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Au revoir : origine, étymologie et vraie signification

Publié 24. juillet 2025 Mis à jour 15. juin 2026

« Au revoir » est l'une des formules les plus courantes de la langue française, prononcée des millions de fois chaque jour sans que l'on s'interroge sur ce qu'elle dit réellement. Pourtant, derrière cette locution de deux mots se cache une promesse implicite, une histoire linguistique riche et un rapport particulier au temps et à l'autre. Comprendre l'origine d'« au revoir », c'est aussi mieux comprendre comment le français a construit ses rituels de séparation au fil des siècles.

Le sens littéral : une promesse de retrouvailles

« Au revoir » se décompose en deux éléments : la préposition contractée « au » (contraction de « à le ») et le verbe substantivé « revoir ». La locution signifie donc littéralement « jusqu'au moment où l'on se reverra », ou plus simplement : « à bientôt, jusqu'à ce qu'on se revoie ».

Ce n'est donc pas un simple congé, mais une promesse : celle que la séparation est temporaire et que les deux personnes se reverront. Cette nuance est fondamentale. Dire « au revoir » implique une continuité, un futur commun. C'est ce qui la distingue radicalement d'« adieu ».

Étymologie : du latin à l'ancien français

Le verbe revoir est attesté en français dès la fin du Xe siècle, sous la forme ancienne revedeir, issue du latin revidere. Ce mot latin est lui-même composé du préfixe re- (exprimant la répétition) et de videre (voir). En latin classique, revidere signifiait « revoir », « rendre visite à nouveau ».

En ancien français, le verbe « voir » portait un sens plus large qu'aujourd'hui : il désignait non seulement l'acte de regarder, mais aussi celui de rencontrer, de se retrouver. Revoir, c'était donc retrouver quelqu'un que l'on avait déjà connu. Ce sens profond de la rencontre est au cœur même de la formule.

La locution « au revoir » telle qu'on la connaît semble être la contraction d'une formule plus longue : « adieu, jusqu'au revoir ». Dans cet usage, « revoir » fonctionnait comme un nom masculin (un substantif) désignant le moment futur des retrouvailles. Par ellipse progressive, l'expression a été réduite à « au revoir », qui a ensuite acquis son autonomie.

L'évolution historique : la montée en puissance d'« au revoir »

Pendant longtemps, c'est le mot « adieu » qui a dominé les séparations en français. Cette formule, issue de « à Dieu » (soit « je vous confie à Dieu »), était employée aussi bien pour des séparations brèves que définitives. Elle est l'équivalent exact de l'espagnol adiós, de l'italien addio ou du vieux catalan adéu.

À partir du XVIe siècle, la langue évolue : « adieu » commence à se spécialiser dans l'idée d'une séparation définitive ou très longue — un départ sans retour garanti, une mort, un exil. Cette restriction sémantique crée un vide : il faut une formule pour les séparations ordinaires, momentanées, quotidiennes.

C'est dans ce contexte que « au revoir » s'impose progressivement, d'abord dans la langue de la cour et des milieux bourgeois aux XVIIe et XVIIIe siècles, puis dans l'ensemble de la société. Les salons littéraires du XVIIIe siècle, ces hauts lieux de la vie sociale et intellectuelle française, jouent un rôle dans la diffusion de la formule. À la fin du XVIIIe siècle, « au revoir » est pleinement établi comme formule de congé ordinaire dans le registre soutenu et courant.

La concurrence des autres formules

« Au revoir » n'a jamais régné seul. Le français dispose d'un riche écosystème de formules de séparation, qui varient selon le registre, la région et la relation entre interlocuteurs.

  • À bientôt, à tout à l'heure, à demain : des formules qui précisent l'horizon temporel du revoir.
  • À la revoyure : forme populaire et familière, attestée dès 1809 selon les dictionnaires d'argot. Elle reprend la même idée (se revoir) dans un registre moins formel.
  • Salut : formule polyvalente, utilisée aussi bien à l'arrivée qu'au départ dans les contextes informels.
  • Ciao (ou tchao) : emprunt à l'italien, entré dans l'usage familier français vers le milieu du XXe siècle.
  • Adieu : toujours vivant, notamment dans le Sud-Ouest de la France et en Bretagne, où il s'emploie encore comme simple formule de salutation ou de séparation ordinaire, sans connotation de séparation définitive.

