Les 7 sens du requin : comment il détecte et chasse ses proies
Le requin est l'un des prédateurs les plus redoutables de l'océan, en grande partie grâce à un arsenal sensoriel d'une précision remarquable. Contrairement aux humains qui disposent de cinq sens, le requin en possède sept : l'ouïe, l'olfaction, la vision, le toucher, le goût, ainsi que deux capteurs absents chez l'être humain — la ligne latérale et l'électroréception. Chacun de ces sens intervient à un stade précis de la chasse, formant une chaîne de détection qui s'active progressivement à mesure que la proie se rapproche.
L'ouïe : le premier signal à grande distance
C'est l'ouïe qui déclenche généralement la chasse. Les requins captent les infrasons et basses fréquences (entre 20 et 1 000 Hz environ) avec une efficacité exceptionnelle, grâce à deux oreilles internes situées de part et d'autre du crâne. Ces organes ne perçoivent pas les sons de la même façon que les mammifères ; ils détectent directement les vibrations se propageant dans l'eau, un milieu où le son voyage environ cinq fois plus vite que dans l'air.
Un poisson blessé, un animal en fuite ou une proie qui se débat produit précisément ce type de vibrations basse fréquence irrégulières. Le requin peut les capter à plus d'un kilomètre de distance, parfois davantage selon les conditions. C'est ce signal sonore qui oriente le prédateur vers la zone générale où se trouve la proie, bien avant que tout autre sens soit sollicité.
L'olfaction : le guidage chimique à moyenne distance
Une fois dans la direction générale de la proie, l'olfaction prend le relais. Le système olfactif du requin est hypertrophié : il occupe une part considérable du volume cérébral, ce qui traduit l'importance de ce sens dans sa biologie. Les narines ne servent pas à respirer (la respiration est assurée par les branchies) mais exclusivement à analyser les molécules chimiques dissoutes dans l'eau.
La sensibilité olfactive des requins est souvent citée parmi les plus acérées du règne animal. Certaines espèces sont capables de détecter du sang à une concentration de l'ordre d'une partie par million dans l'eau de mer — soit une goutte de sang dans plusieurs centaines de litres d'eau. En naviguant dans le gradient chimique (c'est-à-dire en remontant vers la zone de plus forte concentration), le requin affine progressivement sa trajectoire sur des centaines, voire des milliers de mètres.
La ligne latérale : percevoir les mouvements de l'eau
La ligne latérale est un organe mécanosensoriel propre aux poissons et aux élasmobranches (groupe auquel appartiennent les requins). Elle se présente sous la forme d'une ligne de pores s'étendant de la tête à la queue sur chaque flanc de l'animal. Ces pores communiquent avec des canaux remplis de liquide contenant des cellules sensorielles appelées neuromastes.
Ces cellules détectent les variations infimes de pression et les mouvements de l'eau : remous provoqués par une proie en déplacement, turbulences générées par un banc de poissons, perturbations dues à la nage d'un animal blessé. La ligne latérale fonctionne en permanence, offrant au requin une sorte de « toucher à distance » qui lui permet de percevoir son environnement immédiat même dans une obscurité totale ou dans des eaux très turbides. Elle devient particulièrement cruciale lors des chasses nocturnes ou en eaux profondes.
La vision : l'orientation à courte portée
La vision des requins intervient lors de l'approche finale, généralement à quelques dizaines de mètres de la proie. Les yeux des requins sont dotés d'un tapetum lucidum, une couche réfléchissante située derrière la rétine qui renvoie la lumière sur les photorécepteurs et améliore considérablement la vision dans les conditions de faible luminosité — à l'image de ce qui existe chez les chats.
La plupart des espèces distinguent les contrastes et les mouvements avec efficacité, même si leur vision des couleurs est plus limitée que celle de l'être humain. Certaines espèces, comme le grand requin blanc (Carcharodon carcharias), peuvent également cligner de la membrane nictitante (une paupière translucide) pour protéger l'œil lors de l'attaque.
L'électroréception : la précision ultime au moment de l'attaque
Le sens le plus spectaculaire du requin est sans doute l'électroréception, rendue possible par les ampoules de Lorenzini. Il s'agit d'un réseau de pores concentrés sur le museau et la tête, reliés à des canaux remplis d'un gel conducteur et équipés de cellules électrosensibles. Ces cellules détectent les champs électriques extrêmement faibles produits par les contractions musculaires de tous les êtres vivants.
