Histoire de Chase aux États-Unis : de 1799 à JPMorgan Chase
Chase est aujourd'hui l'une des marques bancaires les plus reconnues aux États-Unis, incarnée par JPMorgan Chase & Co., la plus grande banque américaine avec plus de 4 400 milliards de dollars d'actifs à fin 2025. Pourtant, son histoire remonte à la toute fin du XVIIIe siècle et mêle intrigues politiques, fusions industrielles et crises financières majeures. Retracer l'histoire de Chase, c'est parcourir plus de deux siècles de l'histoire bancaire et économique des États-Unis.
Les origines : la ruse d'Aaron Burr (1799)
La plus ancienne institution ancêtre de Chase naît en 1799 à New York, dans un contexte politique tendu. Aaron Burr, futur vice-président des États-Unis, parvient à obtenir de l'État de New York une charte pour fonder la Manhattan Company, officiellement destinée à alimenter la ville en eau potable. Burr y insère discrètement une clause autorisant la société à utiliser ses capitaux excédentaires pour des opérations bancaires — une manœuvre qui lui permet de contourner la domination des banquiers proches de son rival Alexander Hamilton.
La Bank of the Manhattan Company ouvre ses portes le 1er septembre 1799, au 40 Wall Street. Dès 1808, la compagnie cède ses installations hydrauliques à la ville de New York pour se consacrer exclusivement à la banque. L'institution traversera ainsi tout le XIXe siècle comme une banque commerciale new-yorkaise solide.
La Chase National Bank : un nom emprunté (1877)
L'autre branche fondatrice est la Chase National Bank, créée en 1877 par le financier John Thompson. Celui-ci choisit de baptiser son établissement en l'honneur de Salmon P. Chase, ancien secrétaire au Trésor sous Abraham Lincoln et président de la Cour suprême des États-Unis — une personnalité associée à la stabilisation du système monétaire américain pendant la guerre de Sécession. Salmon P. Chase n'entretenait pourtant aucun lien personnel avec cet établissement ; Thompson souhaitait simplement s'approprier un nom à forte résonance institutionnelle.
Tout au long de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, Chase National Bank connaît une expansion rapide. Dans les années 1920 et 1930, elle devient l'une des plus grandes banques du monde, financant de nombreuses industries et entreprises américaines en pleine industrialisation.
La naissance de Chase Manhattan (1955)
En 1955, la Chase National Bank et la Bank of the Manhattan Company fusionnent pour former la Chase Manhattan Bank. Du fait d'une clause particulière inscrite dans la charte originale d'Aaron Burr — exigeant l'accord unanime des actionnaires pour toute prise de contrôle —, la transaction est juridiquement structurée comme une acquisition de Chase National par la Bank of the Manhattan Company, même si, dans les faits, Chase National était la partie dominante. John J. McCloy prend la tête de la nouvelle entité.
Chase Manhattan Bank devient rapidement l'une des institutions financières les plus puissantes des États-Unis et du monde, présente sur tous les continents et au cœur du financement des grandes multinationales américaines. En 1960, la banque adopte son célèbre logo octogonal, conçu par le cabinet Brownjohn, Chermayeff & Geismar — une forme géométrique abstraite destinée à symboliser la modernité et la solidité de l'institution.
Les méga-fusions des années 1990 et 2000
La fusion avec Chemical Bank (1996)
En août 1995, Chemical Bank de New York et Chase Manhattan annoncent leur intention de fusionner. L'opération, finalisée en 1996, est alors l'une des plus importantes de l'histoire bancaire américaine. L'entité résultante conserve le nom Chase Manhattan Corporation, en raison de sa plus grande notoriété commerciale, bien que ce soit techniquement Chemical qui absorbait Chase. La nouvelle banque dispose d'un réseau considérable et se positionne parmi les premières au niveau mondial.
La création de JPMorgan Chase (2000)
En décembre 2000, Chase Manhattan Corporation finalise la fusion avec J.P. Morgan & Co., l'une des dynasties bancaires les plus emblématiques de l'histoire américaine, fondée par J. Pierpont Morgan en 1871. Cette méga-fusion donne naissance à JPMorgan Chase & Co., combinant le réseau de banque de détail de Chase avec la puissance de la banque d'investissement et de la gestion de fortune de JP Morgan. La nouvelle entité s'impose immédiatement comme l'un des premiers groupes financiers mondiaux.
L'acquisition de Bank One (2004)
En 2004, JPMorgan Chase acquiert Bank One Corporation, alors troisième plus grande banque américaine en nombre de cartes de crédit et fortement implantée dans le Midwest et le Sud des États-Unis. Cette opération renforce considérablement la présence géographique du groupe sur le territoire américain et porte à sa tête Jamie Dimon, ancien PDG de Bank One, qui deviendra par la suite le directeur général de JPMorgan Chase — poste qu'il occupe encore en 2026.
La crise financière de 2008 : les rachats de Bear Stearns et Washington Mutual
La crise financière mondiale de 2008 constitue un tournant majeur dans l'histoire de Chase. Loin de mettre en péril l'institution, elle lui permet paradoxalement de consolider son emprise sur le secteur bancaire américain.
En mars 2008, alors que Bear Stearns — l'une des grandes banques d'investissement de Wall Street — est au bord de l'effondrement, la Réserve fédérale américaine orchestre en urgence son rachat par JPMorgan Chase. L'opération se conclut à 2 dollars par action (soit environ 1,2 milliard de dollars), avec 30 milliards de dollars de garanties apportées par la Fed. Jamie Dimon reconnaîtra plus tard regretter cette acquisition, notamment en raison des contentieux juridiques colossaux qu'elle engendra — plus de 19 milliards de dollars au total, liés aux pratiques antérieures de Bear Stearns sur les titres hypothécaires.
