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Nicosie : capitale de Chypre et ville divisée

Publié 22. mai 2026 Mis à jour 15. juin 2026

Quelle est la capitale de Chypre et pourquoi est-elle choisie ?

Nicosie, connue en grec sous le nom de Lefkosia et en turc sous celui de Lefkoşa, est la capitale officielle de la République de Chypre. Située au centre de l'île, dans la plaine de Mésaoria, elle exerce ce rôle depuis le Xe siècle, lorsque les Byzantins y installèrent leur administration après la destruction des cités côtières. Aujourd'hui, Nicosie est également la dernière capitale divisée d'Europe, coupée en deux par une zone tampon sous contrôle de l'ONU depuis l'intervention militaire turque de 1974.

Origines historiques de Nicosie comme capitale

Une ville habitée depuis plus de 5 000 ans

Le site de Nicosie est occupé de manière continue depuis au moins 4 500 ans avant notre ère. Des fouilles archéologiques ont mis au jour des traces d'habitation remontant à l'âge du Bronze, faisant de la ville l'une des plus anciennes agglomérations de la Méditerranée orientale. Dès l'Antiquité, la plaine fertile de Mésaoria attirait des populations agricoles qui bénéficiaient d'un accès à l'eau grâce aux rivières descendant du massif du Troodos.

Le tournant byzantin du Xe siècle

La véritable élévation de Nicosie au rang de capitale date de 965 ap. J.-C., quand les forces byzantines reprirent le contrôle total de Chypre après plusieurs siècles de raids arabes. La destruction de Salamine, ancienne métropole côtière, lors des attaques arabes de 647, avait déjà fragilisé les cités du littoral. Les autorités byzantines choisirent alors délibérément une localisation intérieure, plus difficile à atteindre par mer, pour y établir le siège administratif de l'île. Nicosie remplissait cette condition tout en offrant un approvisionnement en eau fiable et un accès aux routes terrestres reliant les différentes régions de Chypre.

La période des Lusignan et les remparts vénitiens

Sous la dynastie des Lusignan, qui gouverna Chypre de 1192 à 1489, Nicosie connut un essor remarquable. Le palais royal, les grandes cathédrales gothiques et de nombreux monastères y furent édifiés, faisant de la ville un centre culturel et religieux rayonnant en Méditerranée orientale. Lorsque Venise prit le contrôle de l'île en 1489, elle dota Nicosie de puissants remparts circulaires, encore visibles aujourd'hui, conçus pour résister aux nouvelles techniques d'artillerie. Ces fortifications délimitèrent durablement le périmètre de la vieille ville.

Raisons géographiques du choix de Nicosie

Une position centrale stratégique

La géographie a joué un rôle déterminant dans la désignation de Nicosie comme capitale. Contrairement aux villes portuaires comme Famagouste ou Limassol, Nicosie occupe le centre géographique de l'île, ce qui facilite l'administration de l'ensemble du territoire. Cette position centrale permettait aux autorités d'atteindre n'importe quel point de Chypre en un délai raisonnable, un avantage considérable à l'époque où les communications reposaient sur des déplacements à cheval ou à pied.

La plaine de Mésaoria et les ressources agricoles

La plaine de Mésaoria, sur laquelle s'étend Nicosie, constitue le principal grenier de Chypre. Ses sols fertiles produisent du blé, de l'orge et d'autres cultures essentielles à l'alimentation de la population. En s'établissant au coeur de cette plaine, la capitale pouvait centraliser la collecte des impôts agricoles et redistribuer les ressources alimentaires vers les zones moins productives de l'île. Cet aspect économique renforçait le poids politique de la ville dans l'administration chypriote.

La protection contre les raids maritimes

Pendant des siècles, les côtes chypriotes furent exposées aux incursions de pirates et de flottes ennemies. Les villes portuaires, malgré leurs atouts commerciaux, restaient vulnérables aux attaques soudaines. Nicosie, distante de plusieurs dizaines de kilomètres de la mer dans toutes les directions, offrait une protection naturelle contre ces menaces. Ce facteur de sécurité pesait lourd dans la décision des souverains successifs de maintenir leur capitale à l'intérieur des terres.

