Capitale d'Israël : Jérusalem ou Tel Aviv ? Explications
La capitale officielle d'Israël est Jérusalem, telle que l'a proclamée le gouvernement israélien en 1950, puis réaffirmée par la loi fondamentale de 1980 qui déclare Jérusalem "capitale entière et unie" de l'État hébreu. Cependant, cette désignation reste contestée sur la scène internationale : la grande majorité des pays, dont la France, maintiennent leurs ambassades à Tel Aviv et ne reconnaissent pas formellement Jérusalem comme capitale d'Israël, en raison du statut non résolu de la partie orientale de la ville.
Jérusalem : une ville au carrefour de trois religions
Jérusalem est l'une des plus anciennes villes du monde, avec une histoire qui remonte à plus de 5 000 ans. Elle occupe une place centrale dans les trois grandes religions monothéistes : le judaïsme, le christianisme et l'islam. Cette dimension religieuse fait d'elle un lieu d'une importance symbolique et géopolitique sans équivalent.
Les lieux saints de Jérusalem
Pour les Juifs, le Mur des Lamentations (ou Mur occidental) est le dernier vestige du Second Temple, détruit par les Romains en 70 après J.-C. C'est le lieu de prière le plus sacré du judaïsme. Pour les chrétiens, la vieille ville abrite le Saint-Sépulcre, lieu traditionnel de la crucifixion et de la résurrection du Christ. Pour les musulmans, l'esplanade des Mosquées, appelée Haram al-Charif, abrite la Mosquée al-Aqsa et le Dôme du Rocher, troisième lieu saint de l'islam, depuis lequel le prophète Mahomet aurait effectué son voyage nocturne vers les cieux selon la tradition islamique.
Une ville divisée en quatre quartiers
La vieille ville de Jérusalem est divisée en quatre quartiers : le quartier juif, le quartier musulman, le quartier chrétien et le quartier arménien. Ces quartiers sont inscrits au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1981, en raison de leur valeur historique, religieuse et architecturale exceptionnelle. La gestion des lieux saints y est régie par un système de statu quo hérité de l'époque ottomane, extrêmement fragile et source permanente de tensions.
Histoire du statut de Jérusalem depuis 1948
Le statut de Jérusalem est au coeur du conflit israélo-palestinien depuis la création de l'État d'Israël en 1948. Les décisions prises depuis lors ont façonné la situation actuelle, marquée par un désaccord profond entre Israël et la communauté internationale.
Le plan de partage de l'ONU (1947)
En novembre 1947, l'Assemblée générale des Nations Unies adopte le plan de partage de la Palestine mandataire (résolution 181). Ce plan prévoit la création d'un État juif et d'un État arabe, mais attribue à Jérusalem un statut international spécial (corpus separatum) placé sous administration de l'ONU, en raison de son importance pour les trois religions. Ni les Arabes palestiniens ni les pays arabes voisins n'acceptent ce plan.
La guerre de 1948 et la division de Jérusalem
Après la proclamation de l'État d'Israël le 14 mai 1948, la première guerre israélo-arabe éclate. À l'armistice de 1949, Jérusalem est divisée en deux : Jérusalem-Ouest passe sous contrôle israélien, tandis que Jérusalem-Est, y compris la vieille ville et ses lieux saints, est annexée par la Jordanie. Une ligne de cessez-le-feu, la "ligne verte", sépare les deux parties de la ville pendant dix-neuf ans. Israël établit progressivement Jérusalem-Ouest comme siège de son gouvernement et de ses institutions.
La guerre des Six Jours et l'annexion de Jérusalem-Est (1967)
En juin 1967, lors de la guerre des Six Jours, l'armée israélienne s'empare de Jérusalem-Est et de la Cisjordanie. Israël annexe immédiatement Jérusalem-Est et déclare la ville réunifiée sous sa souveraineté. La communauté internationale rejette massivement cette annexion : le Conseil de sécurité de l'ONU adopte la résolution 252 (1968) qui considère les mesures israéliennes comme invalides. Cette annexion reste non reconnue par la quasi-totalité des États membres de l'ONU.
