Histoire de la Caroline du Sud : des origines à nos jours
La Caroline du Sud, État du sud-est des États-Unis bordant l'océan Atlantique, est l'un des territoires les plus chargés d'histoire du continent nord-américain. Des premières nations amérindiennes aux plantations de coton, du premier coup de canon de la guerre de Sécession aux luttes pour les droits civiques, son passé reflète à lui seul les grandes tensions et transformations qui ont forgé les États-Unis.
Les premiers habitants et l'arrivée des Européens
Les premiers êtres humains s'installèrent sur le territoire de l'actuelle Caroline du Sud il y a environ 11 000 à 12 000 ans. Pendant des millénaires, ces populations vécurent de chasse et de cueillette avant de développer l'agriculture vers 1000 avant notre ère. Au moment du contact européen, de nombreuses nations amérindiennes y étaient établies, parmi lesquelles les Cherokee, les Catawba et les Yamasee.
Les premiers Européens à atteindre ces côtes furent des explorateurs espagnols venus d'Hispaniola en 1521. La France tenta brièvement d'y fonder une colonie : une trentaine de colons huguenots s'installèrent à Port-Royal entre 1562 et 1563, avant d'être contraints d'abandonner l'entreprise. L'Espagne établit ensuite la mission Santa Elena entre 1566 et 1587. C'est finalement l'Angleterre qui posa les bases d'une présence durable en 1670, avec la fondation d'une première colonie sur la rive ouest de la rivière Ashley, à Albemarle Point. Les colons déménagèrent rapidement vers la péninsule formée par les rivières Ashley et Cooper — site de l'actuelle Charleston.
La période coloniale : richesse et esclavage
La province de Caroline, d'abord rattachée à la Virginie, fut érigée en colonie royale distincte en 1712, puis scindée définitivement en Caroline du Nord et Caroline du Sud en 1729. L'économie coloniale reposait sur l'exportation de tabac, puis d'indigo et de riz, des cultures rendues très lucratives grâce au recours massif à la main-d'œuvre servile. Des dizaines de milliers d'Africains furent déportés et réduits en esclavage pour faire fonctionner ce système de plantation. Charleston devint l'un des ports esclavagistes les plus actifs de l'Amérique du Nord.
La Révolution américaine et l'accession à l'Union
La Caroline du Sud joua un rôle actif dans la guerre d'Indépendance américaine (1775-1783). En 1776, les défenseurs du fort Moultrie repoussèrent une attaque navale britannique, infligeant une cuisante défaite à la flotte du roi George III. Cependant, Charleston tomba aux mains du général britannique Henry Clinton en 1780, après un siège prolongé. La ville resta occupée jusqu'en 1782. Le 23 mai 1788, la Caroline du Sud devint le huitième État à ratifier la Constitution des États-Unis.
Avec l'invention de l'égreneuse à coton par Eli Whitney en 1793, le coton supplanta rapidement les autres cultures et s'imposa comme le pilier de l'économie de l'État. Cette dépendance au coton renforça l'esclavage et fit de la Caroline du Sud l'un des États les plus riches — et les plus inégalitaires — de la nouvelle nation.
La sécession et la guerre de Sécession
La Caroline du Sud fut le premier État à faire sécession de l'Union, le 20 décembre 1860, quelques semaines après l'élection d'Abraham Lincoln. Le 12 avril 1861, les batteries confédérées ouvrirent le feu sur le fort Sumter, dans la baie de Charleston, déclenchant officiellement la guerre de Sécession. Cet épisode symbolique fit de la Caroline du Sud le berceau du conflit le plus meurtrier de l'histoire américaine.
L'État fut épargné par les combats majeurs jusqu'en 1865, lorsque le général unioniste William Tecumseh Sherman lança sa célèbre marche vers le nord depuis la Géorgie. Ses troupes s'emparèrent de Columbia, la capitale, le 17 février 1865, et incendièrent une grande partie de la ville. L'État fut laissé dans un état de dévastation économique et sociale.
La Reconstruction et les lois Jim Crow
Après la défaite confédérée, la Caroline du Sud fut placée sous administration militaire fédérale. Elle fut réadmise dans l'Union en 1868. Durant cette période de Reconstruction, les Afro-Américains accédèrent au droit de vote et à des fonctions électives, et plusieurs d'entre eux furent élus au Congrès fédéral.