Nicosie sous domination ottomane et coloniale

La conquête ottomane de 1570-1571

En 1570, les forces ottomanes débarquèrent à Chypre et mirent le siège devant Nicosie. La ville tomba en quelques semaines, au terme d'une résistance acharnée. Les Ottomans transformèrent les cathédrales gothiques en mosquées, modifiant profondément le paysage urbain. Nicosie demeura capitale sous l'administration ottomane, qui y maintint le siège du gouverneur de l'île. Durant cette période, la population se mélangea progressivement, des colons turcs s'installant aux côtés des Chypriotes grecs déjà présents.

L'ère britannique : 1878-1960

En 1878, l'Empire ottoman céda l'administration de Chypre à la Grande-Bretagne dans le cadre de la Convention de Chypre. Nicosie continua de jouer son rôle de capitale administrative, accueillant le gouverneur britannique et les principales institutions coloniales. Cette période vit la modernisation progressive de la ville : développement d'un réseau routier, construction de bâtiments gouvernementaux de style colonial et installation d'infrastructures modernes. Les tensions entre communautés grecque et turque se cristallisèrent néanmoins tout au long de cette période.

La division de Nicosie : la Ligne Verte

Les origines du conflit intercommunautaire

Après l'indépendance de Chypre en 1960, les relations entre Chypriotes grecs et Chypriotes turcs se dégradèrent rapidement. En décembre 1963, des violences intercommunautaires éclatèrent lors de l'épisode dit du "Noël sanglant". Un général britannique traça alors sur une carte de Nicosie une ligne au crayon vert pour délimiter les zones d'influence des deux communautés : c'est l'origine du nom "Ligne Verte". Les deux populations se retrouvèrent progressivement ségrégées dans des quartiers distincts de la ville.

L'intervention turque de 1974 et la partition définitive

Le 20 juillet 1974, l'armée turque intervint militairement à Chypre, en réaction au coup d'État fomenté par la junte grecque visant à rattacher l'île à la Grèce. En quelques semaines, les forces turques occupèrent 38 % du territoire chypriote, dont la partie nord de Nicosie. Une zone tampon contrôlée par les Nations Unies, la FNUCHYP (Force des Nations Unies chargée du maintien de la paix à Chypre), fut établie, transformant la Ligne Verte en frontière de facto. En 1983, les Chypriotes turcs proclamèrent unilatéralement la République turque de Chypre du Nord, reconnue uniquement par la Turquie.

La situation actuelle et les points de passage

La zone tampon s'étend sur 180 kilomètres d'est en ouest, traversant le centre de Nicosie sur une largeur variant de 3,3 mètres dans la vieille ville à 7,4 kilomètres dans les zones rurales. Fermée pendant près de trente ans, la Ligne Verte a été partiellement ouverte en 2003 : neuf points de passage permettent désormais aux personnes et aux marchandises de circuler entre les deux parties de l'île. Chypre a rejoint l'Union européenne en 2004, bien que le droit communautaire ne s'applique pas dans la partie nord. Des négociations de réunification sous l'égide de l'ONU se poursuivent sans résultat définitif à ce jour. La zone tampon est par ailleurs devenue un refuge inattendu pour la faune sauvage : on y dénombre plus de 350 espèces végétales et une centaine d'espèces d'oiseaux.

Nicosie aujourd'hui : capitale et ville moderne

Économie et rayonnement régional

La partie sud de Nicosie est le principal centre économique et financier de la République de Chypre. La ville accueille les sièges sociaux des grandes banques chypriotes, de nombreuses sociétés internationales attirées par la fiscalité avantageuse de l'île, ainsi que les ministères et institutions gouvernementales. Le secteur des services, notamment la finance, le droit et l'assurance, domine l'économie locale. Le port de Limassol traite l'essentiel du commerce maritime, mais Nicosie demeure le coeur décisionnel de l'île.

