Crise épileptique : ce qui se passe dans le cerveau et le corps
Une crise épileptique est un épisode soudain et transitoire provoqué par une décharge électrique anormale dans le cerveau. Loin de l'image unique des convulsions spectaculaires souvent associées à l'épilepsie, les crises peuvent prendre des formes très variées : tremblements localisés, absence brève, confusion passagère ou perte de conscience totale. Comprendre ce qui se passe réellement durant une crise permet de mieux identifier la maladie, de ne pas paniquer face à un proche, et d'adopter les bons réflexes. En 2026, environ 700 000 personnes vivent avec l'épilepsie en France, et 50 millions dans le monde selon l'Organisation mondiale de la santé.
Ce qui se passe dans le cerveau
Le cerveau fonctionne grâce à des signaux électriques que les neurones s'envoient en permanence de façon ordonnée. Lors d'une crise épileptique, ce mécanisme s'emballe : un groupe de neurones du cortex cérébral entre soudainement dans un état d'hyperexcitabilité et d'hypersynchronisation. Autrement dit, un très grand nombre de cellules nerveuses se mettent à « tirer » simultanément et de façon répétée, perturbant le fonctionnement normal du cerveau.
Dans les épilepsies dites idiopathiques (sans lésion identifiable), cette hyperexcitabilité résulte souvent de mutations affectant les canaux ioniques présents sur la membrane des neurones — les structures qui régulent l'entrée et la sortie des ions sodium, potassium ou chlore, essentiels à la transmission du signal électrique. Dans les épilepsies symptomatiques, la cause est une lésion structurelle : cicatrice post-traumatique, tumeur, malformation vasculaire ou séquelle d'une infection du système nerveux central.
La zone de départ de la décharge détermine les manifestations cliniques observées : si elle naît dans le cortex moteur, la crise se traduira par des mouvements involontaires ; si elle touche le lobe temporal, des sensations étranges, des émotions ou des automatismes apparaîtront.
Les différents types de crises
Les crises focales (ou partielles)
Elles débutent dans une zone précise d'un seul hémisphère cérébral. La personne peut rester consciente (crise focale sans altération de la conscience) ou voir sa conscience altérée (crise focale avec altération de la conscience). Les manifestations sont très variables selon la région concernée :
- Secousses ou raideur localisées à un membre ou un côté du corps
- Sensations inhabituelles : fourmillements, odeurs ou goûts étranges, déjà-vu soudain
- Automatismes inconscients : mâchonnements, clignements répétés, gestes stéréotypés des mains
- Troubles du langage ou désorientation passagère
Une crise focale peut rester localisée ou se propager progressivement aux deux hémisphères, évoluant alors vers une crise généralisée.
Les crises généralisées
Dès le début, la décharge électrique anormale touche les deux hémisphères cérébraux simultanément. On distingue plusieurs formes :
- Les absences : brèves interruptions de conscience (quelques secondes), regard fixe dans le vague, légères secousses des paupières. La personne s'arrête puis reprend son activité sans en garder de souvenir. Fréquentes chez l'enfant.
- Les crises myocloniques : secousses musculaires brèves et soudaines, souvent des membres supérieurs, sans perte de conscience.
- Les crises atoniques : perte brutale du tonus musculaire provoquant une chute soudaine.
- Les crises tonico-cloniques : la forme la plus connue, anciennement appelée « grand mal ». Elle ne concerne pourtant qu'une minorité des épileptiques.
Les phases d'une crise tonico-clonique
C'est la crise la plus spectaculaire et la plus souvent décrite. Elle se déroule en plusieurs phases distinctes.
La phase prodromique
Quelques heures, voire quelques jours avant la crise, certaines personnes ressentent des signes annonciateurs diffus : irritabilité, anxiété, maux de tête, fatigue inhabituelle. Cette phase n'est pas systématique et reste subjective.
L'aura
Juste avant la perte de connaissance, une aura peut survenir : sensation de chaleur montante, goût amer dans la bouche, nausées, impression de déjà-vu, éclair visuel ou son dans les oreilles. L'aura est en réalité le début de la crise — une manifestation focale qui précède la généralisation. Elle dure de quelques secondes à une minute et permet parfois à la personne de se mettre en sécurité.
La phase tonique
La perte de connaissance survient brutalement, souvent accompagnée d'une chute. Tous les muscles du corps se contractent simultanément et massivement pendant 10 à 30 secondes (parfois jusqu'à deux minutes). La respiration peut être bloquée momentanément, entraînant une coloration bleutée des lèvres (cyanose). Une morsure latérale de la langue est fréquente, ainsi qu'un cri initial causé par l'expulsion d'air forcée hors des poumons sous l'effet de la contraction thoracique.
