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Histoire du Mali : des empires médiévaux à la crise actuelle

Publié 10. mars 2025 Mis à jour 15. juin 2026

Quelle est l'histoire concise du Mali à découvrir ici ?

Le Mali, enclavé au cœur de l'Afrique de l'Ouest, est l'un des pays dont l'histoire est la plus ancienne et la plus dense du continent africain. Berceau de plusieurs des plus grands empires de l'Afrique subsaharienne, carrefour du commerce transsaharien, colonie française puis État indépendant, il traverse depuis les années 2010 une période de turbulences profondes qui culminent en 2026 avec une crise sécuritaire et politique majeure. Retracer cette histoire, c'est comprendre comment un espace géographique au cœur du Sahel a façonné des civilisations rayonnantes avant de sombrer dans une instabilité durable.

Les grands empires médiévaux

L'empire du Ghana, premier État de la région

Bien avant que le nom « Mali » désigne un État-nation, le territoire que l'on connaît aujourd'hui était le siège de formations politiques puissantes. L'empire du Ghana, signalé dans des textes arabes dès le VIIIe siècle, est souvent considéré comme le premier grand empire de la région. Situé entre les fleuves Niger et Sénégal, il doit sa prospérité au contrôle du commerce de l'or et du sel reliant l'Afrique du Nord à l'Afrique subsaharienne. L'affaiblissement progressif de cet empire, sous les coups des Almoravides puis de rivalités internes, ouvre la voie à un successeur encore plus puissant.

L'empire du Mali et l'apogée de Kankan Musa

C'est au début du XIIIe siècle que l'empire du Mali prend son essor. Un chef de guerre mandingue, Soundiata Keïta, vainc son principal rival, Soumangourou Kanté, roi du Sosso, à la bataille de Kirina vers 1235. Cet événement fondateur est célébré dans l'épopée orale du Mandé et constitue l'acte de naissance symbolique d'un empire qui va dominer l'Afrique de l'Ouest pendant près de deux siècles.

L'empire atteint son apogée sous le règne de Kankan Musa (1312–1337), dont la célébrité dépasse les frontières africaines. Son pèlerinage à La Mecque en 1324–1325, accompagné d'une suite de milliers de personnes et de quantités d'or colossales, provoque une inflation durable dans les marchés du Caire et de l'Arabie. À son apogée, l'empire du Mali contrôle directement ou indirectement la majeure partie des peuples de la savane, de l'océan Atlantique au pays haoussa, et fait de Tombouctou un centre économique et religieux de premier rang.

L'empire songhaï et le rayonnement de Tombouctou

Après le déclin de l'empire du Mali, l'empire songhaï prend le relais aux XVe et XVIe siècles. Sous l'impulsion de Sonni Ali puis d'Askia Mohammed, il devient l'un des plus vastes États de l'histoire africaine, tirant sa richesse du commerce de l'or et du sel le long du fleuve Niger et des routes sahariennes. Tombouctou s'impose alors comme l'un des grands centres intellectuels de l'islam, avec ses mosquées, ses madrasas et ses bibliothèques abritant des milliers de manuscrits. La ville attire des savants du monde entier, faisant du Mali médiéval un pôle de savoir universel. L'empire songhaï s'effondre en 1591 sous les coups d'une expédition militaire marocaine, ouvrant une longue période de fragmentation politique.

La colonisation française et le Soudan français

À partir du milieu du XIXe siècle, la pénétration coloniale française s'opère depuis le Sénégal en direction de l'est. Sous le commandement de Louis Faidherbe puis de Joseph Gallieni, les troupes françaises conquièrent méthodiquement le territoire : Bamako tombe en 1883, Ségou en 1890, Tombouctou en 1894, Gao en 1899. Les résistances sont nombreuses — notamment celle de l'imam Samory Touré — mais sont finalement réduites.

Le territoire est intégré à l'Afrique-Occidentale française sous le nom de Soudan français, colonie administrée depuis 1895. L'économie coloniale repose sur les cultures d'exportation (coton, arachide) et l'exploitation des ressources naturelles, au détriment des populations locales soumises au travail forcé et à l'impôt. Bamako est érigée en capitale administrative et connaît un développement urbain rapide.

L'indépendance et les premières décennies

Dans le contexte de la décolonisation africaine, le Soudan français rejoint le Sénégal pour former la Fédération du Mali en janvier 1959. Le 20 juin 1960, la fédération accède à l'indépendance totale dans le cadre de la Communauté française. Deux mois plus tard, le 20 août 1960, le Sénégal fait sécession. Le 22 septembre 1960, le Soudan proclame seul la République du Mali et se retire de la Communauté française sous la direction de Modibo Keïta, premier président du pays.

Modibo Keïta instaure un régime socialiste à parti unique, s'inspirant du modèle soviétique et du panafricanisme de Nkrumah. En 1968, il est renversé par un coup d'État militaire mené par le lieutenant Moussa Traoré, qui gouverne le pays d'une main de fer pendant plus de deux décennies. Les années 1980 sont marquées par des sécheresses dévastatrices, une pauvreté croissante et une contestation populaire grandissante.

