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Histoire de Nissan : des origines de Datsun à aujourd'hui

Publié 7. juin 2025 Mis à jour 15. juin 2026

Quelle est l'histoire fascinante de la marque Nissan ?

Nissan est aujourd'hui l'un des constructeurs automobiles les plus reconnus au monde, avec des millions de véhicules vendus chaque année sur tous les continents. Pourtant, derrière ce géant de l'industrie se cache une histoire complexe et souvent tumultueuse, faite de fusions, de crises, de génie industriel et de rebondissements. Des ateliers artisanaux du Japon du début du XXe siècle aux défis de l'électrification, le parcours de Nissan traverse plus d'un siècle de mutations technologiques et économiques.

Les origines : Kwaishinsha, DAT et les premiers pas automobiles (1914–1933)

L'histoire débute bien avant le nom Nissan. En 1914, l'ingénieur Masujiro Hashimoto fonde la Kwaishinsha Motor Car Works à Tokyo. Il y produit une voiturette baptisée DAT, acronyme formé des initiales de ses trois premiers investisseurs : Den, Aoyama et Takeuchi. Bien que confidentielle, cette voiture marque l'entrée du Japon dans l'ère automobile.

Après la Première Guerre mondiale et une période de difficultés économiques, la société fusionne en 1925 avec un concurrent, Jitsuyo Jidosha, pour former la DAT Motors. En 1929, sous la direction de l'ingénieur Takayoshi Gotoh, l'entreprise conçoit une nouvelle petite voiture populaire, d'abord appelée Datson — littéralement « fils de DAT » — avant d'être rebaptisée Datsun en 1932, pour éviter la connotation négative du mot son (perte) en japonais.

La naissance officielle de Nissan (1934)

Le 1er juin 1934 est la date fondatrice. Le conglomérat Nihon Sangyo, dirigé par l'industriel Yoshisuke Aikawa, rachète intégralement la société et décide d'adopter un nouveau nom de marque : Nissan, contraction directe de Nihon Sangyo, qui signifie « production nationale ». L'entreprise est rebaptisée Nissan Motor Co., Ltd. et installe ses usines à Yokohama.

L'ambition est claire : produire en grande série des véhicules robustes et abordables pour le marché japonais. La méthode, en revanche, est résolument moderne — Nissan est l'un des premiers constructeurs japonais à recourir à la chaîne de production mécanisée, inspirée des pratiques fordistes américaines.

La Seconde Guerre mondiale et la reconstruction (1937–1960)

Comme l'ensemble de l'industrie japonaise, Nissan est mobilisée à partir de 1937 pour soutenir l'effort de guerre. L'usine de Yokohama est reconvertie pour produire du matériel militaire — camions, moteurs d'avion, équipements lourds. La production automobile civile s'arrête presque totalement.

Après la capitulation du Japon en 1945, le pays est dévasté. Nissan repart de zéro dans un Japon sous occupation américaine. En 1952, la firme signe un accord de licence avec le constructeur britannique Austin, qui lui permet de produire localement des Austin A40 et A50 tout en absorbant les méthodes de fabrication modernes. Ce partenariat, loin d'être une soumission, est une stratégie délibérée d'apprentissage technologique rapide. En moins d'une décennie, Nissan maîtrise suffisamment ses processus pour concevoir ses propres modèles sans dépendre de licences étrangères.

L'essor international et l'héritage Datsun (1960–1980)

Les années 1960 sont celles de la conquête des marchés mondiaux. Nissan exporte ses véhicules sous la marque Datsun en Amérique du Nord, en Australie et en Europe — un label différencié, considéré comme plus accessible que le nom Nissan. Cette stratégie de double marque fonctionne remarquablement bien : les Datsun s'imposent comme des voitures fiables, économiques, et idéales pour une clientèle soucieuse de son budget.

En 1966, Nissan réalise une acquisition décisive en absorbant Prince Motors, un constructeur japonais réputé pour ses motorisations avancées. Avec Prince, Nissan hérite d'un modèle légendaire : la Skyline. Trois ans plus tard, en 1969, la Nissan Skyline GT-R fait son apparition sur les circuits. Dotée d'un moteur 2,0 litres six cylindres en ligne de 160 chevaux et d'une tenue de route redoutable, elle remporte 49 courses consécutives dans les championnats japonais. La presse australienne lui donnera plus tard le surnom de « Godzilla » — un mythe est né.

En 1980, Nissan décide de mettre fin à la coexistence des deux marques. Le badge Datsun est progressivement abandonné au profit du seul nom Nissan, complétant l'unification de l'identité mondiale du constructeur.

La crise et le sauvetage par l'Alliance Renault (1999)

Les années 1990 sont difficiles. Une expansion trop rapide, une gamme de produits insuffisamment différenciée et des coûts de production excessifs plongent Nissan dans une crise financière profonde. En 1999, la dette du groupe atteint près de 20 milliards de dollars. La faillite semble imminente.