La phase clonique
Les muscles passent de la contraction au relâchement de façon rythmique et répétée, produisant des secousses convulsives caractéristiques. Cette phase dure généralement une à deux minutes. La respiration reste difficile, une mousse peut apparaître à la bouche (salive mélangée à l'air), et une perte d'urines survient parfois.
La phase résolutive (post-critique)
Les muscles se relâchent complètement. La personne reste inconsciente quelques instants, puis reprend progressivement conscience dans un état de profonde confusion, de fatigue intense et parfois d'agitation. Elle ne se souvient généralement de rien. Des céphalées, des douleurs musculaires et une envie irrépressible de dormir (somnolence post-critique) sont fréquentes pendant les minutes à heures qui suivent.
L'état de mal épileptique : une urgence absolue
Une crise tonico-clonique dure habituellement moins de trois minutes et se résout d'elle-même. Lorsqu'une crise se prolonge au-delà de cinq minutes sans s'arrêter, ou que plusieurs crises se succèdent sans retour à la conscience entre elles, on parle d'état de mal épileptique. Il s'agit d'une urgence neurologique grave : au-delà de 30 minutes, la décharge électrique continue provoque des lésions irréversibles des neurones et peut mettre la vie en danger. L'appel immédiat au 15 (SAMU) est indispensable.
Que faire face à une crise
L'attitude à adopter conditionne la sécurité de la personne en crise. Voici les gestes essentiels :
- Rester calme et noter l'heure de début de la crise.
- Éloigner les objets dangereux autour de la personne et placer quelque chose de souple sous sa tête.
- Ne pas retenir les mouvements : tenter d'immobiliser une personne en crise peut provoquer des fractures.
- Ne rien introduire dans la bouche : contrairement à une idée reçue persistante, il est impossible d'avaler sa langue. Forcer un objet entre les dents expose à des blessures graves.
- Une fois les convulsions terminées, placer la personne en position latérale de sécurité (PLS) pour libérer les voies aériennes.
- Rester auprès d'elle jusqu'au retour complet de la conscience, la rassurer, lui expliquer ce qui s'est passé.
Les secours (15 ou 18) doivent être appelés si la crise dure plus de cinq minutes, si la personne ne reprend pas conscience au bout de dix minutes, si elle se blesse, si une deuxième crise survient immédiatement après la première, ou s'il s'agit d'une première crise.
Questions fréquentes
Peut-on avaler sa langue pendant une crise d'épilepsie ?
Non. Il est anatomiquement impossible d'avaler sa langue. Cette idée reçue, très répandue, conduit parfois à introduire de force un objet dans la bouche de la personne en crise, ce qui peut provoquer des blessures graves aux dents, à la mâchoire ou aux doigts du secouriste. La seule précaution utile est de placer quelque chose de souple sous la tête et, après la crise, de mettre la personne en position latérale de sécurité.
Toutes les crises d'épilepsie entraînent-elles des convulsions ?
Non. Les convulsions avec mouvements violents ne représentent qu'une partie des crises épileptiques. Les absences (regard fixe pendant quelques secondes), les crises focales avec automatismes discrets ou les crises myocloniques (simples secousses d'un membre) peuvent facilement passer inaperçues et ne s'accompagnent pas de convulsions.
Une crise d'épilepsie est-elle douloureuse ?
La crise en elle-même n'est généralement pas ressentie comme douloureuse par la personne qui en est victime, car la conscience est le plus souvent altérée ou absente. En revanche, les suites peuvent être inconfortables : douleurs musculaires dues aux contractions intenses, céphalées, fatigue profonde, et parfois douleur due à une morsure de la langue ou à une chute lors du début de la crise.
Combien de temps dure une crise épileptique ?
La grande majorité des crises dure moins de trois minutes et se résout spontanément. Au-delà de cinq minutes sans arrêt, on entre dans le cadre de l'état de mal épileptique, qui constitue une urgence médicale nécessitant un appel immédiat au 15 (SAMU). Ne pas attendre que « ça passe » si la crise se prolonge.
L'épilepsie se guérit-elle ?
Dans de nombreux cas, les crises peuvent être contrôlées efficacement par des médicaments antiépileptiques. Selon l'OMS, jusqu'à 70 % des personnes épileptiques pourraient vivre sans crise avec un traitement adapté. Certaines formes d'épilepsie de l'enfant disparaissent à l'adolescence. D'autres formes résistantes aux médicaments peuvent bénéficier d'une chirurgie de résection de la zone épileptogène, de la neurostimulation ou du régime cétogène.