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Qui a découvert la pénicilline : Fleming, Florey ou Chain ?

Publié 22. mai 2026 Mis à jour 15. juin 2026

Qui a réellement découvert la pénicilline ? Fleming ou autre ?

La découverte de la pénicilline est souvent attribuée en totalité à Alexander Fleming, mais la réalité est plus nuancée. Fleming a bien observé l'effet antibactérien du champignon Penicillium notatum en 1928, mais c'est une équipe d'Oxford qui a transformé cette observation en médicament capable de sauver des millions de vies. Comprendre les rôles respectifs de chaque scientifique permet de saisir comment naît véritablement une révolution médicale.

Le coup de chance de Fleming en 1928

Le 3 septembre 1928, Alexander Fleming rentre de vacances dans son laboratoire du St Mary's Hospital de Londres. Il remarque que plusieurs boîtes de Petri contenant des cultures de staphylocoques ont été contaminées par un champignon pendant son absence. Au lieu de les jeter immédiatement, il observe quelque chose d'inhabituel : autour des colonies de champignons, les bactéries ne se développent pas. Une zone claire entoure le moisissure, comme si celle-ci sécrétait une substance toxique pour les germes.

Fleming identifie le champignon comme appartenant au genre Penicillium et nomme la substance active « pénicilline ». Il publie ses observations en 1929 dans le British Journal of Experimental Pathology. Sa contribution est réelle et fondamentale : sans cette observation et cette publication, personne n'aurait cherché à développer la substance.

Pourquoi Fleming n'est pas allé plus loin

Fleming s'est heurté à de sérieux obstacles techniques. La pénicilline était extrêmement difficile à purifier et à stabiliser. Dans les années 1930, les méthodes biochimiques disponibles ne permettaient pas encore d'obtenir un extrait assez pur pour être administré à l'homme. Fleming lui-même a essayé pendant quelques années, sans succès significatif, avant de se concentrer sur d'autres travaux. Son mérite est d'avoir reconnu le potentiel thérapeutique du phénomène, même sans pouvoir l'exploiter.

Il faut également rappeler que Fleming avait réalisé une observation importante dès 1922 : il avait découvert le lysozyme, une enzyme antibactérienne naturelle présente dans les larmes et la salive. Cette découverte antérieure l'avait mis sur la voie de la recherche de substances capables de combattre les bactéries, et explique pourquoi il a immédiatement saisi le potentiel de son observation de 1928. Fleming n'était pas un observateur naïf : il cherchait activement des agents antibactériens.

L'équipe d'Oxford : la véritable mise au point du médicament

C'est à l'Université d'Oxford que la pénicilline devient un antibiotique utilisable. En 1938, Howard Florey, pathologiste australien, et Ernst Boris Chain, biochimiste d'origine allemande réfugié au Royaume-Uni, décident de reprendre les travaux sur la substance. Avec Norman Heatley, expert en biochimie, ils forment une petite équipe déterminée.

En 1940, ils réussissent à purifier suffisamment de pénicilline pour réaliser la première expérience décisive : huit souris infectées par des staphylocoques reçoivent la substance, quatre autres ne reçoivent rien. Les souris non traitées meurent en quelques heures ; les souris traitées survivent. Le résultat est sans appel.

Le premier patient humain

En janvier 1941, Albert Alexander, un policier d'Oxford souffrant d'une septicémie grave après avoir été griffé par une rose, devient le premier patient humain traité à la pénicilline. Son état s'améliore spectaculairement en quelques jours. Malheureusement, les stocks de pénicilline sont si limités que l'équipe tente même de récupérer la substance dans l'urine du patient pour la réutiliser. Les réserves s'épuisent, et Albert Alexander décède finalement de son infection.

Cet échec douloureux montre que le vrai défi n'est plus scientifique mais industriel : il faut produire la pénicilline en quantités massives.

