Histoire de Bahreïn : des origines à nos jours
Bahreïn, petit archipel d'une cinquantaine d'îles situé dans le golfe Persique entre la péninsule Arabique et les côtes du Qatar, est l'un des territoires les plus anciennement habités de la région. Carrefour commercial, terre de conquêtes successives et État pétrolier modernisé, son histoire s'étend sur plus de cinq millénaires — de la légendaire civilisation de Dilmun à la monarchie constitutionnelle que gouverne, en 2026, le roi Hamad ben Issa Al Khalifa.
Dilmun : une civilisation marchande au cœur du golfe
Les premières traces d'occupation humaine à Bahreïn remontent à environ 5 000 ans avant notre ère. À partir de 2300 avant J.-C. environ, l'archipel devient le cœur de la civilisation de Dilmun, l'une des plus importantes de la région. Les archives cunéiformes mésopotamiennes mentionnent Dilmun comme une cité sacrée et un hub commercial incontournable, situé sur la route maritime reliant la Mésopotamie à la vallée de l'Indus.
À son apogée, entre 2300 et 1750 avant J.-C., Dilmun contrôle le commerce du cuivre, des épices et des textiles. Sa capitale, Qal'at al-Bahreïn, aujourd'hui classée au patrimoine mondial de l'UNESCO, témoigne d'une architecture sophistiquée et d'une activité portuaire intense. Un déclin progressif s'amorce vers 1720 avant J.-C. : les sites sont progressivement abandonnés, mais l'archipel conserve son attractivité stratégique.
Tylos, la Perse et l'hellénisme
À partir du VIe siècle avant J.-C., l'archipel entre dans l'orbite de l'Empire perse achéménide, qui y installe des bases navales pour sécuriser les routes commerciales du golfe. Les expéditions d'Alexandre le Grand, à la fin du IVe siècle avant J.-C., donnent à l'île le nom grec de Tylos, sous lequel elle est désignée dans les sources hellénistiques.
Au IVe siècle de notre ère, Chapour II, souverain de la dynastie sassanide, s'empare de l'archipel et l'intègre à l'Empire perse sous le nom de satrapie de Maka, puis de Mazun. Durant les siècles sassanides, une partie notable de la population pratique le christianisme nestorien, dit « Église d'Orient ».
L'islam et le Moyen Âge bahreïni
En 628 après J.-C., Bahreïn adopte l'islam du vivant du prophète Muhammad, faisant de l'archipel l'un des premiers territoires à se convertir. La région bascule alors dans le giron du califat arabe. Entre 899 et 1077, l'État qarmate — mouvement ismaélien dissident — y établit une principauté autonome qui défie jusqu'aux califats abbassides, avant d'être renversé.
Les siècles suivants voient se succéder diverses dynasties arabes locales, tandis que la pêche aux perles et le commerce maritime façonnent profondément l'identité économique de l'archipel. Bahreïn devient l'un des principaux producteurs mondiaux de perles naturelles, activité qui restera centrale jusqu'au XXe siècle.
Les Portugais, les Safavides et la lutte pour le golfe (1521–1783)
Au début du XVIe siècle, la pénétration européenne dans l'océan Indien bouleverse l'équilibre régional. En 1521, les Portugais s'emparent de Bahreïn et en font un comptoir fortifié pour contrôler les routes commerciales du golfe. Leur domination, marquée par l'édification de forts imposants encore visibles à Manama, dure jusqu'en 1602, date à laquelle le chah Abbas Ier des Safavides chasse les Portugais et intègre l'archipel à l'Empire perse.
La domination safavide s'étend sur près de deux siècles, période durant laquelle la majorité de la population adopte progressivement l'islam chiite duodécimain — une caractéristique démographique qui demeure déterminante : aujourd'hui encore, environ 70 % des Bahreïnis sont chiites, alors que la famille régnante est sunnite.
La famille Al Khalifa prend le pouvoir (1783)
En 1783, la tribu arabe des Bani Utbah, originaire du centre de la péninsule Arabique, s'empare de Bahreïn et en chasse les Perses. La branche Al Khalifa de cette tribu prend le contrôle de l'archipel et fonde la dynastie qui le dirige depuis lors. Dès le début du XIXe siècle, des traités successifs sont conclus avec la Grande-Bretagne — en 1820, 1861 puis 1882 — qui transforment Bahreïn en protectorat britannique de facto. Londres prend en charge les affaires étrangères et la défense, laissant aux Al Khalifa la gestion intérieure.
Le pétrole et la marche vers l'indépendance
En 1932, Bahreïn est le premier pays de la péninsule Arabique à découvrir du pétrole sur son territoire. Cette découverte, modeste à l'échelle régionale comparée aux gisements saoudiens ou koweïtiens, enclenche néanmoins une modernisation accélérée : développement des infrastructures, essor d'une classe moyenne, création d'administrations modernes. La rente pétrolière réduit aussi la dépendance à l'égard de la pêche aux perles, activité qui s'effondre définitivement avec l'essor de la perle de culture japonaise dans les années 1930.
