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Jérusalem et les croisades : les reconquêtes de la Ville Sainte

Publié 28. février 2025 Mis à jour 15. juin 2026

Comment Jérusalem a-t-elle été reconquise lors des croisades ?

Entre le XIe et le XIIIe siècle, Jérusalem fut au cœur d'une succession de conquêtes, de pertes et de reconquêtes qui structurent l'histoire des croisades. La ville, considérée comme sacrée par les trois monothéismes abrahamiques, changea de mains plusieurs fois : prise par les croisés en 1099, reprise par le sultan Saladin en 1187, brièvement restituée par traité diplomatique en 1229, puis perdue définitivement en 1244. Chacun de ces basculements correspond à des stratégies militaires, politiques et religieuses distinctes, dont l'étude permet de comprendre les enjeux profonds de la présence latine en Terre Sainte.

La prise de Jérusalem par les croisés (1099)

La première croisade, lancée en 1095 à l'appel du pape Urbain II lors du concile de Clermont, aboutit à la prise de Jérusalem le 15 juillet 1099, au terme d'un siège qui dure du 7 juin au 15 juillet. À leur arrivée devant la ville, les croisés ne disposent plus que d'environ 1 500 chevaliers et 12 000 fantassins, épuisés par trois années de marche depuis l'Europe occidentale. La garnison fatimide, commandée par le gouverneur Iftikhar ad-Dawla, est composée de plusieurs milliers de soldats arabes et soudanais, renforcés par une cavalerie égyptienne d'élite.

Un premier assaut le 13 juin 1099 échoue. Les croisés font alors construire des tours de siège mobiles, dont deux sont poussées contre les remparts nord et sud. À l'aube du 15 juillet, la tour commandée par Godefroy de Bouillon parvient à s'approcher suffisamment du mur nord pour que ses hommes prennent pied sur les fortifications. Une porte est ouverte, les croisés envahissent la ville et s'en emparent en quelques heures.

La prise de Jérusalem s'accompagne d'un massacre de grande ampleur frappant les populations musulmane et juive, ainsi qu'une partie des chrétiens orientaux. Les sources médiévales, parfois sujettes à exagération, évoquent des rues jonchées de cadavres. Cet épisode laissera une mémoire durable dans le monde musulman. L'événement débouche sur la fondation du royaume latin de Jérusalem, dont Godefroy de Bouillon devient le premier dirigeant sous le titre d'« avoué du Saint-Sépulcre ».

La reconquête de Saladin (1187)

Le royaume latin connaît une existence fragile, tributaire des rivalités internes entre seigneurs francs et de la pression croissante des puissances musulmanes voisines. La situation bascule définitivement avec l'avènement de Saladin (Salâh ad-Dîn Yûsuf ibn Ayyûb), sultan d'Égypte et de Syrie, qui unifie les territoires musulmans autour de Jérusalem.

Le 4 juillet 1187, Saladin inflige aux Francs une défaite décisive lors de la bataille de Hattin, près du lac de Tibériade. L'armée du roi de Jérusalem Guy de Lusignan est encerclée et détruite : le roi est capturé, les chevaliers du Temple et de l'Hôpital faits prisonniers sont exécutés, Renaud de Châtillon est tué de la main de Saladin. La quasi-totalité des forces militaires latines est anéantie en une seule journée.

Profitant de ce vide défensif, Saladin met le siège devant Jérusalem le 20 septembre 1187. La ville, défendue par Balian d'Ibelin avec peu de combattants, capitule le 2 octobre 1187. Contrairement à la prise de 1099, Saladin fait preuve de clémence envers les habitants chrétiens : ceux qui peuvent payer une rançon quittent la ville librement, les autres sont asservis. Cette attitude, saluée même par certaines chroniques chrétiennes, contraste nettement avec le comportement des croisés quatre-vingt-huit ans plus tôt.

La troisième croisade et l'impasse de Richard Cœur de Lion (1189-1192)

La chute de Jérusalem provoque un choc considérable en Europe. Le pape Grégoire VIII lance un appel à la croisade, auquel répondent trois souverains majeurs : l'empereur germanique Frédéric Barberousse, le roi de France Philippe II Auguste et le roi d'Angleterre Richard Ier, dit Cœur de Lion. Cette troisième croisade (1189-1192) est la mieux organisée et la plus puissante de son époque.

Frédéric Barberousse se noie dans le fleuve Saleph en juin 1190, et son armée se disperse. Philippe Auguste et Richard Cœur de Lion s'embarquent ensemble depuis Vézelay le 4 juillet 1190. Après la reprise de Saint-Jean-d'Acre en juillet 1191, les deux rois se brouillent et Philippe rentre en France. Richard poursuit seul la campagne, remporte plusieurs victoires tactiques, notamment à Arsuf, et s'approche à deux reprises de Jérusalem sans jamais lancer l'assaut final.