Cette émancipation politique fut cependant de courte durée. Dès la fin de la Reconstruction, dans les années 1870-1880, les législatures blanches du Sud imposèrent les lois Jim Crow, un arsenal de ségrégation raciale légale particulièrement sévère en Caroline du Sud. Les Afro-Américains se virent interdire l'accès à la plupart des professions, à de nombreux espaces publics et à l'exercice effectif du droit de vote. L'État devint un bastion du Parti démocrate sudiste, défenseur de la ségrégation, pendant près d'un siècle.
Le XXe siècle : industrialisation et mouvement des droits civiques
Au cours du XXe siècle, la Caroline du Sud amorça une timide industrialisation, notamment dans le secteur du textile. L'agriculture restait cependant dominante et la pauvreté, très répandue, touchait en particulier les communautés noires.
La lutte pour les droits civiques y fut âpre. En janvier 1961, à Rock Hill, neuf étudiants noirs du Friendship Junior College — les « Friendship Nine » — s'assirent au comptoir réservé aux Blancs d'un restaurant et refusèrent de partir. Ils choisirent la prison plutôt que de payer une amende, contribuant à attirer l'attention nationale sur la ségrégation. En 1963, Harvey Gantt devint le premier étudiant noir admis à l'université Clemson, première institution publique de l'État à s'intégrer pacifiquement. La Caroline du Sud appliqua progressivement les lois fédérales de déségrégation issues du Civil Rights Act de 1964.
La Caroline du Sud contemporaine
À partir des années 1970-1980, l'économie de la Caroline du Sud se diversifia profondément. Le textile déclina, remplacé par des industries à plus haute valeur ajoutée : construction automobile (BMW y implante une usine majeure en 1994), aérospatiale (Boeing y installe une ligne d'assemblage du 787), chimie, et services. Le tourisme, notamment autour de Myrtle Beach et des Sea Islands, représente également une part importante du produit intérieur de l'État.
Selon le recensement fédéral de 2020, la population de la Caroline du Sud atteignait 5,1 millions d'habitants, en hausse constante depuis plusieurs décennies. L'État, longtemps acquis aux démocrates sudistes, est devenu depuis les années 1990 un bastion républicain. Politiquement, il occupe une place stratégique dans les primaires présidentielles américaines, sa primaire républicaine étant la troisième du calendrier et souvent décisive.
La mémoire des violences raciales reste vive : en juin 2015, une fusillade raciste dans l'église Emanuel African Methodist Episcopal de Charleston fit neuf morts. L'événement entraîna le retrait du drapeau confédéré du Capitole de l'État, où il flottait depuis 1962. Ce geste symbolisa, pour beaucoup, une étape dans la réconciliation de l'État avec son passé.
Questions fréquentes
Pourquoi la Caroline du Sud a-t-elle été le premier État à faire sécession ?
La Caroline du Sud avait une économie entièrement dépendante du coton et de l'esclavage, et ses élites plantocratiques craignaient que l'élection d'Abraham Lincoln en 1860 ne conduise à l'abolition. Sa tradition politique radicale et son attachement à la « souveraineté des États » en firent le fer de lance du mouvement sécessionniste, le 20 décembre 1860.
Où ont été tirés les premiers coups de feu de la guerre de Sécession ?
Les premiers coups de feu furent tirés sur le fort Sumter, une fortification fédérale située dans la baie de Charleston, en Caroline du Sud, le 12 avril 1861. Les forces confédérées bombardèrent la garnison unioniste jusqu'à sa reddition le lendemain.
Quelle est la population actuelle de la Caroline du Sud ?
Selon le recensement américain de 2020, la Caroline du Sud comptait environ 5,1 millions d'habitants. L'État connaît une croissance démographique soutenue depuis plusieurs décennies, portée par l'essor économique et l'attractivité de ses zones côtières.
Quelles sont les principales ressources économiques de la Caroline du Sud aujourd'hui ?
L'économie de l'État repose sur l'industrie automobile (BMW, Volvo), l'aérospatiale (Boeing), la chimie, le secteur agricole (pêches, poulet, coton), ainsi que sur un tourisme actif autour de Myrtle Beach, Charleston et les Sea Islands.