C'est dans ce contexte que Renault prend une participation de 36,8 % dans le capital de Nissan et envoie au Japon un manager franco-libano-brésilien peu connu du grand public : Carlos Ghosn. Nommé directeur des opérations, Ghosn présente en 1999 le Nissan Revival Plan, un plan de restructuration draconien : fermeture de cinq usines, suppression de 21 000 postes, réduction du nombre de fournisseurs de moitié. En trois ans, Nissan renoue avec les bénéfices — un redressement salué comme l'un des plus spectaculaires de l'histoire industrielle moderne.

L'Alliance Renault-Nissan (rejointe par Mitsubishi en 2016) devient le premier groupe automobile mondial en termes de volumes de ventes durant plusieurs années, avec plus de 10 millions de véhicules produits annuellement.

L'affaire Ghosn et la recomposition de l'Alliance (2018–2023)

En novembre 2018, Carlos Ghosn est arrêté à l'aéroport de Tokyo, accusé de malversations financières, de sous-déclaration de revenus et d'abus de biens sociaux. L'affaire provoque un séisme. En décembre 2019, Ghosn s'évade spectaculairement du Japon — dissimulé, selon les récits, dans une caisse d'équipement musical — et se réfugie au Liban, hors de portée de la justice japonaise.

La chute de Ghosn révèle les tensions profondes au sein de l'Alliance : Nissan entendait préserver son indépendance face à Renault, qui cherchait une intégration plus étroite. En 2023, les deux constructeurs redéfinissent leur partenariat : Renault réduit sa participation dans Nissan à 15 % (contre 43 % auparavant), rétablissant une symétrie actionnariale. L'Alliance survit, mais dans une forme allégée.

Le virage électrique : la Nissan Leaf et l'avenir

Sur le plan technologique, Nissan a devancé la plupart de ses concurrents en matière d'électrification. En 2010, le constructeur lance la Nissan Leaf, première voiture 100 % électrique produite en grande série au monde. La Leaf devient rapidement la référence du segment, dépassant le cap du demi-million d'unités vendues bien avant que Tesla, Volkswagen ou Renault ne s'imposent sur ce marché.

Nissan continue de développer sa plateforme électrique avec l'Ariya, un SUV électrique lancé en 2022, et structure son offre autour d'une gamme progressivement électrifiée.

Nissan en 2026 : entre restructuration et recomposition

La situation actuelle du constructeur reste fragile. Face à des ventes en recul, notamment en Chine et en Amérique du Nord, et à une dette structurelle persistante, Nissan a annoncé en 2024 un vaste plan de restructuration incluant la suppression de 9 000 emplois et une réduction de 20 % de sa capacité de production mondiale.

Des négociations de fusion avec Honda ont été engagées fin 2024, avec l'ambition de créer un géant automobile commun d'ici 2026. Cependant, ces discussions ont finalement échoué début 2025 : Honda proposait d'absorber Nissan en tant que filiale, ce que Nissan a refusé, revendiquant une fusion entre égaux. En 2026, Nissan reste donc un constructeur indépendant, en quête de nouveaux partenariats et d'un second souffle stratégique.

Malgré ces turbulences, Nissan demeure une marque mondiale majeure, forte d'une histoire de plus de 90 ans d'innovations — des premières Datsun aux pionniers de l'électrique — et d'un patrimoine industriel et sportif que peu de constructeurs peuvent revendiquer.

Questions fréquentes

Quelle est l'origine du nom Nissan ?

Le nom Nissan est une contraction de Nihon Sangyo, le nom du conglomérat industriel qui a racheté la société en 1934. En japonais, Nihon signifie « Japon » et Sangyo signifie « industrie » ou « production ».

Quel est le lien entre Datsun et Nissan ?

Datsun est le nom commercial que Nissan a utilisé pour exporter ses véhicules à l'étranger, principalement en Amérique du Nord et en Australie, de la fin des années 1950 jusqu'au début des années 1980. En 1980, Nissan a décidé d'unifier ses deux marques sous le seul nom Nissan.

Quand a débuté l'Alliance Renault-Nissan ?

L'Alliance Renault-Nissan a été fondée en 1999, lorsque Renault a pris une participation de 36,8 % dans Nissan pour sauver le constructeur japonais d'une faillite imminente. Carlos Ghosn, envoyé par Renault, a dirigé le redressement spectaculaire de Nissan avec son Nissan Revival Plan.

Quelle est la voiture électrique pionnière de Nissan ?

La Nissan Leaf, lancée en 2010, est la première voiture 100 % électrique produite en grande série au monde. Elle a joué un rôle décisif dans la démocratisation du véhicule électrique, bien avant que ses concurrents n'entrent massivement sur ce marché.

Nissan a-t-il fusionné avec Honda en 2026 ?

Non. Des négociations de fusion entre Honda et Nissan ont été engagées fin 2024, mais elles ont échoué début 2025. Honda souhaitait faire de Nissan une filiale, ce que le constructeur japonais a refusé. En 2026, Nissan reste indépendant et cherche de nouvelles alliances stratégiques.

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