La sensibilité de cet organe est extraordinaire : les ampoules de Lorenzini peuvent détecter des champs électriques de l'ordre de cinq milliardièmes de volt. Concrètement, cela signifie qu'un requin peut percevoir les battements cardiaques d'une proie enfouie dans le sable ou dissimulée dans un récif, sans jamais la voir. Les signaux auxquels ces récepteurs sont les plus sensibles se situent entre 1 et 8 Hz, une plage qui correspond précisément aux fréquences électriques émises par la plupart des organismes marins. Des travaux récents (2023) ont également mis en évidence que les ampoules de Lorenzini pourraient détecter des différences de température aussi faibles que 0,001 kelvin, suggérant un rôle dans l'orientation thermique.
C'est ce sens qui guide le coup de mâchoire final. Lorsque la proie est à quelques centimètres, le requin bascule souvent vers l'électroréception comme système de ciblage ultime, supplantant même la vision à ce stade.
Le goût et le toucher : confirmation après la première morsure
Le goût joue un rôle plus secondaire : des papilles gustatives situées dans la gueule permettent au requin d'évaluer la qualité de la proie après la première morsure. Ce mécanisme explique en partie pourquoi certaines attaques sur l'être humain ne sont pas suivies d'une consommation complète : le requin, ne trouvant pas le profil chimique d'une proie habituelle, peut relâcher sa prise.
Le toucher, quant à lui, est assuré par des terminaisons nerveuses réparties sur la peau. La peau des requins est recouverte de denticules dermiques (écailles placöïdes) qui ont également une fonction hydrodynamique, mais les récepteurs cutanés contribuent à la perception tactile de l'environnement proche.
Une chaîne sensorielle séquentielle
Ce qui distingue le requin comme chasseur, c'est moins chacun de ces sens pris isolément que leur coordination séquentielle. La chasse se déroule typiquement selon un gradient de distance décroissant :
- À plus d'un kilomètre : l'ouïe capte les vibrations basses fréquences et oriente le prédateur.
- À quelques centaines de mètres : l'olfaction détecte les molécules chimiques et affine la trajectoire.
- À quelques dizaines de mètres : la ligne latérale perçoit les perturbations de l'eau et la vision identifie visuellement la proie.
- À moins d'un mètre : les ampoules de Lorenzini verrouillent le ciblage électrique pour guider la morsure finale.
Cette architecture sensorielle en couches fait du requin un prédateur remarquablement adapté à un milieu où la lumière est souvent absente, les distances grandes et les proies imprévisibles. Elle est le fruit de près de 450 millions d'années d'évolution, ce qui fait du requin l'un des animaux les plus anciens encore présents sur Terre sous une forme relativement proche de ses ancêtres.
Questions fréquentes
Quel est le sens le plus développé chez le requin ?
L'olfaction et l'électroréception sont généralement considérées comme les sens les plus remarquables du requin. Le système olfactif occupe une large part de son cerveau et lui permet de détecter des substances chimiques à des concentrations infimes. Les ampoules de Lorenzini, organes électrosensibles concentrés sur le museau, sont capables de détecter des champs électriques de quelques milliardièmes de volt, ce qui leur confère une précision inégalée au moment de l'attaque.
À quelle distance un requin peut-il sentir du sang ?
Certaines espèces de requins peuvent détecter des traces de sang à une concentration d'environ une partie par million dans l'eau de mer. Selon les conditions océaniques (courants, turbulences), cette détection peut s'opérer à des centaines de mètres de distance. La notion populaire selon laquelle un requin « sent le sang à des kilomètres » est une exagération, mais la portée réelle reste impressionnante.
Les requins peuvent-ils chasser dans l'obscurité totale ?
Oui. La ligne latérale et les ampoules de Lorenzini fonctionnent indépendamment de la lumière. La ligne latérale détecte les mouvements et vibrations de l'eau, tandis que les ampoules de Lorenzini perçoivent les champs électriques émis par les proies. Ces deux organes permettent aux requins de chasser efficacement la nuit, en eaux troubles ou à des profondeurs où la lumière solaire ne pénètre pas.
Combien de sens possède un requin ?
Les requins possèdent sept sens : les cinq sens classiques (ouïe, olfaction, vision, toucher, goût) auxquels s'ajoutent deux sens spécifiques absents chez les mammifères terrestres — la ligne latérale (perception des vibrations et pressions de l'eau) et l'électroréception via les ampoules de Lorenzini (détection des champs électriques).
Pourquoi un requin parfois mord puis relâche une personne ?
Les requins utilisent parfois une morsure exploratoire pour évaluer la nature d'une proie potentielle. Les papilles gustatives situées dans leur gueule leur permettent d'analyser la composition chimique de ce qu'ils saisissent. Si le profil ne correspond pas à leurs proies habituelles (poissons, pinnipèdes, céphalopodes), ils peuvent relâcher immédiatement. Ce comportement, bien documenté dans les interactions avec l'être humain, explique pourquoi beaucoup d'attaques ne sont pas létales.