En mars 1991, un soulèvement populaire suivi d'un nouveau coup d'État militaire met fin au régime de Traoré. Une transition démocratique s'ouvre : une nouvelle constitution est adoptée en 1992, et Alpha Oumar Konaré est élu président lors des premières élections pluralistes du pays. Le Mali connaît alors une décennie de stabilité relative, souvent cité comme un modèle de démocratisation en Afrique de l'Ouest.

La crise de 2012 et l'intervention internationale

La chute de Mouammar Kadhafi en Libye en 2011 déclenche un effet domino dévastateur pour le Mali : des milliers de combattants touaregs et leurs armements reflux vers le nord du pays. En janvier 2012, le Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA) lance une rébellion touarègue qui tourne rapidement à l'avantage de groupes jihadistes liés à Al-Qaïda. En mars 2012, un coup d'État militaire renverse le président Amadou Toumani Touré, fragilisant encore davantage l'État.

En quelques mois, le nord du Mali — soit les deux tiers du territoire national — échappe au contrôle de Bamako. En janvier 2013, devant la menace d'une avancée jihadiste vers le sud, la France déclenche l'opération Serval, qui repousse les groupes armés et reprend les principales villes du nord. La Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) est déployée en juillet 2013. Malgré ces interventions, l'insécurité dans le Sahel ne cesse de croître.

Les coups d'État de 2020 et 2021 et la rupture avec la France

En août 2020, l'armée malienne renverse le président Ibrahim Boubacar Keïta lors d'un nouveau coup d'État, porté par le colonel Assimi Goïta. Une transition civilo-militaire est mise en place, mais en mai 2021, Goïta prend directement le pouvoir lors d'un second putsch, s'autoproclame président de la transition.

La junte opère un tournant géopolitique spectaculaire : elle expulse les forces françaises de l'opération Barkhane en 2022, rompt avec la MINUSMA (retirée en 2023) et fait appel aux mercenaires du groupe russe Wagner (rebaptisé Africa Corps). Ces choix entraînent une rupture diplomatique avec Paris et l'Union européenne, tout en suscitant de graves accusations de violations des droits humains.

L'autoritarisme et la crise de 2026

En 2025, la junte franchit un nouveau palier autoritaire : elle adopte une loi abolissant le multipartisme, interdit toute organisation politique d'opposition et fait prolonger le mandat d'Assimi Goïta à la présidence jusqu'en 2030 sans élection. Human Rights Watch souligne en 2026 la détérioration continue de la situation des droits humains, entre répression de la dissidence, fermeture des médias indépendants et violence persistante des groupes armés.

Le 25 avril 2026, une offensive d'une ampleur inédite depuis 2012 est lancée simultanément contre six villes maliennes, dont Bamako, Kati, Mopti, Sévaré, Gao et Kidal. Pour la première fois, le Groupe de soutien à l'Islam et aux musulmans (GSIM, affilié à Al-Qaïda) et les séparatistes touaregs du Front pour la libération de l'Azawad (FLA) agissent de concert. À Kati, une voiture piégée tue le ministre de la Défense ; des combats ont lieu dans les rues de Bamako, aux abords de l'aéroport. Cette offensive révèle les fractures internes de la junte et plonge le pays dans une incertitude profonde.

Questions fréquentes

Quels sont les trois grands empires qui ont existé sur le territoire du Mali ?

Les trois grands empires médiévaux du territoire malien sont l'empire du Ghana (actif dès le VIIIe siècle), l'empire du Mali (XIIIe–XIVe siècles), et l'empire songhaï (XVe–XVIe siècles). Chacun a dominé les routes commerciales transsahariennes et contribué au rayonnement de villes comme Tombouctou.

Quand le Mali a-t-il obtenu son indépendance ?

Le Mali a accédé à l'indépendance le 22 septembre 1960 en proclamant la République du Mali après la dissolution de la Fédération du Mali avec le Sénégal. Cette date est célébrée comme fête nationale.

Pourquoi le Mali a-t-il rompu avec la France ?

Après les coups d'État de 2020 et 2021, la junte militaire dirigée par Assimi Goïta a expulsé les forces françaises (opération Barkhane) en 2022 et demandé le départ de la MINUSMA en 2023, lui préférant la coopération avec les mercenaires russes du groupe Wagner (Africa Corps). Des tensions diplomatiques profondes et une rhétorique souverainiste anti-française expliquent cette rupture.

Quelle est la situation sécuritaire au Mali en 2026 ?

En avril 2026, le Mali subit une offensive coordonnée sans précédent : le GSIM (jihadiste) et le FLA (séparatiste touareg) attaquent simultanément Bamako, Kidal, Gao, Mopti et d'autres villes. Cette crise révèle l'échec des stratégies sécuritaires de la junte et fragilise davantage un pouvoir déjà contesté.

Tombouctou a-t-elle vraiment été un grand centre intellectuel ?

Oui. Aux XVe et XVIe siècles, sous l'empire songhaï, Tombouctou était l'un des plus grands centres intellectuels du monde islamique. Sa célèbre université Sankore et ses dizaines de milliers de manuscrits en attestent. La ville attirait savants, théologiens et commerçants de tout le monde méditerranéen et subsaharien.

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