La production industrielle aux États-Unis

Florey et Heatley se rendent aux États-Unis en 1941, à un moment où le pays n'est pas encore entré en guerre. Ils convainquent le laboratoire gouvernemental de Peoria (Illinois) de se lancer dans la production à grande échelle. Une découverte inattendue accélère le processus : une assistante de laboratoire, Mary Hunt, trouve sur un marché local un melon très moisi. La souche de Penicillium chrysogenum qui le contamine produit six fois plus de pénicilline que la souche originelle de Fleming. Cette souche est ensuite irradiée aux rayons X pour obtenir des mutants encore plus productifs.

En 1943, la pénicilline est produite en quantités suffisantes pour traiter les soldats alliés blessés. Pour le débarquement de Normandie en juin 1944, des millions de doses sont disponibles. La pénicilline sauve des dizaines de milliers de vies dans les mois qui suivent.

Le Nobel 1945 : trois lauréats, un seul récit populaire

En 1945, le prix Nobel de physiologie ou médecine est attribué conjointement à Alexander Fleming, Howard Florey et Ernst Boris Chain « pour la découverte de la pénicilline et de ses effets curatifs dans diverses maladies infectieuses ». Les trois hommes sont reconnus, mais dans l'imaginaire collectif, c'est le nom de Fleming qui reste associé à la pénicilline.

Cette asymétrie de réputation s'explique en partie par les relations publiques de l'époque. Fleming, personnalité charismatique basée à Londres, accordait volontiers des interviews. Florey, plus discret, refusait de son côté toute communication grand public, estimant que l'autopromotion était incompatible avec l'éthique scientifique.

Le rôle souvent oublié de Norman Heatley

Norman Heatley n'a pas reçu le Nobel, mais sa contribution technique a été essentielle. C'est lui qui a mis au point les méthodes d'extraction et de purification permettant d'obtenir de la pénicilline en quantité suffisante pour les tests. En 1990, l'Université d'Oxford lui a décerné un doctorat honoris causa en médecine, une distinction exceptionnelle accordée pour la première fois en 800 ans d'histoire à quelqu'un qui n'était pas médecin.

Avait-on cherché avant Fleming ?

La question de la priorité est encore plus complexe si l'on remonte dans le temps. En 1897, le médecin militaire français Ernest Duchesne avait déjà observé que des moisissures du genre Penicillium empêchaient la croissance de certaines bactéries. Il avait soumis une thèse à l'Institut Pasteur, mais ses travaux sont passés inaperçus. Il est mort à 37 ans de la tuberculose, sans jamais être reconnu pour cette observation.

Plus tôt encore, des médecins populaires de différentes cultures utilisaient des moisissures ou des aliments fermentés pour traiter des plaies infectées. Ces pratiques empiriques suggèrent que les propriétés antibiotiques des moisissures étaient connues intuitivement depuis longtemps, sans que personne ne comprenne le mécanisme sous-jacent.

La notion de sérendipité en science

La découverte de la pénicilline est souvent citée comme l'exemple parfait de sérendipité scientifique : trouver quelque chose d'important en cherchant autre chose. Mais Louis Pasteur avait prévenu : « Dans les champs de l'observation, le hasard ne favorise que les esprits préparés. » Fleming n'a pas trouvé la pénicilline par hasard pur ; il était entraîné à observer des anomalies et à leur donner du sens. Sans sa formation et sa curiosité, la boîte de Petri contaminée aurait été jetée à la poubelle sans un regard de plus.

La structure chimique de la pénicilline et ses dérivés

La pénicilline appartient à la famille des bêta-lactamines, des molécules qui doivent leur efficacité à un anneau chimique particulier appelé le cycle bêta-lactame. Cet anneau interfère avec la synthèse de la paroi cellulaire des bactéries : en bloquant une enzyme essentielle à cette synthèse, la pénicilline empêche les bactéries de se reproduire et les rend vulnérables. Les bactéries sans paroi solide éclatent sous l'effet de la pression osmotique.

La pénicilline G (benzylpénicilline) est la forme naturelle, extraite de cultures de champignons. Elle a l'inconvénient d'être dégradée par l'acide gastrique et ne peut donc pas être prise par voie orale : elle s'administre uniquement en injection. La pénicilline V, légèrement modifiée, résiste à l'acide et peut être avalée. Dans les années 1950 et 1960, les chimistes ont synthétisé de nombreux dérivés semi-synthétiques, dont l'ampicilline (plus large spectre) et l'amoxicilline (mieux absorbée par voie orale), qui restent aujourd'hui parmi les antibiotiques les plus prescrits en France.