En septembre de la même année, JPMorgan Chase acquiert les activités bancaires de Washington Mutual, la plus grande caisse d'épargne des États-Unis, saisie par la FDIC (Federal Deposit Insurance Corporation) dans le cadre de la plus grande faillite bancaire de l'histoire américaine. Le prix payé à la FDIC est de 1,9 milliard de dollars pour une institution dont les actifs dépassaient les 300 milliards de dollars, permettant à Chase d'étoffer considérablement son réseau d'agences, notamment sur la côte Ouest.
La décennie 2010 et l'expansion numérique
Après la crise de 2008, JPMorgan Chase entame une phase de consolidation et de transformation digitale. Sous la marque Chase pour le grand public et les PME, et J.P. Morgan pour la banque d'investissement et la clientèle fortunée, le groupe développe massivement ses services en ligne et mobiles. Chase devient l'une des applications bancaires les plus utilisées aux États-Unis, comptant plusieurs dizaines de millions de clients numériques actifs.
Cette période est également marquée par une série d'amendes et de règlements judiciaires avec les autorités américaines et internationales, portant notamment sur la manipulation du marché des changes et de certains indices de référence, ainsi que sur les pratiques liées aux prêts hypothécaires avant la crise. Au total, le groupe verse plusieurs dizaines de milliards de dollars en pénalités entre 2013 et 2018.
L'acquisition de First Republic Bank (2023)
En mai 2023, dans un écho à la crise de 2008, JPMorgan Chase intervient de nouveau comme acquéreur de dernier recours lors d'une nouvelle secousse bancaire. Après la saisie de First Republic Bank par les régulateurs fédéraux — la banque californienne étant fragilisée par des fuites massives de dépôts dans le sillage de l'effondrement de Silicon Valley Bank —, JPMorgan Chase en acquiert la quasi-totalité des actifs auprès de la FDIC. L'opération représente environ 173 milliards de dollars de prêts et 30 milliards de titres, avec une reprise de 92 milliards de dépôts. Les 84 agences de First Republic rouvrent dès le lendemain sous l'enseigne Chase.
Chase en 2026 : la plus grande banque américaine
En 2026, JPMorgan Chase & Co. est officiellement la plus grande banque des États-Unis par le total de ses actifs, qui atteignaient 4 400 milliards de dollars au 31 décembre 2025, pour des capitaux propres de 362 milliards de dollars. Le groupe emploie plusieurs centaines de milliers de personnes dans le monde. La marque Chase opère un réseau de plusieurs milliers d'agences sur l'ensemble du territoire américain, des millions de cartes de crédit en circulation et une plateforme numérique parmi les plus fréquentées du pays. Par ailleurs, JPMorgan Chase investit massivement dans l'intelligence artificielle, ayant annoncé en 2025 le déploiement prochain d'agents IA dans ses opérations.
Du stratagème d'Aaron Burr en 1799 aux rachats de banques en faillite orchestrés avec la Fed, l'histoire de Chase reflète l'histoire bancaire et économique des États-Unis dans toute sa complexité : innovations, crises, consolidations et adaptation permanente aux mutations technologiques et réglementaires.
Questions fréquentes
Pourquoi la banque s'appelle-t-elle « Chase » ?
Le nom Chase vient de la Chase National Bank, fondée en 1877 par John Thompson en hommage à Salmon P. Chase, secrétaire au Trésor des États-Unis sous Lincoln et président de la Cour suprême. Salmon P. Chase n'avait aucun lien direct avec cet établissement ; le fondateur souhaitait simplement associer sa banque à une figure respectée de l'histoire financière américaine.
Quelle est la différence entre Chase et JPMorgan Chase ?
JPMorgan Chase & Co. est le groupe bancaire dans son ensemble. La marque Chase désigne spécifiquement les activités de banque de détail et les services aux particuliers et PME (agences, cartes de crédit, crédits immobiliers). La marque J.P. Morgan est réservée à la banque d'investissement, à la gestion d'actifs et aux services aux clients institutionnels et fortunés.
Quand JPMorgan Chase a-t-il été créé ?
JPMorgan Chase & Co. a été constitué en décembre 2000, lors de la fusion de Chase Manhattan Corporation et de J.P. Morgan & Co. Ses racines institutionnelles remontent cependant à 1799, avec la fondation de la Bank of the Manhattan Company par Aaron Burr.
Quelle est la taille de Chase en 2026 ?
JPMorgan Chase est la plus grande banque des États-Unis avec environ 4 400 milliards de dollars d'actifs au 31 décembre 2025 et 362 milliards de dollars de capitaux propres. Le groupe est coté au New York Stock Exchange sous le ticker JPM.
Chase a-t-il racheté des banques en faillite lors des crises financières ?
Oui, à deux reprises importantes : en 2008, JPMorgan Chase a racheté Bear Stearns (en mars) et les activités bancaires de Washington Mutual (en septembre) lors de la crise des subprimes, dans les deux cas avec l'appui des autorités fédérales. En mai 2023, il a également acquis First Republic Bank après sa saisie par la FDIC lors d'une nouvelle séquence de turbulences bancaires.
Articles liés
- Histoire de la marque Citi aux États-Unis : de 1812 à 2026
- Pete Hegseth : secrétaire à la Défense des États-Unis depuis 2025
- J. D. Vance : biographie et rôle de vice-président des États-Unis
- Barack Obama : pourquoi il fut le premier président noir des États-Unis
- La Grande Dépression : la crise des années 1930 aux États-Unis