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Diego de Landa et les codex mayas : destruction et survie

Publié 22. mai 2026 Mis à jour 15. juin 2026

Qui était Diego de Landa et que sont devenus les codex mayas ?

Diego de Landa fut un frère franciscain espagnol qui devint évêque du Yucatán au XVIe siècle. Il est l'une des figures les plus ambivalentes de la conquête espagnole des Amériques : d'un côté, il ordonna en 1562 la destruction de la quasi-totalité des manuscrits mayas lors d'un autodafé retentissant à Maní ; de l'autre, il rédigea la Relación de las cosas de Yucatán, ouvrage sans lequel nous saurions aujourd'hui bien peu de choses sur la civilisation maya précolombienne. Seuls trois codex complets et un fragment ont survécu à cette destruction massive, qui reste l'un des actes de destruction culturelle les plus dévastateurs de l'histoire du Nouveau Monde. Comprendre qui était Diego de Landa, pourquoi il agit ainsi et ce qui est parvenu jusqu'à nous est essentiel pour saisir à la fois la grandeur de la civilisation maya et le traumatisme de la colonisation espagnole.

Qui était Diego de Landa ?

Origines et formation franciscaine

Diego de Landa Calderón naquit le 12 novembre 1524 à Cifuentes, dans la province de Guadalajara, en Castille. Issu d'une famille de petite noblesse, il entra très tôt dans l'ordre franciscain, réputé pour son zèle missionnaire. En 1549, à l'âge de vingt-cinq ans, il rejoignit les frères franciscains déjà présents au Yucatán, déterminé à évangéliser les populations mayas récemment soumises à la couronne espagnole.

Un missionnaire zélé au Yucatán

À son arrivée en Nouvelle-Espagne, Landa apprit rapidement la langue maya et se consacra à l'instruction religieuse des populations locales. Il fonda plusieurs couvents, dont celui de Maní, et supervisa la conversion de dizaines de milliers de Mayas. Sa maîtrise de la langue et sa curiosité pour les coutumes locales l'amenèrent à observer avec attention les rituels, les calendriers et les pratiques culturelles des peuples qu'il cherchait à convertir. Ces observations alimenteront plus tard son ouvrage de référence.

L'autodafé de Maní : la destruction des codex mayas

Le contexte de l'été 1562

En 1562, Landa découvrit que des Mayas convertis continuaient secrètement à pratiquer leurs anciens rites, notamment des sacrifices humains selon certaines sources espagnoles de l'époque. Scandalisé par ce qu'il interpréta comme une apostasie collective, il décida de mener une enquête inquisitoriale sans en avoir officiellement le mandat, aucun tribunal de l'Inquisition n'ayant encore été établi au Yucatán. Des centaines de Mayas furent arrêtés, interrogés sous la torture et soumis à des pénitences publiques.

Le bûcher du 12 juillet 1562

Le 12 juillet 1562, dans la ville de Maní, Diego de Landa fit brûler en public vingt-sept manuscrits mayas, plusieurs centaines d'objets de culte, des statues et des "idoles", ainsi que des ossements humains considérés comme des reliques sacrées. Il justifia cet acte en déclarant que ces livres ne contenaient que "des superstitions et des mensonges du diable" et qu'il n'y avait rien en eux qui ne fût de la portée de la superstition et des faussetés du diable. Cet autodafé reste l'un des actes de destruction culturelle les plus dévastateurs de l'histoire des Amériques.

Les conséquences immédiates

L'action de Landa provoqua une réaction en chaîne : d'autres missionnaires espagnols, encouragés par son exemple, détruisirent à leur tour les manuscrits et objets rituels qu'ils trouvèrent sur leur passage. Des bibliothèques entières, accumulées pendant des siècles par les prêtres-scribes mayas, disparurent. Les historiens estiment que des centaines, voire des milliers de codex ont été perdus au cours de cette période. Diego de Landa fut finalement rappelé en Espagne pour rendre compte de ses actes, jugés excessifs même par les autorités coloniales. Acquitté, il revint au Yucatán comme évêque en 1573.

