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L'Empire ottoman au XIXe siècle : réformes et déclin

Publié 18. juin 2025 Mis à jour 15. juin 2026

Comment l'Empire ottoman a-t-il évolué au 19e siècle ?

Au début du XIXe siècle, l'Empire ottoman est une puissance immense mais fragilisée. Héritier d'un État fondé au XIIIe siècle et qui, à son apogée, s'étendait de Vienne à Bagdad et du Maroc à la mer Noire, il entre dans ce siècle nouveau avec des structures administratives, militaires et économiques dépassées. Surnommé le « homme malade de l'Europe » par ses contemporains, l'Empire ottoman n'est pourtant pas passif : il s'engage dans un vaste cycle de réformes, connu sous le nom de Tanzimat, tout en subissant les pressions conjuguées des nationalismes internes, de la compétition entre grandes puissances européennes et de ses propres contradictions. Son évolution au cours du XIXe siècle dessine l'une des trajectoires politiques les plus complexes de l'histoire moderne.

Un empire en crise à l'aube du siècle

À la fin du XVIIIe siècle, plusieurs signaux d'alarme se sont accumulés. La défaite face à la Russie lors de la guerre de 1768-1774, sanctionnée par le traité de Küçük Kaynarca, a contraint l'Empire à d'importantes cessions territoriales et a ouvert la porte aux ingérences russes en faveur des populations chrétiennes orthodoxes. Sur le plan intérieur, le pouvoir central souffre de l'indiscipline des janissaires — la garde d'élite devenue un obstacle à toute réforme —, de la corruption des gouverneurs de province, et d'une économie largement tributaire de l'agriculture et du commerce de transit, sans accès à la révolution industrielle qui transforme l'Europe occidentale.

Les campagnes napoléoniennes en Égypte (1798-1801) illustrent crûment le décalage militaire et technologique. Mohammed Ali, officier albanien au service de l'Empire, en tire une leçon radicale : il transforme l'Égypte en quasi-État indépendant au sein de la structure ottomane, modernisant son armée et son économie selon le modèle européen — un précédent qui inspire et inquiète à la fois Constantinople.

Mahmud II et les premières réformes structurelles (1808-1839)

Le sultan Mahmud II (règne 1808-1839) est le premier artisan d'une modernisation d'envergure. Souvent comparé à Pierre le Grand de Russie pour l'ampleur de ses ambitions réformatrices, il entreprend de reconstruire l'État ottoman de fond en comble. L'acte fondateur de son règne est l'Événement propice (Vaka-i Hayriye) de 1826 : la dissolution brutale et sanglante du corps des janissaires, institution militaire vieille de cinq siècles devenue ingouvernable. Sur ses cendres, il crée une armée moderne entraînée selon les méthodes européennes.

Les réformes de Mahmud II vont bien au-delà du militaire. Il réorganise les ministères sur le modèle européen, instaure l'instruction primaire obligatoire, fonde des écoles de médecine et d'ingénierie, lance les premiers journaux officiels et introduit l'enseignement du français dans les cursus supérieurs. Il abolit également les anciens titres féodaux et tente de rationaliser la fiscalité. Ces transformations ne suffisent cependant pas à enrayer les pertes territoriales : la Serbie obtient son autonomie en 1830, la Grèce proclame son indépendance la même année — reconnue par les grandes puissances après la guerre d'indépendance grecque (1821-1829) —, et l'Algérie tombe sous domination française en 1830.

Les Tanzimat : la grande réorganisation (1839-1876)

Le terme Tanzimat (« réorganisation » en ottoman) désigne la période de réformes systématiques initiée sous les sultans Abdülmecid Ier (1839-1861) et Abdülaziz (1861-1876). Son point de départ est la lecture publique, le 3 novembre 1839, du Hatt-i Chérif de Gülhane (édit impérial de la Rose), proclamé par le grand vizir Mustafa Rechid Pacha. Ce texte fondamental garantit à tous les sujets ottomans, quelle que soit leur religion, la sécurité de leur vie et de leurs biens, l'égalité devant la justice et la transparence fiscale.

Le Hatt-i Hümayun de 1856

Un second édit majeur, le Hatt-i Hümayun du 18 février 1856, approfondit les principes de 1839 en proclamant explicitement l'égalité de tous les citoyens ottomans sans distinction de religion ou d'ethnie. Promulgué en partie sous pression des puissances occidentales à l'issue de la guerre de Crimée (1853-1856) — dans laquelle la Grande-Bretagne et la France avaient soutenu l'Empire contre la Russie —, il reformule les rapports entre les communautés religieuses (millets) et l'État central. En pratique, l'application de ces réformes reste inégale : les élites religieuses traditionnelles, les notables provinciaux et une partie de la population résistent à ces changements perçus comme une occidentalisation forcée.

Les réformes administratives, judiciaires et économiques

Les Tanzimat produisent également une refonte du droit civil et pénal inspirée des codes napoléoniens, la création de tribunaux mixtes, la réorganisation des provinces selon un modèle administratif centralisé, et le développement d'un réseau de routes et de lignes télégraphiques. Des dizaines de milliers de jeunes Ottomans sont envoyés étudier en Europe. L'Empire s'endette cependant massivement : en 1875, la dette publique atteint 200 millions de livres sterling, avec des annuités représentant plus de la moitié des recettes de l'État.