« Au revoir » dans les autres langues européennes

La logique d'« au revoir » — promettre de se revoir — se retrouve dans de nombreuses langues européennes, ce qui témoigne d'une sensibilité partagée face à la séparation.

  • Allemand : Auf Wiedersehen — littéralement « jusqu'à nous voir de nouveau ». C'est un calque quasi parfait de la formule française : auf (à/jusqu'à), Wieder (de nouveau), sehen (voir).
  • Italien : Arrivederci — du latin ad rivedere, soit « à se revoir ». Même racine latine que le français.
  • Espagnol : Hasta luego — « jusqu'à tout à l'heure », formule fondée sur la temporalité du retour.
  • Anglais : Goodbye — contraction de God be with you (« Que Dieu soit avec vous »), une formule d'origine religieuse identique en logique à l'ancien adieu français.

Cette comparaison révèle deux grandes familles de formules d'adieu : celles qui confient l'autre à une puissance supérieure (adieu, goodbye, adiós) et celles qui font la promesse de retrouvailles (au revoir, Auf Wiedersehen, arrivederci). Le passage progressif de la première à la seconde logique, en français comme dans d'autres langues, traduit peut-être une sécularisation progressive de la sociabilité.

Une formule qui dit beaucoup sur la culture française

Le choix d'une formule de séparation n'est pas anodin. En faisant de « au revoir » sa formule d'adieu par défaut, le français a opté pour une expression fondée sur la réciprocité du regard (revoir, c'est voir mutuellement) et sur la continuité du lien social. La séparation n'est pas une fin : c'est une parenthèse.

Cette conception contraste avec des formules comme farewell en anglais archaïque (« allez bien ») ou vale en latin (« porte-toi bien »), qui souhaitent à l'autre de se maintenir en bonne santé durant l'absence, sans nécessairement présupposer un retour. « Au revoir » présuppose le retour. C'est en cela qu'il est une formule d'optimisme discret.

Questions fréquentes

D'où vient exactement le mot « au revoir » ?

« Au revoir » vient de la contraction de l'expression « adieu, jusqu'au revoir ». Le verbe « revoir » est lui-même issu du latin revidere, formé de re- (de nouveau) et videre (voir). Il est attesté en français dès le Xe siècle.

Quelle est la différence entre « adieu » et « au revoir » ?

« Adieu » (de « à Dieu ») implique historiquement une séparation longue ou définitive, en confiant l'autre à la protection divine. « Au revoir » promet une séparation temporaire et des retrouvailles futures. Depuis le XVIIIe siècle, cette distinction s'est stabilisée dans l'usage courant, même si « adieu » reste utilisé dans certaines régions comme simple formule de salutation.

Pourquoi dit-on « au revoir » et pas simplement « à revoir » ?

L'article contracté « au » (à + le) est lié à l'époque où « revoir » était utilisé comme nom masculin : on disait « jusqu'au revoir » comme on dirait « jusqu'au lendemain ». L'article donne à « revoir » une réalité concrète, celle d'un moment attendu et nommé.

Existe-t-il des équivalents d'« au revoir » dans d'autres langues ?

Oui. L'allemand Auf Wiedersehen, l'italien arrivederci et l'espagnol hasta luego reposent sur la même logique : promettre de se revoir. À l'inverse, l'anglais goodbye (issu de God be with you) appartient à la même famille que l'ancien adieu français.

Quand « au revoir » s'est-il imposé en français ?

La formule s'est diffusée progressivement à partir du XVIIe siècle dans la langue des cours et des salons, pour s'établir pleinement à la fin du XVIIIe siècle. Elle a comblé le vide laissé par la spécialisation d'« adieu » dans le registre des séparations définitives.

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