Les codex mayas qui ont survécu

Trois codex complets et un fragment

Malgré la destruction systématique menée par Landa et ses successeurs, quatre manuscrits mayas précolombiens ont survécu jusqu'à nos jours. Ils reçoivent les noms des villes où ils sont actuellement conservés : Dresde, Madrid, Paris et Mexico (codex de Grolier). Leur préservation est probablement due à leur arrivée précoce en Europe, envoyés comme curiosités aux cours royales avant que l'ordre de destruction ne soit généralisé. Il est possible qu'Hernán Cortés lui-même ait transmis certains de ces manuscrits à Charles Quint.

Le codex de Dresde : astronomie et calendriers

Conservé à la bibliothèque d'État de Dresde, en Allemagne, le codex de Dresde est généralement considéré comme le plus important et le mieux préservé des quatre. Long de 3,56 mètres, il se compose de trente-neuf feuillets pour un total de soixante-dix-huit pages. Son contenu porte principalement sur l'astronomie et les calculs calendaires : tables de Vénus, éclipses lunaires, cycles rituels et almanachs divinatoires. Il a permis aux chercheurs de déterminer la date d'origine du Compte long maya, fixée au 11 août 3114 avant notre ère selon le corrélation GMT.

Le codex de Madrid et le codex de Paris

Le codex de Madrid, conservé au Musée des Amériques de la capitale espagnole, est le plus long des trois avec 112 pages. Il se distingue par la richesse de ses informations sur la vie quotidienne : activités agricoles, élevage des abeilles, pratiques artisanales et cérémonies liées aux semailles. Le codex de Paris, quant à lui, fut retrouvé en 1859 par l'érudit Léon de Rosny dans un état très dégradé dans un coin de la Bibliothèque nationale de France, où il est encore conservé aujourd'hui. Il contient des prophéties, des rituels religieux et un calendrier zodiacal de 364 jours.

Le codex de Grolier : le quatrième survivant

Découvert dans les années 1960 et longtemps contesté, le codex de Grolier (ou codex Maya de Mexico) a finalement été authentifié comme précolombien par une équipe de chercheurs en 2016. Conservé au Musée national d'anthropologie de Mexico, ce fragment de onze pages est centré sur le cycle de Vénus. Son authenticité confirmée porte désormais à quatre le nombre de codex mayas précolombiens connus.

La Relación de las cosas de Yucatán : l'ironie de l'histoire

Un destructeur devenu source essentielle

La grande ironie de l'histoire de Diego de Landa réside dans le fait que cet homme, responsable de la destruction d'une partie majeure de l'héritage écrit maya, est aussi l'auteur de la source la plus précieuse dont nous disposons sur la civilisation maya précolombienne. Rédigée entre 1566 et sa mort en 1579, la Relación de las cosas de Yucatán décrit avec minutie les rituels, les croyances, les calendriers, l'architecture, les pratiques funéraires et les us et coutumes des Mayas tels que Landa les avait observés.

Le déchiffrement de l'écriture maya

Dans sa Relación, Landa inclut également une tentative de transcription de l'alphabet maya : en demandant à un Indien de lui écrire les lettres de l'alphabet espagnol en glyphes mayas, il obtint un tableau phonétique imparfait mais précieux. Ce document, longtemps mal interprété, joua un rôle capital dans le déchiffrement de l'écriture maya au XXe siècle. Les travaux du linguiste soviétique Youri Knorosov dans les années 1950, fondés en partie sur la Relación, permirent de comprendre que l'écriture maya était un système mixte, alliant idéogrammes et signes syllabiques.

L'héritage de Diego de Landa dans l'historiographie

Un jugement nuancé

L'évaluation historique de Diego de Landa oscille entre deux extrêmes. Pour certains, il incarne la destruction coloniale délibérée d'une civilisation, comparable à la destruction de la bibliothèque d'Alexandrie. Pour d'autres, il faut replacer ses actes dans le contexte de son époque : la destruction d'objets de culte païens faisait partie intégrante de la mission évangélisatrice telle qu'elle était conçue au XVIe siècle, et Landa n'agit pas seul ni sans l'approbation implicite de ses supérieurs ecclésiastiques.

