Hantavirus 2026 : foyer sur le MV Hondius, transmission, symptômes et prévention
Le hantavirus est un virus à ARN transmis à l'humain par les rongeurs (rats, souris, campagnols) via l'inhalation d'aérosols formés à partir de leurs urines, salives et excréments. Le 3 mai 2026, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a confirmé un foyer suspect à bord du navire d'expédition néerlandais MV Hondius, exploité par Oceanwide Expeditions, alors positionné au large du Cap-Vert : trois passagers sont décédés et plusieurs membres d'équipage ont été testés positifs. Cette page encyclopédique détaille la nature du virus, ses modes de transmission, les deux grands tableaux cliniques (syndrome pulmonaire à hantavirus et fièvre hémorragique avec syndrome rénal), le diagnostic, la prise en charge, la prévention et le déroulement précis de l'épisode du MV Hondius.
Qu'est-ce que le hantavirus ?
Les hantavirus forment un genre de virus à ARN simple brin négatif appartenant à la famille des Hantaviridae, ordre des Bunyavirales. Contrairement à la plupart des virus de cette famille, ils ne se transmettent pas par les arthropodes (moustiques, tiques) mais directement par les rongeurs. Plus de cinquante espèces de hantavirus ont été décrites dans le monde, dont une vingtaine est pathogène pour l'humain.
Chaque hantavirus est étroitement associé à une espèce hôte de rongeur spécifique avec laquelle il a coévolué pendant des millions d'années. Chez le rongeur, l'infection est asymptomatique et chronique : l'animal excrète le virus pendant toute sa vie sans en souffrir. C'est précisément cette persistance qui rend la maladie difficile à éliminer dans les zones d'endémie.
Une distinction géographique fondamentale
On distingue traditionnellement deux grands groupes de hantavirus selon leur répartition et la maladie qu'ils provoquent :
- Hantavirus de l'Ancien Monde (Europe, Asie, Afrique) : provoquent la fièvre hémorragique avec syndrome rénal (FHSR ou HFRS). Les principaux sont Hantaan, Séoul, Dobrava, Saaremaa et Puumala.
- Hantavirus du Nouveau Monde (Amériques) : provoquent le syndrome cardio-pulmonaire à hantavirus (SPH ou HPS). Les principaux sont Sin Nombre (Amérique du Nord) et Andes (Amérique du Sud).
En France métropolitaine, c'est le virus Puumala, hébergé par le campagnol roussâtre (Myodes glareolus), qui est responsable de la quasi-totalité des cas autochtones. Une forme bénigne de FHSR appelée néphropathie épidémique en résulte, principalement dans le quart Nord-Est du pays.
Modes de transmission
La transmission du hantavirus à l'humain s'effectue presque exclusivement par voie respiratoire indirecte. Lorsque les urines, fèces ou salive d'un rongeur infecté sèchent dans un local fermé (cabane, grenier, cave, hangar agricole, navire), les particules contaminées peuvent être remises en suspension par balayage, manipulation de foin ou simple courant d'air, formant un aérosol que l'humain inhale.
Voies de contamination documentées
- Inhalation d'aérosols : voie principale, responsable de plus de 90 % des cas.
- Contact direct : manipulation d'un rongeur mort ou vivant, morsure (rare mais documentée pour le virus Andes et le virus Séoul).
- Ingestion : aliments ou eau contaminés par les déjections de rongeurs.
- Contact muqueux : projection sur l'œil, la bouche ou une plaie cutanée.
La transmission interhumaine est extrêmement rare. Elle a uniquement été documentée pour le virus Andes en Argentine et au Chili, par voie respiratoire entre proches. Les autres hantavirus connus ne se transmettent pas de personne à personne, ce qui distingue clairement la maladie du Covid-19 ou de la grippe.
Profils à risque
Selon Santé publique France et l'Institut Pasteur, les principales activités à risque sont les travaux forestiers, l'agriculture, le nettoyage de bâtiments inoccupés depuis plusieurs mois, le bricolage en cabanon ou en grenier, le camping rustique, et certaines professions militaires. Les hommes représentent environ 75 % des cas en France, en raison d'une exposition professionnelle plus fréquente.
Symptômes : SPH et FHSR
L'incubation varie de 1 à 6 semaines, avec une moyenne de 2 à 3 semaines. Les manifestations cliniques diffèrent radicalement selon le virus en cause.
Syndrome pulmonaire à hantavirus (SPH)
Provoqué principalement par les virus Sin Nombre et Andes, le SPH évolue en deux phases :
- Phase prodromique (3 à 5 jours) : fièvre élevée, frissons, myalgies intenses (cuisses, épaules, dos), céphalées, troubles digestifs (nausées, vomissements, diarrhée), fatigue marquée.
- Phase cardio-pulmonaire : apparition brutale d'une toux sèche, d'une dyspnée et d'un œdème pulmonaire non cardiogénique pouvant évoluer vers un syndrome de détresse respiratoire aiguë (SDRA) et un choc cardiogénique.
Le taux de létalité du SPH atteint 35 à 40 % selon les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) américains, faisant de cette forme l'une des plus redoutables.
