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Pourquoi Van Gogh s'est-il coupé l'oreille ? L'histoire vraie

Publié 1. novembre 2024 Mis à jour 13. juin 2026

Pourquoi Vincent van Gogh a-t-il coupé son oreille ?

Le 23 décembre 1888, à Arles dans le sud de la France, Vincent van Gogh se mutile en se tranchant la quasi-totalité de l'oreille gauche, puis porte l'organe sectionné enveloppé dans du papier à une jeune femme travaillant dans une maison close du quartier. Cet acte, l'un des plus célèbres de l'histoire de l'art, demeure encore partiellement inexpliqué. Plusieurs décennies de recherches historiques et médicales ont permis de reconstituer le contexte, de préciser les faits et de formuler des hypothèses solides — sans pour autant dégager un consensus définitif.

Le contexte : la Maison Jaune et la cohabitation avec Gauguin

Depuis l'automne 1888, Van Gogh partage la Maison Jaune d'Arles avec le peintre Paul Gauguin. Ce projet de communauté d'artistes, dont Van Gogh est l'initiateur, est financé par son frère Theo, marchand d'art à Paris. L'idéal est grand : travailler ensemble, s'stimuler mutuellement, fonder un « atelier du Midi ». La réalité s'avère bien plus difficile.

Les deux hommes s'opposent profondément sur leur conception de la peinture. Van Gogh défend le travail d'après nature et la vérité du motif observé ; Gauguin préfère peindre de mémoire et d'imagination. Les tensions s'accumulent au fil des semaines. Gauguin évoque à plusieurs reprises son intention de quitter Arles, ce qui plonge Van Gogh dans une angoisse croissante. Les lettres de cette période témoignent d'une agitation mentale et émotionnelle extrême.

La nuit du 23 décembre 1888

Ce soir-là, une dispute éclate entre les deux artistes. Selon la version la plus documentée, Gauguin sort de la Maison Jaune et passe la nuit à l'hôtel. Resté seul, Van Gogh saisit un rasoir et se tranche l'oreille gauche. Il emballe ensuite la partie sectionnée et se rend à pied au bordel proche de la place Lamartine, où il remet son paquet à une jeune femme. Il rentre à la Maison Jaune, où il est retrouvé inconscient le lendemain matin par la police, alertée par Gauguin. Il est transporté d'urgence à l'hôpital d'Arles.

Van Gogh lui-même ne conserve aucun souvenir précis de cette nuit. Dans ses lettres, il évoque une sorte de vide, un épisode dont il ne peut rendre compte. Le docteur Félix Rey, qui le soigne à l'hôpital, consigne les faits médicaux. Des recherches ultérieures, notamment celles de l'historienne Bernadette Murphy publiées dans son livre Van Gogh's Ear : The True Story (2016), ont établi que ce n'est pas seulement le lobe, mais la quasi-totalité de l'oreille qui a été sectionnée.

La destinataire : Gabrielle Berlatier, pas une prostituée

Pendant longtemps, la destinataire de l'oreille a été désignée sous le prénom de « Rachel » et présentée comme une prostituée de la maison close. Les recherches de Bernadette Murphy, à partir d'archives médicales et d'état civil, ont corrigé ce récit. La destinataire serait en réalité une jeune femme prénommée Gabrielle — identifiée comme Gabrielle Berlatier — âgée de 18 ans au moment des faits. Elle n'était pas prostituée mais travaillait comme femme de ménage dans l'établissement afin de rembourser des dettes médicales contractées après avoir été mordue par un chien enragé en janvier 1888 et soignée à l'Institut Pasteur de Paris. Murphy a promis aux descendants de Gabrielle de ne jamais divulguer publiquement son nom de famille complet.

Les théories sur les causes de l'automutilation

La rupture avec Gauguin

La théorie la plus largement admise associe l'acte à la détresse provoquée par la perspective du départ de Gauguin. Van Gogh avait investi une énergie considérable — affective, financière et artistique — dans ce projet de vie commune. L'annonce du départ aurait déclenché une crise psychiatrique aiguë. Le Van Gogh Museum d'Amsterdam, qui conserve les archives les plus complètes sur le peintre, privilégie cette interprétation, en soulignant la fragilité psychologique chronique de Van Gogh et la pression accumulée durant les semaines de cohabitation.

Le mariage de Theo

Une autre hypothèse, développée notamment par l'historien Martin Bailey, avance que Van Gogh aurait appris peu avant le 23 décembre les fiançailles de son frère Theo avec Johanna Bonger. Cette nouvelle aurait pu représenter une menace existentielle pour Vincent, dont la survie matérielle et le soutien affectif reposaient presque entièrement sur Theo. La peur de voir ce lien se distendre, d'être abandonné ou relégué au second plan, aurait constitué un élément déclencheur supplémentaire, voire principal.

La théorie Gauguin : une altercation physique ?