Après le retrait progressif du Royaume-Uni de ses positions à l'est de Suez annoncé en 1968, Bahreïn proclame son indépendance le 14 août 1971. Le pays devient un État souverain, rejoint la Ligue arabe et les Nations unies, sous la direction de l'émir Issa ben Salmane Al Khalifa.
De l'émirat au royaume (1999–2002)
À la mort de l'émir Issa en 1999, son fils Hamad ben Issa Al Khalifa lui succède. Il engage une série de réformes politiques et fait adopter par référendum, en 2001, une nouvelle charte nationale. En 2002, Bahreïn se transforme officiellement en royaume constitutionnel : Hamad prend le titre de roi, un parlement bicaméral est institué, et le droit de vote est accordé aux femmes. Ces réformes suscitent des espoirs, bien que l'opposition — notamment chiite — dénonce le maintien de pouvoirs exécutifs très étendus entre les mains du monarque et du Premier ministre, le prince Khalifa ben Salmane, oncle du roi.
Le Printemps arabe de 2011 et la répression
En février 2011, le mouvement du Printemps arabe atteint Bahreïn. Des dizaines de milliers de manifestants, majoritairement chiites, se rassemblent place de la Perle à Manama, réclamant des réformes politiques profondes, voire la fin de la monarchie. La répression est rapide et brutale : l'état d'urgence est déclaré en mars 2011, et l'Arabie saoudite envoie ses forces militaires — quelque 1 000 soldats — dans le cadre du Conseil de coopération du Golfe pour soutenir le régime. La place de la Perle est rasée, des centaines de personnes sont arrêtées, des opposants condamnés à de lourdes peines de prison.
Une commission d'enquête internationale indépendante (la commission Bassiouni) documente en novembre 2011 les violations des droits humains commises. Le gouvernement accepte formellement ses recommandations, mais leur mise en œuvre reste partielle selon les organisations de défense des droits humains. Depuis lors, le parlement a été vidé de ses forces d'opposition, et plusieurs figures de l'opposition demeurent emprisonnées ou en exil.
Diplomatie et enjeux contemporains (2020–2026)
En septembre 2020, Bahreïn signe les Accords d'Abraham sous égide américaine, normalisant ses relations diplomatiques avec Israël. L'archipel devient ainsi le quatrième pays arabe — après l'Égypte (1979), la Jordanie (1994) et les Émirats arabes unis — à reconnaître officiellement l'État hébreu. Cette décision, motivée par une convergence stratégique face à l'Iran, divise l'opinion publique bahreïnie et arabe.
En 2025, le roi Hamad célèbre son jubilé d'argent — vingt-cinq ans de règne. En janvier 2025, il est reçu à l'Élysée par le président Emmanuel Macron. Le 6 février 2026, un accord de coopération en matière de défense est signé entre la France et Bahreïn, témoignant du renforcement des liens bilatéraux. Sur le plan régional, l'archipel exerce en 2026 la présidence de la Ligue arabe dans un contexte de fortes tensions avec l'Iran : en mars 2026, Manama a été exposée à des alertes de missiles, illustrant la fragilité sécuritaire de ce petit État coincé entre grandes puissances régionales.
Bahreïn demeure aujourd'hui un centre financier et commercial du golfe Persique, s'efforçant de diversifier son économie au-delà des hydrocarbures, dont les réserves s'amenuisent. Mais la question de la représentation politique de la majorité chiite et des libertés civiles continue de peser sur la stabilité intérieure du royaume.
Questions fréquentes
Quelle est l'origine du nom « Bahreïn » ?
Le nom Bahreïn vient de l'arabe al-Baḥrayn, qui signifie littéralement « les deux mers ». Il désigne à la fois les eaux marines qui entourent l'archipel et les sources d'eau douce artésiennes qui jaillissent sous la mer — une particularité naturelle qui fascinait déjà les anciens.
Quand Bahreïn a-t-il obtenu son indépendance ?
Bahreïn a proclamé son indépendance le 14 août 1971, après la fin du protectorat britannique. Le pays avait été placé sous tutelle britannique à partir des traités du XIXe siècle.
Pourquoi y a-t-il des tensions entre sunnites et chiites à Bahreïn ?
Environ 70 % de la population bahreïnie est chiite, mais la famille régnante Al Khalifa est sunnite. Une partie de la communauté chiite dénonce depuis des décennies sa marginalisation politique et économique. Ces tensions ont éclaté au grand jour lors du Printemps arabe de 2011 et restent une source d'instabilité intérieure.
Bahreïn a-t-il normalisé ses relations avec Israël ?
Oui. Le 15 septembre 2020, Bahreïn a signé les Accords d'Abraham à Washington, normalisant officiellement ses relations diplomatiques avec Israël. Il s'agit du quatrième pays arabe à franchir ce pas, après l'Égypte, la Jordanie et les Émirats arabes unis.
Quel est le rôle historique du pétrole à Bahreïn ?
Bahreïn a été en 1932 le premier pays de la péninsule Arabique à exploiter du pétrole. Bien que ses réserves soient modestes comparées à celles de ses voisins, le pétrole a financé la modernisation du pays et réduit sa dépendance à la pêche aux perles. Depuis les années 1990, Bahreïn cherche à diversifier son économie, notamment vers la finance et les services.