La loi fondamentale de 1980 et les réactions internationales
En 1980, le parlement israélien (la Knesset) adopte une loi fondamentale proclamant Jérusalem "capitale complète et unie" de l'État d'Israël. Cette loi provoque une vague de condamnations internationales. Le Conseil de sécurité de l'ONU adopte la résolution 478, qui qualifie cette loi de violation du droit international et appelle les États à retirer leurs ambassades de Jérusalem.
Suite à cette résolution, plusieurs pays qui avaient leurs ambassades à Jérusalem les déplacent vers Tel Aviv. Cette ville côtière, fondée en 1909, est devenue le principal centre économique et financier d'Israël et accueille depuis lors la grande majorité des représentations diplomatiques étrangères.
Pourquoi Tel Aviv est souvent mentionnée comme capitale ?
Tel Aviv n'a jamais été officiellement désignée comme capitale d'Israël, ni par le gouvernement israélien ni par l'ONU. Cependant, comme la plupart des ambassades y sont installées, et que Tel Aviv abrite le coeur économique, culturel et médiatique du pays, elle est parfois improprement désignée comme capitale dans certains médias étrangers. Cette confusion est régulièrement corrigée par le gouvernement israélien, qui insiste sur le statut de Jérusalem.
La reconnaissance américaine de Jérusalem (2017) et ses suites
Le 6 décembre 2017, le président américain Donald Trump annonce la reconnaissance officielle de Jérusalem comme capitale d'Israël par les États-Unis et donne instruction de déplacer l'ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem. L'inauguration du nouveau bâtiment de l'ambassade américaine à Jérusalem a lieu le 14 mai 2018, coïncidant avec le 70e anniversaire de la création de l'État d'Israël.
Cette décision provoque une vive réaction internationale. L'Assemblée générale de l'ONU adopte en décembre 2017 une résolution non contraignante exigeant l'annulation de cette décision, avec 128 voix pour, 9 contre et 35 abstentions. Malgré cela, plusieurs autres pays ont suivi l'exemple américain dans les années suivantes.
Les pays qui reconnaissent Jérusalem comme capitale (en 2026)
En janvier 2026, sept pays ont officiellement établi leur ambassade à Jérusalem : les États-Unis, le Guatemala, le Honduras, le Kosovo, les Fidji, la Papouasie Nouvelle-Guinée et le Paraguay. L'Union européenne et ses États membres, dont la France, maintiennent leurs ambassades à Tel Aviv et ne reconnaissent pas l'annexion de Jérusalem-Est.
La position palestinienne et les enjeux du conflit
Les Palestiniens revendiquent Jérusalem-Est comme capitale de leur futur État. Cette revendication est au coeur des négociations de paix et constitue l'un des points les plus difficiles à résoudre dans le cadre du processus de paix israélo-palestinien. Les accords d'Oslo de 1993 avaient renvoyé la question du statut de Jérusalem à des négociations finales, sans jamais aboutir à un accord.
Le statut international actuel selon l'ONU
L'ONU ne reconnaît officiellement aucune capitale à Israël. La position de la grande majorité des États membres est que le statut de Jérusalem doit être déterminé par la négociation entre les deux parties dans le cadre d'un accord de paix global. La résolution 181 de 1947 et les résolutions ultérieures continuent de former le cadre juridique de référence pour la communauté internationale, même si elles ne sont pas appliquées.
La position de la France
La France ne reconnaît pas Jérusalem comme capitale d'Israël. Son ambassade est installée à Tel Aviv. La position officielle française est que le statut de Jérusalem doit être résolu par la négociation dans le cadre d'un accord de paix à deux États, et que Jérusalem pourrait devenir la capitale des deux États, israélien et palestinien. En juillet 2025, le président Emmanuel Macron a annoncé que la France reconnaîtrait officiellement l'État de Palestine, signalant une inflexion dans la diplomatie française sur ce dossier.
