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Histoire de la Géorgie : des origines à la crise politique actuelle

Publié 10. juin 2025 Mis à jour 15. juin 2026

Quelle est l'histoire succincte de la Géorgie ?

La Géorgie est l'un des États les plus anciens du monde, dont l'histoire s'étend sur plus de trois millénaires de civilisation ininterrompue au carrefour de l'Europe et de l'Asie. Nichée dans le Caucase du Sud, entre mer Noire et mer Caspienne, elle a été convoitée, envahie et partagée par les grandes puissances qui l'entouraient — Perses, Romains, Arabes, Mongols, Ottomans, Russes — sans jamais perdre son identité propre. En 2026, la Géorgie traverse une nouvelle crise existentielle, tiraillée entre son aspiration européenne et l'influence persistante de Moscou.

Les origines : une terre habitée depuis l'aube de l'humanité

Le site de Dmanissi, dans le centre du pays, a livré des crânes d'Homo erectus georgicus datant d'environ 1,8 million d'années, ce qui en fait le plus ancien foyer humain connu hors d'Afrique. La Géorgie est donc, au sens propre, un berceau de l'humanité.

Dans l'Antiquité, le territoire se structure autour de deux entités principales : à l'ouest, le royaume de Colchide — la terre de la Toison d'or des mythes grecs, dont Jason et les Argonautes étaient censés rapporter le trésor — et à l'est, le royaume de Kartli (Ibérie caucasienne), unifié au IIIe siècle avant notre ère sous Pharnavaz I. Pendant six siècles, la région est le terrain d'affrontement entre Rome et la Perse sassanide.

Un tournant décisif survient au IVe siècle : vers 330, le roi Mirian III adopte le christianisme, conversion attribuée à une missionnaire esclave, sainte Nino. La Géorgie devient ainsi l'un des premiers États chrétiens de l'histoire, et l'Église orthodoxe géorgienne reste à ce jour un pilier central de l'identité nationale.

L'âge d'or médiéval : le royaume uni de Géorgie

Après des siècles de fragmentation et d'invasions arabes, la dynastie des Bagrationi réalise l'unification du pays. C'est le roi Bagrat III qui rassemble les différents royaumes géorgiens en 1008, fondant un État centralisé et puissant.

Le royaume atteint son apogée aux XIe et XIIe siècles. David IV le Bâtisseur (1089–1125) repousse les envahisseurs turcs seldjoukides et reconquiert Tbilissi en 1122, faisant de cette ville sa capitale. Sa petite-fille, la reine Tamar (1184–1213), porte le royaume à son sommet : son règne est considéré comme l'âge d'or de la culture géorgienne. La poésie, l'architecture et les arts connaissent un essor remarquable, dont le poème épique Le Chevalier à la peau de panthère de Chota Roustaveli reste le symbole immortel.

Cette ère de splendeur s'effondre brutalement avec l'invasion mongole de 1236–1243. Le pays est ravagé, sa population décimée, et l'unité politique brisée. Au XVe siècle, la Géorgie se fragmente en plusieurs royaumes et principautés rivaux, livrés aux pressions conjuguées de l'Empire ottoman à l'ouest et de la Perse safavide à l'est.

Sous la domination russe (XIXe – début XXe siècle)

Épuisée par des siècles de guerres, la Géorgie cherche une protection. En 1783, le traité de Guéorgievsk place le royaume de Kartli-Kakhétie sous protectorat russe. En 1801, la Russie annexe purement et simplement ce royaume ; les autres principautés géorgiennes sont absorbées entre 1803 et 1864. La Géorgie disparaît en tant qu'entité politique indépendante.

L'époque impériale russe est marquée par une résistance culturelle et nationale croissante. Des intellectuels comme Ilia Tchavtchavadzé font renaître la conscience nationale géorgienne à travers la langue et la littérature. Le mouvement social-démocrate y prend aussi racine : Joseph Djougachvili, natif de Gori, y commence son ascension révolutionnaire avant de devenir Staline.

La courte indépendance et l'ère soviétique (1918–1991)

L'effondrement de l'Empire russe en 1917 ouvre une fenêtre d'opportunité. Le 26 mai 1918, la République démocratique de Géorgie proclame son indépendance — une date encore célébrée comme fête nationale. Ce régime social-démocrate, l'un des premiers à accorder le droit de vote aux femmes, est reconnu internationalement mais fragile.