Une mémoire douloureuse au Yucatán

Au Mexique, et particulièrement dans la péninsule du Yucatán où vit encore aujourd'hui une importante communauté maya, la mémoire de Diego de Landa reste vive et douloureuse. Les descendants des Mayas rappellent régulièrement que l'autodafé de Maní a privé l'humanité d'une partie irremplaçable de son patrimoine intellectuel. Des cérémonies commémoratives sont parfois organisées le 12 juillet pour marquer l'anniversaire de la destruction des codex. La ville de Maní, où eut lieu l'autodafé, est aujourd'hui un modeste village du Yucatán : un couvent franciscain du XVIe siècle, en partie construit avec les pierres d'un temple maya, rappelle silencieusement la violence de cette histoire coloniale.

Questions fréquentes

Combien de codex mayas ont survécu à la destruction ?

Quatre manuscrits mayas précolombiens sont connus à ce jour : le codex de Dresde (Allemagne), le codex de Madrid (Espagne), le codex de Paris (France) et le codex de Grolier ou codex Maya de Mexico (authentifié en 2016). Ce dernier n'est qu'un fragment de onze pages. Tous les autres manuscrits mayas ont été détruits lors de la conquête espagnole, en grande partie sous l'impulsion de Diego de Landa en 1562.

Pourquoi Diego de Landa a-t-il brûlé les codex mayas ?

Diego de Landa justifia la destruction des codex en affirmant qu'ils contenaient des "superstitions et des mensonges du diable" incompatibles avec la foi chrétienne. Il agit également dans le cadre d'une répression contre des Mayas convertis soupçonnés de pratiquer encore leurs anciens rites. Son action s'inscrivait dans la logique de la mission évangélisatrice espagnole, qui visait à effacer les traces des religions précolombiennes.

Qu'est-ce que la Relación de las cosas de Yucatán ?

C'est un ouvrage rédigé par Diego de Landa entre 1566 et 1579, qui constitue la description la plus complète de la civilisation maya précolombienne issue d'un témoin direct de l'époque coloniale. Il décrit les rituels, les fêtes, l'écriture, les calendriers et les pratiques quotidiennes des Mayas du Yucatán. Ironiquement, ce texte rédigé par le principal destructeur des codex est devenu une source essentielle pour les chercheurs qui étudient la civilisation maya.

Où peut-on voir les codex mayas aujourd'hui ?

Le codex de Dresde est conservé à la Sächsische Landesbibliothek (bibliothèque d'État de Saxe) à Dresde, en Allemagne. Le codex de Madrid se trouve au Musée des Amériques à Madrid. Le codex de Paris est conservé à la Bibliothèque nationale de France à Paris. Le codex de Grolier est exposé au Musée national d'anthropologie de Mexico. Des reproductions numériques de haute qualité sont disponibles en ligne pour les chercheurs et le grand public.

Diego de Landa a-t-il été sanctionné pour ses actes ?

Oui, dans un premier temps. Rappelé en Espagne en 1563 pour répondre de ses actes jugés excessifs et irréguliers, car il n'avait pas compétence pour exercer des fonctions inquisitoriales, il fut néanmoins acquitté par le Conseil des Indes. Il revint au Yucatán en 1573 avec le titre d'évêque, et occupa ce poste jusqu'à sa mort en 1579. Il n'a donc jamais véritablement rendu compte des destructions qu'il avait causées.

Quel est le contenu des codex mayas survivants ?

Les quatre codex survivants traitent principalement d'astronomie, de calendriers rituels et de divination. Le codex de Dresde est centré sur les calculs astronomiques et les cycles de Vénus. Le codex de Madrid donne des informations sur l'agriculture, l'apiculture et les cérémonies associées. Le codex de Paris contient prophéties et calendrier zodiacal. Le codex de Grolier, le plus fragmentaire, est également consacré au cycle de Vénus.

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