Jérusalem dans la géopolitique contemporaine
La question de Jérusalem continue d'agiter la diplomatie internationale. Chaque tension sur l'esplanade des Mosquées, chaque projet de construction dans les quartiers arabes de Jérusalem-Est ou chaque déclaration de dirigeant étranger sur le statut de la ville provoque des réactions en chaîne dans la région et au-delà. Jérusalem est devenue un symbole condensant l'ensemble des enjeux du conflit israélo-palestinien.
L'esplanade des Mosquées, point de friction permanent
L'esplanade des Mosquées, appelée Mont du Temple par les Juifs, est le point de friction le plus sensible à Jérusalem. Sous l'autorité israélienne depuis 1967, sa gestion quotidienne est confiée au Waqf islamique jordanien en vertu d'un accord de 1967 entre Israël et la Jordanie. Les non-musulmans peuvent visiter le site mais ne sont pas autorisés à y prier. Chaque tentative de modification de ce statu quo suscite des crises majeures, comme celle de 2017 lors de l'installation de portiques de sécurité à l'entrée du site.
La colonisation à Jérusalem-Est
Depuis 1967, Israël a développé un vaste réseau de colonies dans et autour de Jérusalem-Est, peuplées aujourd'hui par plusieurs centaines de milliers de colons israéliens. Ces colonies sont considérées comme illégales au regard du droit international par la quasi-totalité de la communauté internationale, y compris par les alliés d'Israël. Elles constituent l'un des principaux obstacles à la création d'un État palestinien avec Jérusalem-Est pour capitale, telle que la prévoyaient les plans de paix successifs.
Questions fréquentes
Quelle est la capitale officielle d'Israël selon le gouvernement israélien ?
Selon le gouvernement israélien, la capitale officielle d'Israël est Jérusalem. Cette désignation est inscrite dans la loi fondamentale israélienne adoptée en 1980, qui proclame Jérusalem "capitale complète et unie" du pays. Le parlement (Knesset), la présidence et les ministères y sont installés.
Pourquoi la plupart des pays n'ont-ils pas leur ambassade à Jérusalem ?
La plupart des pays maintiennent leurs ambassades à Tel Aviv parce qu'ils ne reconnaissent pas l'annexion israélienne de Jérusalem-Est en 1967. Le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté en 1968 et en 1980 des résolutions demandant aux États de ne pas établir leurs missions diplomatiques à Jérusalem tant que le statut de la ville n'est pas résolu par la négociation.
Quand les États-Unis ont-ils reconnu Jérusalem comme capitale d'Israël ?
Les États-Unis ont officiellement reconnu Jérusalem comme capitale d'Israël le 6 décembre 2017, sous l'administration du président Donald Trump. L'ambassade américaine a été inaugurée à Jérusalem le 14 mai 2018. Cette décision a été fortement critiquée par la communauté internationale, une majorité d'États membres de l'ONU ayant voté pour une résolution la condamnant.
Quelle est la revendication palestinienne sur Jérusalem ?
Les Palestiniens revendiquent Jérusalem-Est, c'est-à-dire la partie de la ville conquise par Israël lors de la guerre des Six Jours en 1967, comme capitale de leur futur État. Jérusalem-Est abrite la vieille ville et les principaux lieux saints. La résolution de ce conflit sur Jérusalem est l'un des points les plus sensibles et les plus complexes de tout processus de paix.
Jérusalem est-elle au patrimoine mondial de l'UNESCO ?
Oui, la vieille ville de Jérusalem et ses remparts sont inscrits sur la Liste du patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1981, sur proposition de la Jordanie. En 1982, la ville a également été inscrite sur la Liste du patrimoine mondial en péril, en raison des risques que font peser sur elle les tensions politiques et les projets de construction. Ce statut reflète l'importance universelle de ce site pour l'humanité tout entière.
Tel Aviv est-elle la capitale économique d'Israël ?
Tel Aviv est le principal centre économique, financier et culturel d'Israël. La Bourse de Tel Aviv, les sièges des grandes banques, de nombreuses multinationales et la majorité des ambassades étrangères y sont installés. On parle souvent de Tel Aviv comme de la "capitale économique" ou de la "capitale de facto", même si cette désignation n'a aucune valeur juridique officielle.
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