En février 1921, l'Armée rouge envahit la Géorgie. Le pays est soviétisé de force et intégré à l'URSS, d'abord dans la République fédérative transcaucasienne, puis en 1936 comme République soviétique socialiste de Géorgie. Malgré la répression et les déportations, la culture nationale survit, notamment à travers un cinéma et une littérature reconnus dans le monde entier.

L'indépendance retrouvée et les conflits post-soviétiques

Le 9 avril 1991, sous la présidence de Zviad Gamsakhourdia, la Géorgie déclare son indépendance. La transition est douloureuse : guerres civiles, effondrement économique, et surtout deux conflits territoriaux qui empoisonnent la politique géorgienne jusqu'à aujourd'hui. L'Abkhazie et l'Ossétie du Sud, soutenues par Moscou, proclament leur sécession dans les années 1990 au prix de guerres meurtrières.

La Révolution des roses de novembre 2003 porte au pouvoir Mikheïl Saakachvili, qui engage un programme de modernisation accéléré, de lutte anti-corruption et de rapprochement avec l'OTAN et l'Union européenne. En août 2008, une guerre éclair oppose la Géorgie à la Russie autour de l'Ossétie du Sud. En cinq jours, la Russie reconnaît l'indépendance des deux régions sécessionnistes, décision condamnée par la quasi-totalité de la communauté internationale.

La crise politique de 2024–2026 : entre Europe et Russie

Depuis 2012, le pays est gouverné par le parti Rêve géorgien, fondé par l'oligarque Bidzina Ivanichvili. Malgré l'inscription de l'aspiration européenne dans la Constitution en 2017, le gouvernement est accusé d'opérer un glissement autoritaire et pro-russe.

Les élections législatives d'octobre 2024, remportées par Rêve géorgien selon les résultats officiels, sont rejetées par l'opposition et les observateurs européens comme entachées de fraude. Le 28 novembre 2024, le Premier ministre Irakli Kobakhidze annonce la suspension des négociations d'adhésion à l'UE jusqu'en 2028. Cette déclaration déclenche un mouvement de protestation massif à Tbilissi.

En décembre 2024, le parlement élit Mikheïl Kavelachvili à la présidence, remplaçant Salomé Zourabichvili qui refuse de quitter le palais présidentiel, se considérant comme la seule autorité légitime. Les partis d'opposition boycottent le parlement. En septembre 2025, des lois permettant l'interdiction des partis d'opposition pour motifs de sécurité nationale sont adoptées. Les manifestations pro-européennes se poursuivent : en mai 2026, des milliers de Géorgiens descendent dans les rues de Tbilissi à l'occasion du 108e anniversaire de l'indépendance, maintenant vivante une résistance civique qui dure depuis plus de 500 jours consécutifs.

Questions fréquentes

Quand la Géorgie est-elle devenue chrétienne ?

La Géorgie a adopté le christianisme vers l'an 330, sous le règne du roi Mirian III, grâce à l'action missionnaire de sainte Nino. Elle figure parmi les tous premiers États chrétiens de l'histoire.

Quelle est la capitale de la Géorgie et depuis quand ?

Tbilissi est la capitale de la Géorgie depuis 1122, lorsque le roi David IV le Bâtisseur la reprit aux Turcs seldjoukides. Elle comptait environ 1,3 million d'habitants en 2026.

Pourquoi la Géorgie a-t-elle perdu l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud ?

Ces deux régions ont fait sécession au début des années 1990 avec le soutien militaire et politique de la Russie. Après la guerre russo-géorgienne d'août 2008, Moscou les a reconnues comme États indépendants, une décision rejetée par l'ONU et la quasi-totalité des pays du monde.

La Géorgie est-elle membre de l'Union européenne ?

Non. La Géorgie a obtenu le statut de candidat à l'UE en décembre 2023, mais le gouvernement Rêve géorgien a suspendu le processus d'adhésion en novembre 2024 jusqu'en 2028, provoquant une crise politique majeure.

Quelle est l'origine du nom "Géorgie" ?

L'étymologie est débattue. Une hypothèse relie le nom au culte de saint Georges, très répandu dans le pays. Les Géorgiens eux-mêmes appellent leur pays Sakartvelo, du nom du peuple kartvelien qui en forme le cœur.

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