Fièvre hémorragique avec syndrome rénal (FHSR)
La FHSR évolue classiquement en cinq phases successives :
- Phase fébrile (3 à 7 jours) : fièvre, céphalées rétro-orbitaires, douleurs lombaires, hyperémie conjonctivale, pétéchies.
- Phase hypotensive (quelques heures à 2 jours) : chute tensionnelle, tachycardie, parfois choc.
- Phase oligurique (3 à 7 jours) : insuffisance rénale aiguë, protéinurie, possibles manifestations hémorragiques.
- Phase polyurique (jusqu'à plusieurs semaines) : reprise progressive de la diurèse, parfois importante.
- Phase de convalescence (jusqu'à plusieurs mois) : récupération de la fonction rénale, fatigue prolongée.
La létalité varie de 0,4 % pour les formes à virus Puumala (forme dite néphropathie épidémique en France) à 5-10 % pour les formes à virus Hantaan ou Dobrava en Asie et dans les Balkans.
Diagnostic et traitement
Le diagnostic repose sur l'association d'une exposition à risque récente (contact avec rongeurs, séjour en zone d'endémie, voyage récent), d'un tableau clinique évocateur et d'examens biologiques spécialisés.
Examens diagnostiques
- Sérologie : détection des IgM et IgG spécifiques (ELISA, immunofluorescence). Positive dès les premiers jours symptomatiques pour les IgM.
- RT-PCR : recherche directe du génome viral, particulièrement utile en phase précoce.
- Examens d'orientation : thrombopénie, élévation de la créatinine, protéinurie, hématocrite augmenté, atypies lymphocytaires.
En France, le diagnostic est centralisé au Centre national de référence (CNR) des hantavirus à l'Institut Pasteur de Paris, en lien avec le laboratoire de Santé publique France. Tout cas confirmé fait l'objet d'une déclaration et d'une investigation épidémiologique.
Prise en charge
Aucun traitement antiviral n'a fait la preuve de son efficacité dans des essais cliniques de grande ampleur. La ribavirine intraveineuse, parfois utilisée pour les formes asiatiques de FHSR, n'a pas démontré de bénéfice pour le SPH. La prise en charge repose donc sur des soins de soutien intensifs :
- Hospitalisation rapide, idéalement en réanimation pour le SPH ;
- Oxygénothérapie, ventilation mécanique, voire ECMO (oxygénation par membrane extracorporelle) en cas de SDRA ;
- Hémodialyse en cas d'insuffisance rénale anurique ;
- Correction des troubles hydro-électrolytiques et de l'hémostase ;
- Surveillance cardiologique continue pour anticiper le choc cardiogénique du SPH.
Le pronostic dépend largement de la rapidité de la prise en charge. Une consultation médicale doit être sollicitée dès l'apparition d'une fièvre élevée associée à des myalgies après une exposition à des rongeurs ou un séjour en zone à risque.
Prévention
Faute de vaccin disponible en Europe et en Amérique (un vaccin existe contre Hantaan en Corée du Sud et en Chine, mais reste à diffusion limitée), la prévention repose entièrement sur la réduction de l'exposition aux rongeurs et à leurs déjections.
Mesures domestiques et professionnelles
- Aérer les locaux fermés au moins 30 minutes avant d'y entrer (cave, grenier, cabane, conteneur).
- Ne pas balayer à sec ni passer l'aspirateur sur des excréments de rongeurs : utiliser un linge humide imprégné d'eau de Javel diluée à 10 %.
- Porter un masque FFP2, des gants jetables et des lunettes de protection pour tout nettoyage de zone infestée.
- Stocker les denrées alimentaires dans des récipients hermétiques.
- Boucher les ouvertures de plus de 6 mm dans les murs, planchers et fondations pour empêcher l'intrusion des rongeurs.
- Mettre en place un piégeage régulier et faire appel à des dératiseurs professionnels en cas d'infestation avérée.
- Ne pas manipuler à mains nues un rongeur mort : double sac plastique, gants, lavage des mains au savon.
Mesures pour les voyageurs
Lors d'un séjour en zone d'endémie (Patagonie, Pampa argentine, Sud-Ouest des États-Unis, Balkans, Scandinavie, Asie de l'Est), il convient d'éviter les hébergements rustiques visiblement fréquentés par des rongeurs, de ne pas dormir à même le sol dans des cabanes inoccupées et de signaler à un professionnel de santé toute fièvre apparue dans les six semaines suivant le retour.
Cas du MV Hondius (mai 2026)
Le MV Hondius est un navire d'expédition de classe polaire ICE-1A SUPER, exploité depuis 2019 par la compagnie néerlandaise Oceanwide Expeditions. Long de 107 mètres, il accueille jusqu'à 170 passagers et environ 70 membres d'équipage pour des croisières scientifiques en Antarctique, dans l'Arctique et le long des côtes atlantiques.
Chronologie de l'épidémie
Le navire avait quitté Ushuaïa, en Argentine, environ trois semaines avant les premiers signalements, dans le cadre d'un voyage incluant l'Antarctique, les îles Malouines, la Géorgie du Sud, Sainte-Hélène et un cap final vers les îles Canaries. Les premiers symptômes sont apparus chez plusieurs passagers et membres d'équipage entre la fin avril et le début mai 2026.