En 2009, les historiens allemands Hans Kaufmann et Rita Wildegans ont proposé une thèse plus radicale : ce serait Gauguin lui-même, escrimeur accompli et porteur d'une épée, qui aurait involontairement ou délibérément blessé Van Gogh lors de leur dispute. Van Gogh, pour protéger son ami, aurait prétendu s'être mutilé lui-même. Cette théorie a suscité un intérêt médiatique considérable mais n'a pas convaincu la majorité des spécialistes, faute de preuves documentaires suffisantes. Le Van Gogh Museum la considère comme non étayée.

La santé mentale de Van Gogh : un terrain fragile

Quel que soit le déclencheur immédiat, tous les historiens s'accordent sur un point : l'acte du 23 décembre 1888 s'inscrit dans un contexte de fragilité psychiatrique profonde et durable. Depuis l'adolescence, Van Gogh présente des épisodes dépressifs sévères, des phases d'agitation intense, des troubles du comportement. Les diagnostics rétrospectifs proposés par les chercheurs sont nombreux et variés : épilepsie temporale, trouble bipolaire, schizophrénie, porphyrie aiguë intermittente, intoxication au plomb (présent dans ses peintures), abus d'absinthe, maladie de Ménière.

Le Dr Théophile Peyron, médecin de l'asile Saint-Paul-de-Mausole de Saint-Rémy-de-Provence où Van Gogh est interné volontairement à partir de mai 1889, diagnostique une forme d'épilepsie accompagnée d'épisodes de psychose aiguë avec hallucinations. Cette formulation reste la plus proche d'un diagnostic clinique contemporain des faits, même si la nosologie de l'époque diffère de celle d'aujourd'hui.

Van Gogh lui-même alterne, dans ses lettres, entre une lucidité saisissante sur sa condition et des moments de désorientation totale. Il décrit ses crises comme surgissant sans signe avant-coureur, le laissant prostré, incapable de travailler pendant plusieurs jours ou semaines. L'incident de l'oreille correspond à l'une de ces ruptures brutales.

Les suites : internement et mort

Après son hospitalisation à Arles et son retour temporaire à la Maison Jaune, Van Gogh demande lui-même à être admis à l'asile de Saint-Rémy, où il séjourne d'avril 1889 à mai 1890. Il y produit certaines de ses œuvres les plus célèbres, dont La Nuit étoilée. En mai 1890, il s'installe à Auvers-sur-Oise, sous la surveillance du Dr Paul Gachet. Le 27 juillet 1890, il se tire une balle dans la poitrine et décède deux jours plus tard, le 29 juillet 1890, à trente-sept ans.

L'épisode de l'oreille reste un symbole de la détresse d'un artiste au génie fulgurant, dont l'œuvre n'a été reconnue qu'après sa mort. Il n'a vendu qu'un seul tableau de son vivant. Aujourd'hui, ses toiles figurent parmi les œuvres d'art les plus chères et les plus reproduites au monde.

Questions fréquentes

Van Gogh s'est-il coupé tout le lobe ou toute l'oreille ?

Contrairement à la croyance populaire, Van Gogh n'a pas seulement sectionné son lobe. Les recherches de l'historienne Bernadette Murphy, publiées en 2016, indiquent qu'il a tranché la quasi-totalité de l'oreille gauche à l'aide d'un rasoir.

Pourquoi Van Gogh a-t-il offert son oreille à une femme ?

Le geste reste symboliquement obscur. Certains historiens y voient une offrande à caractère rituel ou une manière de se rapprocher d'une personne dans un moment de détresse extrême. La destinataire, longtemps identifiée à tort comme une prostituée prénommée Rachel, était en réalité une jeune femme de 18 ans prénommée Gabrielle, qui travaillait comme femme de ménage dans l'établissement.

Gauguin est-il responsable de la mutilation de Van Gogh ?

Une théorie propose que Gauguin aurait blessé Van Gogh lors de leur dispute, et que ce dernier aurait pris la faute sur lui pour protéger son ami. Cependant, cette hypothèse n'est pas étayée par des preuves documentaires suffisantes et reste rejetée par la majorité des spécialistes, dont le Van Gogh Museum.

Quelle maladie mentale avait Van Gogh ?

Aucun diagnostic définitif ne fait consensus. Les hypothèses les plus sérieuses évoquent une épilepsie temporale avec psychose aiguë, un trouble bipolaire, ou une combinaison de facteurs incluant des intoxications (plomb, absinthe) et des prédispositions génétiques. Le médecin qui l'a suivi à Saint-Rémy diagnostiquait une « épilepsie accompagnée d'aliénation ».

Van Gogh se souvenait-il de s'être coupé l'oreille ?

Non. Dans ses lettres, Van Gogh indique n'avoir aucun souvenir précis de cet épisode, qu'il décrit comme une crise ayant entraîné un vide total de mémoire, caractéristique de certains épisodes psychotiques ou épileptiques sévères.

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