La question d'Orient et la montée des nationalismes

Tout au long du XIXe siècle, les puissances européennes se disputent l'influence sur l'Empire ottoman affaibli — ce que les diplomates nomment la « question d'Orient ». La Russie pousse vers les détroits et défend les populations orthodoxes ; la Grande-Bretagne cherche à protéger sa route vers l'Inde ; la France revendique un rôle de protectrice des catholiques d'Orient ; l'Autriche-Hongrie surveille les Balkans. Cette rivalité à la fois protège et déstabilise l'Empire : les grandes puissances maintiennent son intégrité pour éviter de laisser le champ libre à une rivale, mais chacune grignote sa sphère d'influence.

Simultanément, les nationalismes se répandent dans les provinces chrétiennes des Balkans. La révolution serbe (1804-1815) est le premier soulèvement mené au nom d'une idéologie nationale dans l'Empire. Elle est suivie par l'insurrection grecque, puis par des mouvements en Roumanie, en Bulgarie, en Bosnie. Ces mouvements sont alimentés par les idées de la Révolution française, par l'essor des langues et littératures nationales, et souvent par l'appui diplomatique ou militaire de puissances extérieures.

La crise de 1875-1878 et le Congrès de Berlin

Les années 1870 voient la situation se dégrader rapidement. Des sécheresses en 1873 et des inondations en 1874 provoquent des famines ; la pression fiscale s'intensifie pour couvrir la dette ; des insurrections éclatent en Bosnie-Herzégovine et en Bulgarie. En 1876, un événement rare se produit : une première Constitution ottomane est promulguée sous l'égide du grand vizir Midhat Pacha, créant un parlement bicaméral. Mais le nouveau sultan Abdülhamid II, qui monte sur le trône en 1876, suspend le parlement dès 1878 et gouverne de manière autoritaire pendant trois décennies.

La guerre russo-turque de 1877-1878 se solde par une défaite ottomane retentissante. Le traité de San Stefano (mars 1878), révisé par le Congrès de Berlin (juin-juillet 1878), consacre l'indépendance de la Roumanie, de la Serbie et du Monténégro, l'autonomie élargie de la Bulgarie, et le transfert de la Bosnie-Herzégovine sous administration austro-hongroise. L'Empire perd ainsi la quasi-totalité de ses possessions européennes continentales.

Le règne d'Abdülhamid II et la fin du siècle

Le règne d'Abdülhamid II (1876-1909) illustre la contradiction permanente des dernières décennies ottomanes. D'un côté, l'Empire continue de se moderniser : le réseau ferroviaire s'étend considérablement, y compris avec le projet ambitieux du chemin de fer de Bagdad ; des écoles et des universités sont fondées ; les communications s'améliorent. De l'autre, la censure se durcit, la surveillance politique s'intensifie, et les massacres des Arméniens en 1894-1896 ternissent durablement l'image de l'Empire sur la scène internationale.

À la fin du XIXe siècle, une nouvelle génération d'intellectuels et d'officiers — les Jeunes-Turcs, organisés notamment dans le Comité Union et Progrès fondé en 1889 — réclame un retour à la Constitution et une modernisation accélérée. Leur révolution réussira en 1908. Au terme d'un siècle mouvementé, l'Empire ottoman a perdu l'essentiel de ses territoires européens et africains, contracté des dettes colossales, et traversé une crise d'identité profonde entre tradition et modernité — prélude à son effondrement lors de la Première Guerre mondiale.

Questions fréquentes

Que sont les Tanzimat et quelle fut leur portée ?

Les Tanzimat (« réorganisation » en ottoman) désignent la période de réformes menée entre 1839 et 1876 sous les sultans Abdülmecid Ier et Abdülaziz. Ils ont établi l'égalité juridique de tous les sujets ottomans quelle que leur religion, réorganisé l'administration, le droit et l'armée sur le modèle européen, et jeté les bases d'un État moderne. Leur application demeura cependant inégale face aux résistances traditionnalistes et aux contraintes financières.

Pourquoi l'Empire ottoman a-t-il perdu ses territoires balkaniques au XIXe siècle ?

La perte des Balkans résulte de la conjonction de plusieurs facteurs : la montée des nationalismes parmi les populations chrétiennes (Serbes, Grecs, Roumains, Bulgares), le soutien diplomatique et militaire des grandes puissances européennes à ces mouvements, et la défaite ottomane lors de la guerre russo-turque de 1877-1878, sanctionnée par le Congrès de Berlin qui consacre plusieurs indépendances.

Quel sultan a aboli les janissaires et pourquoi ?

Le sultan Mahmud II a dissous le corps des janissaires en 1826, dans un épisode appelé l'« Événement propice ». Ancienne garde d'élite devenue ingouvernable et opposée à toute modernisation, cette institution paralysait les réformes militaires. Son abolition a permis la création d'une armée régulière entraînée selon les méthodes européennes.

Qu'est-ce que la « question d'Orient » ?

La « question d'Orient » désigne le problème diplomatique posé par l'affaiblissement progressif de l'Empire ottoman et la rivalité des grandes puissances européennes (Russie, Grande-Bretagne, France, Autriche-Hongrie) pour étendre leur influence sur ses territoires. Tout au long du XIXe siècle, ces puissances ont à la fois soutenu l'intégrité formelle de l'Empire pour éviter un vide géopolitique et instrumentalisé ses crises internes à leur profit.

Quelle Constitution l'Empire ottoman a-t-il adoptée au XIXe siècle ?

La première Constitution ottomane a été promulguée en décembre 1876 sous l'impulsion du grand vizir Midhat Pacha. Elle créait un parlement bicaméral et proclamait les droits des citoyens. Le sultan Abdülhamid II, qui venait de monter sur le trône, s'en servit pour légitimer son accession au pouvoir, avant de la suspendre dès 1878 et de gouverner en autocrate jusqu'à la révolution des Jeunes-Turcs en 1908.

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