- 30 avril 2026 : un passager néerlandais de 70 ans décède à l'arrivée à Sainte-Hélène.
- 1er mai 2026 : son épouse de 69 ans, en cours de rapatriement via Johannesburg, s'effondre à l'aéroport et décède dans une structure hospitalière sud-africaine.
- 2 mai 2026 : un troisième décès est annoncé. Un passager britannique de 69 ans est admis en soins intensifs à Johannesburg.
- 3 mai 2026 : l'OMS confirme officiellement le foyer suspect et fait état d'un cas confirmé en laboratoire et de cinq cas suspects supplémentaires. Le navire est dérouté au large du Cap-Vert.
- 4 mai 2026 : poursuite des analyses de séquençage et des investigations épidémiologiques par l'OMS, les autorités néerlandaises (RIVM), sud-africaines, britanniques et capverdiennes.
Particularité du foyer
Le caractère atypique de ce foyer tient à sa survenue à bord d'un navire en mer, ce qui suggère soit une infestation murine antérieure à l'embarquement (probablement contractée à terre lors d'escales en Argentine ou aux Malouines, en zone d'endémie du virus Andes), soit une exposition collective dans une zone confinée du navire (cale, soute, économat). L'hypothèse de la transmission interhumaine, exceptionnelle mais documentée pour le virus Andes, est étudiée mais reste à confirmer par le séquençage en cours à l'Institut Robert Koch et au CDC d'Atlanta.
Réponse sanitaire internationale
L'OMS a activé son Règlement sanitaire international (RSI 2005) et coordonne la réponse avec les autorités néerlandaises (pavillon du navire), portugaises (Cap-Vert appartient à la zone d'influence sanitaire portugaise), sud-africaines et britanniques. Les passagers et membres d'équipage font l'objet d'une mise en observation médicale, d'une recherche systématique d'IgM et de RT-PCR, et de mesures de désinfection à bord.
Foire aux questions (FAQ)
Le hantavirus est-il contagieux entre humains ?
Non, sauf cas exceptionnel. Seul le virus Andes, endémique en Argentine et au Chili, a été associé à de rares transmissions interhumaines documentées. Les autres hantavirus, dont le Puumala européen et le Sin Nombre nord-américain, ne se transmettent pas de personne à personne. La contagion respiratoire de type Covid-19 n'existe pas pour la grande majorité des souches.
Existe-t-il un vaccin contre le hantavirus ?
Aucun vaccin n'est actuellement autorisé en Europe ni aux États-Unis. Un vaccin inactivé contre les virus Hantaan et Séoul est utilisé en Corée du Sud et en Chine, mais sa diffusion reste limitée à ces pays. Plusieurs candidats vaccins (à ADN, à ARNm) sont en développement clinique précoce.
Combien de cas de hantavirus sont recensés chaque année en France ?
Selon le Centre national de référence à l'Institut Pasteur, entre 2005 et 2024, environ 2 046 cas de fièvre hémorragique avec syndrome rénal ont été diagnostiqués en France métropolitaine, avec un pic à 320 cas en 2021 et un creux à 14 cas en 2013. Les cas se concentrent dans les Ardennes, le Nord, la Picardie, la Champagne-Ardenne et la Franche-Comté.
Que faire si je trouve des excréments de rongeurs chez moi ?
Aérez la pièce au moins 30 minutes, équipez-vous de gants, d'un masque FFP2 et de lunettes, vaporisez les déjections avec une solution d'eau de Javel diluée à 10 %, laissez agir 15 minutes, puis ramassez à l'aide d'un linge humide jeté ensuite dans un sac plastique double. Ne balayez jamais à sec et n'utilisez pas l'aspirateur, qui dispersent les particules contaminantes en aérosol.
Quels sont les premiers signes qui doivent alerter ?
Une fièvre supérieure à 38,5 °C associée à des céphalées intenses, des myalgies marquées (cuisses, épaules, lombaires) et une fatigue brutale, apparaissant 1 à 6 semaines après une exposition possible (forêt, grenier, voyage en zone d'endémie, contact avec rongeurs), doit conduire à consulter rapidement et à mentionner spontanément l'exposition au médecin.
Le hantavirus peut-il se transmettre par les animaux domestiques ?
Les chiens et les chats ne sont pas des hôtes du hantavirus et ne le transmettent pas. Cependant, ils peuvent ramener au domicile un rongeur mort infecté. Il convient de manipuler la dépouille avec des gants et de la jeter dans un sac plastique fermé, sans contact direct.
Les passagers du MV Hondius présentent-ils un risque pour la population générale ?
Le risque pour la population générale, en Europe ou ailleurs, est considéré comme très faible par l'OMS au 4 mai 2026. La transmission interhumaine, si elle est confirmée, ne concernerait que les contacts proches et prolongés. Les autorités sanitaires des pays d'origine des passagers organisent un suivi médical individuel pendant les six semaines suivant le débarquement, qui correspond à la durée maximale d'incubation.
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