Patrimoine architectural et tourisme

La vieille ville de Nicosie, encerclée par les remparts vénitiens circulaires du XVIe siècle, constitue un ensemble patrimonial exceptionnel. On y trouve des monuments de toutes les époques : l'église gothique de Saint-Nicolas transformée en mosquée Bedestan, le musée archéologique de Chypre, les maisons ottomanes du quartier d'Arabahmet et les ruelles animées de Laïki Yitonia. Le musée national, qui abrite l'une des plus importantes collections d'antiquités chypriotes, attire des visiteurs du monde entier. Le coexistence de styles architecturaux byzantins, gothiques, ottomans et britanniques reflète la richesse des influences culturelles qui ont façonné la ville.

La question de la réunification

La division de Nicosie demeure l'un des dossiers les plus complexes de la diplomatie européenne. Plusieurs cycles de négociations ont eu lieu sous l'égide de l'ONU, dont le plan Annan soumis à référendum en 2004 et rejeté par les Chypriotes grecs à 76 %. Des discussions plus récentes ont également achoppé. L'adhésion de Chypre à l'Union européenne et les perspectives d'adhésion de la Turquie constituent des éléments de pression diplomatique importants, sans qu'un accord définitif soit encore en vue.

Questions fréquentes

Depuis quand Nicosie est-elle la capitale de Chypre ?

Nicosie est la capitale de Chypre depuis le Xe siècle, plus précisément depuis 965 ap. J.-C., lorsque les Byzantins y établirent le centre administratif de l'île après la reconquête sur les forces arabes. Elle a conservé ce statut sous les Lusignan, les Vénitiens, les Ottomans, les Britanniques et la République indépendante proclamée en 1960.

Pourquoi Nicosie est-elle divisée en deux ?

La division de Nicosie résulte de l'intervention militaire turque de juillet 1974, menée après un coup d'État visant à rattacher Chypre à la Grèce. Les forces turques occupèrent le nord de l'île, dont la partie nord de la capitale. Une zone tampon de l'ONU sépare depuis lors les deux parties de la ville. La partie sud relève de la République de Chypre, la partie nord de la République turque de Chypre du Nord, reconnue uniquement par Ankara.

Chypre est-elle membre de l'Union européenne ?

Oui, la République de Chypre est membre de l'Union européenne depuis le 1er mai 2004. Cependant, l'application du droit communautaire est suspendue dans la partie nord de l'île, qui n'est pas sous le contrôle effectif du gouvernement chypriote. Nicosie-sud abrite les institutions gouvernementales reconnues par l'UE et la communauté internationale.

Peut-on traverser la Ligne Verte à Nicosie ?

Depuis 2003, plusieurs points de passage permettent de traverser la Ligne Verte. Dans Nicosie, le point de passage du Ledra Palace et celui de la rue Ledra sont les plus utilisés par les visiteurs. Citoyens chypriotes, ressortissants de l'UE et touristes peuvent franchir la frontière, mais certaines restrictions s'appliquent selon la situation de chacun. Il est conseillé de se renseigner auprès des autorités ou de consulter les informations actualisées de service-public.fr ou des ambassades compétentes avant tout déplacement.

Quelle est la population de Nicosie ?

La population de la commune de Nicosie-sud s'élève à environ 55 000 habitants, mais l'agglomération élargie compte près de 300 000 personnes. La partie nord de la ville abrite également une population de plusieurs dizaines de milliers de personnes, composée principalement de Chypriotes turcs et de colons venus de Turquie après 1974. La répartition démographique reste un sujet sensible dans les négociations de réunification.

Quelle langue parle-t-on à Nicosie ?

Dans la partie sud de Nicosie et dans l'ensemble de la République de Chypre, les langues officielles sont le grec et le turc, bien que le grec soit de loin le plus utilisé. L'anglais est également très répandu, héritage de la période coloniale britannique. Dans la partie nord, le turc est la langue principale. De nombreux habitants parlent couramment deux ou trois langues, ce qui reflète la diversité culturelle de l'île.

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