La pénicilline aujourd'hui et le problème de la résistance

Les pénicillines constituent encore aujourd'hui l'une des familles d'antibiotiques les plus prescrites au monde. L'amoxicilline, dérivée de la pénicilline naturelle, est l'antibiotique le plus utilisé en France pour traiter les infections ORL, les angines bactériennes, les infections urinaires ou les pneumonies communautaires.

Cependant, le succès même de la pénicilline porte en lui un danger : la résistance bactérienne. Fleming lui-même avait mis en garde dès son discours Nobel de 1945 : une utilisation insuffisante ou trop courte des antibiotiques permet aux bactéries les plus résistantes de survivre et de se reproduire. Aujourd'hui, des souches de staphylocoques comme le SARM (Staphylococcus aureus résistant à la méticilline) ne peuvent plus être traitées par les pénicillines classiques.

Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), la résistance aux antimicrobiens pourrait provoquer 10 millions de décès par an d'ici 2050 si aucune mesure n'est prise. La leçon de l'histoire de la pénicilline est donc double : une découverte peut transformer la médecine, mais son mauvais usage peut effacer ses bénéfices. En cas de doute sur la nécessité d'un traitement antibiotique, consultez votre médecin traitant.

Questions fréquentes

Fleming a-t-il vraiment découvert la pénicilline par hasard ?

En partie. Fleming a observé un phénomène inattendu sur une boîte de Petri contaminée en 1928, mais sa formation de bactériologiste lui a permis de reconnaître l'importance de cette observation. La sérendipité a joué un rôle, mais c'est son esprit scientifique préparé qui a fait la différence. Sans lui, la contamination aurait été jetée sans être étudiée.

Pourquoi Florey et Chain ne sont-ils pas aussi connus que Fleming ?

Florey refusait les entretiens avec la presse et estimait que la publicité était incompatible avec la rigueur scientifique. Fleming, plus accessible aux médias londoniens, est devenu le visage populaire de la découverte. Les historiens des sciences reconnaissent pourtant que sans l'équipe d'Oxford, la pénicilline serait restée une curiosité de laboratoire.

Qui a découvert la pénicilline avant Fleming ?

Le médecin français Ernest Duchesne avait observé dès 1897 que des moisissures du genre Penicillium inhibaient la croissance bactérienne. Sa thèse, soumise à l'Institut Pasteur, n'a pas été prise en compte. Duchesne est mort jeune et ses travaux sont tombés dans l'oubli, ce qui a privé la France d'une reconnaissance historique majeure.

La pénicilline est-elle encore efficace aujourd'hui ?

Oui, pour de nombreuses infections. L'amoxicilline, un dérivé de la pénicilline, reste l'un des antibiotiques les plus utilisés en France. Cependant, certaines bactéries ont développé des résistances. Les pénicillines sont parfois combinées à un inhibiteur de bêta-lactamase (comme le clavulanate) pour maintenir leur efficacité face aux bactéries résistantes.

Pourquoi Fleming a-t-il reçu le Nobel seul dans la mémoire collective ?

La réalité est que le Nobel 1945 a été partagé entre Fleming, Florey et Chain. Mais Fleming avait une personnalité plus accessible aux médias, et sa découverte initiale de 1928 frappait les esprits par son côté romanesque. Le récit de l'homme qui «trouve» un antibiotique par hasard est plus facile à raconter que celui d'une équipe qui passe des années à purifier une substance.

Quel est le lien entre la pénicilline et les allergies ?

Environ 10 % des patients déclarent être allergiques à la pénicilline, mais des études récentes montrent que la grande majorité n'est pas véritablement allergique et peut tolérer ce médicament. Une allergie réelle à la pénicilline peut provoquer des réactions graves, comme un choc anaphylactique. Si vous pensez être allergique, parlez-en à votre médecin avant tout traitement antibiotique.

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