La troisième croisade se conclut par le traité de Jaffa du 2 septembre 1192, signé entre Richard et Saladin. Les croisés conservent le littoral de Tyr à Jaffa, mais Jérusalem reste entre les mains musulmanes. Le traité accorde toutefois aux pèlerins chrétiens le libre accès aux Lieux Saints sans taxation. Richard, pressé de rentrer pour défendre son royaume, ne put aller jusqu'au bout de son objectif.

La reconquête diplomatique de Frédéric II (1228-1229)

La sixième croisade se distingue radicalement des précédentes : elle n'est pas une conquête militaire mais une négociation diplomatique. Son acteur principal, l'empereur du Saint-Empire Frédéric II de Hohenstaufen, est alors excommunié par le pape Grégoire IX, ce qui confère à l'entreprise un caractère paradoxal aux yeux de la chrétienté.

Frédéric II noue des contacts avec le sultan ayyoubide d'Égypte Al-Kâmil, qui cherche lui-même un allié contre ses frères syriens. Après cinq mois de tractations, les deux souverains signent le traité de Jaffa le 11 février 1229. Par cet accord, Frédéric II obtient la restitution de Jérusalem, Bethléem et Nazareth aux chrétiens, ainsi que les routes y conduisant depuis la côte. En contrepartie, les sites islamiques de la ville — notamment le Dôme du Rocher et la mosquée Al-Aqsa — restent sous autorité musulmane, et une trêve de dix ans est conclue.

Le 17 mars 1229, Frédéric II entre à Jérusalem et se couronne lui-même dans l'église du Saint-Sépulcre, sans prêtre pour officier — le patriarche latin ayant refusé de participer en raison de l'excommunication impériale. Cette reconquête sans bataille fut critiquée aussi bien par la papauté que par une partie des seigneurs croisés, qui estimaient la négociation avec les musulmans déshonorante. Elle n'en demeure pas moins le seul exemple de Jérusalem restituée sans combat lors des croisades.

La perte définitive de Jérusalem (1244)

La ville resta sous contrôle chrétien jusqu'au 23 août 1244, date à laquelle des bandes de Turcs Khwarazmiens — peuples d'Asie centrale dont l'empire avait été ruiné par les Mongols en 1231 — s'en emparent au service du sultan ayyoubide de Damas. La garnison latine, insuffisante pour défendre une ville entourée d'un arrière-pays contrôlé par des forces hostiles, ne peut résister.

Cette chute suscite une vive émotion en Europe et détermine en partie la décision du roi de France Louis IX (le futur Saint Louis) de partir en croisade (septième croisade, 1248-1254), dirigée contre l'Égypte. L'entreprise se solde par la désastreuse capture du roi à Mansourah en 1250. Jérusalem ne sera plus jamais reprise par les croisés. Le royaume latin de Jérusalem, réduit à une bande côtière, disparaît définitivement le 18 mai 1291 avec la chute de Saint-Jean-d'Acre aux mains des Mamelouks.

Questions fréquentes

Qui a pris Jérusalem lors de la première croisade ?

La ville est prise le 15 juillet 1099 par les chevaliers de la première croisade, sous la conduite de Godefroy de Bouillon, après un siège de cinq semaines contre la garnison fatimide d'Iftikhar ad-Dawla. La conquête s'accompagne d'un massacre des populations civiles musulmanes et juives.

Comment Saladin a-t-il repris Jérusalem en 1187 ?

Saladin anéantit l'armée croisée à la bataille de Hattin le 4 juillet 1187, privant le royaume de toute capacité de défense. Il assiège Jérusalem à partir du 20 septembre et la prend le 2 octobre 1187, accordant aux habitants chrétiens la vie sauve contre le paiement d'une rançon.

Richard Cœur de Lion a-t-il repris Jérusalem ?

Non. Bien qu'il soit le principal chef militaire de la troisième croisade (1189-1192) et qu'il s'approche à deux reprises des environs de Jérusalem, Richard Cœur de Lion ne lance jamais l'assaut final. Le traité de Jaffa de 1192 lui permet seulement d'obtenir le libre accès des pèlerins chrétiens à la ville.

Comment Frédéric II a-t-il obtenu Jérusalem sans combattre ?

Par une négociation directe avec le sultan d'Égypte Al-Kâmil, conclue par le traité de Jaffa du 11 février 1229. L'accord restitue Jérusalem, Bethléem et Nazareth aux chrétiens pour une durée de dix ans, en échange du maintien des lieux saints islamiques sous autorité musulmane. Frédéric II se couronne lui-même à Jérusalem le 17 mars 1229.

Quand Jérusalem a-t-elle été définitivement perdue par les croisés ?

Le 23 août 1244, des mercenaires turcs Khwarazmiens au service du sultan ayyoubide s'emparent de la ville, que les croisés ne reprendront plus jamais. Le dernier État latin de Terre Sainte, Acre, tombe en 1291.

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