées de la province atteignit par endroits plusieurs mètres de hauteur et se déplaça à la vitesse d'un cheval au galop, selon les témoignages recueillis ultérieurement.

Le bilan humain : une catastrophe à la mesure d'une province

Les estimations du nombre de victimes du typhon Nina et de la rupture des barrages varient considérablement selon les sources, en partie parce que les autorités chinoises maintinrent longtemps le secret sur l'ampleur réelle de la tragédie. Les chiffres les plus fréquemment cités font état d'environ 26 000 personnes tuées directement par les inondations, auxquelles il faut ajouter jusqu'à 145 000 décès liés aux épidémies et à la famine qui suivirent dans les semaines et mois suivants. Certaines sources évoquent un bilan total pouvant atteindre 240 000 morts.

Des millions de personnes furent déplacées. Des dizaines de milliers de maisons furent détruites. Les terres agricoles du Henan, grenier à blé de la Chine, furent recouvertes de limon et de débris. La récolte d'une année entière fut perdue, aggravant la pénurie alimentaire dans une région déjà fragilisée par les politiques économiques de l'époque.

La censure des informations

L'un des aspects les plus troublants de cette catastrophe est le silence qui l'entoura pendant des décennies. La Chine de 1975 était sous l'autorité de la Révolution culturelle, et les informations relatives aux désastres naturels n'étaient pas diffusées librement. Les survivants et les secouristes reçurent des consignes de ne pas parler de l'événement. Ce n'est qu'à partir des années 1990, et plus encore dans les années 2000, que des témoignages et des analyses commencèrent à paraître, notamment sous la forme d'un rapport officiel déclassifié en 2005, soit trente ans après les faits.

Les causes structurelles et humaines de la catastrophe

Si le typhon Nina est la cause immédiate du désastre, les experts qui ont étudié la catastrophe soulignent qu'elle était le résultat d'une conjonction de facteurs humains et institutionnels qui ont amplifié les effets du phénomène naturel.

Des barrages mal conçus ou insuffisamment entretenus

Les barrages construits dans le Henan dans les années 1950 et 1960 dans le cadre du Grand Bond en avant souffrirent de problèmes de conception et de construction. Construits rapidement par une main-d'oeuvre non spécialisée, certains ouvrages présentaient des défauts structurels notables. L'ingénieur hydrologue Chen Xing avait alerté dès les années 1960 sur les risques que présentaient plusieurs de ces barrages, préconisant leur renforcement ou leur modification. Ses avertissements furent ignorés et il fut un temps écarté de ses fonctions pour avoir exprimé des critiques jugées contraires à l'enthousiasme révolutionnaire de l'époque.

L'absence de coordination des secours

Les inondations frappèrent une région où les infrastructures de communication étaient limitées. Les lignes téléphoniques et télégraphiques furent rapidement hors service. Les responsables locaux eurent du mal à obtenir des ordres clairs pour procéder aux évacuations, et certaines décisions cruciales, comme l'ouverture des vannes de déversement, furent retardées par des procédures bureaucratiques inadaptées à l'urgence. Des villages entiers ne furent pas avertis du danger imminent et leurs habitants ne purent évacuer à temps.

Les conséquences et les leçons tirées

La catastrophe du typhon Nina et de la rupture du barrage de Banqiao a profondément marqué la politique hydraulique de la Chine. Dans les années qui suivirent, des programmes de rénovation et de renforcement des barrages furent lancés. Les barrages de Banqiao et de Shimantan furent reconstruits avec des normes de sécurité beaucoup plus élevées et de nouvelles vannes de déversement. Des systèmes d'alerte précoce furent progressivement mis en place.

Sur le plan international, la catastrophe reste méconnue du grand public occidental, éclipsée par d'autres événements de l'année 1975. Elle est cependant régulièrement citée dans les études spécialisées sur les risques hydrologiques et les défaillances de barrages comme l'un des exemples les plus dramatiques des conséquences potentielles d'une mauvaise gestion des ouvrages hydrauliques face aux aléas climatiques extrêmes.

Un avertissement pour l'avenir

Dans le contexte du changement climatique, l'exemple du typhon Nina de 1975 est fréquemment invoqué par les climatologues et les ingénieurs hydrauliques. Les modèles climatiques prévoient une intensification des événements météorologiques extrêmes, notamment des typhons et des pluies diluviennes dans les zones tropicales et subtropicales. La catastrophe du Henan illustre à quel point des infrastructures conçues pour des niveaux de risque jugés raisonnables à leur époque peuvent se révéler insuffisantes face à des phénomènes dépassant toutes les prévisions.

Questions fréquentes

Quelle était la cause principale du typhon Nina en 1975 ?

Le typhon Nina s'est formé comme un cyclone tropical classique dans le Pacifique occidental. Sa principale cause de destruction en Chine fut le blocage de sa trajectoire par un front froid stationnaire au-dessus du Henan, qui provoqua des pluies d'une intensité exceptionnelle sur plusieurs jours, dépassant 1 600 millimètres en trois jours selon les données météorologiques de l'époque.

Combien de barrages ont cédé lors du typhon Nina ?

En tout, 62 barrages cédèrent lors des inondations provoquées par le typhon Nina en août 1975 dans la province du Henan. Le plus important fut le barrage de Banqiao sur la rivière Ru, qui libéra environ 600 millions de mètres cubes d'eau en moins d'une heure. Le barrage de Shimantan fut également détruit lors de cet événement en cascade.

Combien de victimes fit le typhon Nina de 1975 ?

Le bilan est difficile à établir précisément en raison de la censure imposée par les autorités chinoises de l'époque. Les estimations les plus couramment citées font état d'environ 26 000 morts directes par noyade, et de 100 000 à 145 000 morts supplémentaires liés aux épidémies et à la famine qui suivirent. Certaines sources avancent un total pouvant atteindre 240 000 victimes.

Pourquoi la catastrophe du typhon Nina est-elle si peu connue ?

La catastrophe fut largement censurée par les autorités chinoises pendant la période de la Révolution culturelle. Les informations sur l'ampleur des dégâts et du nombre de victimes ne furent pas diffusées publiquement. Un rapport officiel sur la rupture du barrage de Banqiao ne fut déclassifié qu'en 2005, soit trente ans après les faits, ce qui explique pourquoi l'événement reste peu connu en dehors des cercles spécialisés.

Le barrage de Banqiao a-t-il été reconstruit après 1975 ?

Oui, le barrage de Banqiao a été entièrement reconstruit après la catastrophe de 1975. La reconstruction fut achevée en 1993. Le nouvel ouvrage est conçu avec des normes de sécurité bien supérieures à l'original, notamment une capacité de déversement nettement accrue pour faire face à des crues exceptionnelles, et des systèmes de communication et d'alerte modernes.

Quel record de précipitations le typhon Nina a-t-il établi ?

Le typhon Nina a établi ce qui fut longtemps considéré comme un record mondial de précipitations sur six heures, avec 830 millimètres de pluie enregistrés en un seul point sur cet intervalle. Sur trois jours, les cumuls atteignirent 1 631 millimètres selon les relevés météorologiques disponibles, soit environ deux fois et demie la pluviométrie annuelle moyenne de Paris, tombée en quelques jours seulement.

Articles liés