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Pogrom : définition, histoire et impact sur les sociétés

Publié 10. novembre 2024 Mis à jour 13. juin 2026

Qu'est-ce qu'un pogrom et quel impact sur les sociétés ?

Un pogrom désigne une attaque violente, organisée ou tolérée par les autorités, visant une communauté minoritaire en raison de son appartenance ethnique ou religieuse. Le terme, issu du russe погром (« dévastation », « destruction »), est entré dans le vocabulaire historique à la fin du XIXe siècle pour décrire les massacres perpétrés contre les Juifs dans l'Empire russe. Depuis, il a été étendu à d'autres formes de violences collectives ciblées, tout en conservant une forte résonance dans l'histoire de l'antisémitisme et dans la mémoire des génocides.

Origines et étymologie

Le mot pogrom provient du vocabulaire russe courant : gromit' signifie « détruire », « saccager ». Le concept de pogrom au sens moderne s'est cristallisé lors des violences anti-juives qui ont frappé les provinces méridionales et occidentales de l'Empire russe entre 1881 et 1884, à la suite de l'assassinat du tsar Alexandre II. Bien que des violences de même nature aient déjà eu lieu — notamment à Odessa en 1821 — c'est cette vague d'émeutes qui fixe le terme dans le langage politique et juridique international.

Un pogrom se distingue d'une simple émeute par trois caractéristiques : la cible est une minorité définie, la violence est délibérée et souvent organisée ou encouragée par des acteurs d'autorité, et les forces de l'ordre restent passives, voire complices. Cette impunité structurelle est au cœur de la définition.

Les grandes vagues de pogroms dans l'Empire russe

L'histoire des pogroms se déroule en plusieurs phases distinctes dans l'espace russe et ukrainien.

La première vague (1881–1884)

Après l'assassinat d'Alexandre II, des foules s'en prennent aux communautés juives dans des dizaines de villes et villages de la zone de résidence, espace géographique où les Juifs étaient légalement confinés. Les autorités tsaristes, loin de protéger les victimes, laissent faire. Ces violences provoquent un premier grand mouvement migratoire : des dizaines de milliers de Juifs fuient vers l'Europe occidentale et les États-Unis.

Le pogrom de Kichinev (1903)

Le pogrom de Kichinev (actuelle Chișinău, capitale de la Moldavie) les 19 et 21 avril 1903 est l'un des plus documentés et des plus symboliques. Quarante-neuf Juifs sont tués, plus de 500 blessés, et près de 1 500 maisons sont pillées ou détruites. L'événement suscite une indignation internationale et marque un tournant : Theodor Herzl, fondateur du mouvement sioniste politique, y voit la confirmation que les Juifs ne pourraient jamais être en sécurité en diaspora tant qu'ils n'auraient pas de patrie propre.

La vague révolutionnaire et la guerre civile (1918–1922)

La période la plus meurtrière est celle qui suit la révolution russe de 1917. En Ukraine et en Biélorussie, entre 1918 et 1922, les estimations font état de 125 000 à 150 000 victimes juives. Diverses armées — armée blanche, forces ukrainiennes nationalistes, et dans une moindre mesure l'Armée rouge — participent ou laissent faire ces massacres. Cette vague engendre le mythe du « judéo-bolchevisme » — l'amalgame entre Juifs et communistes — qui sera plus tard systématisé par le nazisme.

La Nuit de Cristal (1938) : un pogrom d'État

Le 9 au 10 novembre 1938, les SA, les SS et les Jeunesses hitlériennes organisent à travers toute l'Allemagne nazie et l'Autriche annexée une nuit de terreur contre les Juifs. Environ 7 500 commerces juifs sont saccagés, 1 400 synagogues incendiées, et au moins 91 personnes tuées dans la nuit même — le bilan réel étant probablement beaucoup plus élevé. Quelque 30 000 Juifs sont arrêtés et déportés dans des camps de concentration.

La Nuit de Cristal (Kristallnacht en allemand) se distingue des pogroms précédents en ce qu'elle est un acte d'État planifié, et non une émeute populaire tolérée : elle marque le passage d'un antisémitisme de société à une persécution systématique d'État, prélude direct à la Shoah. Entre novembre 1938 et septembre 1939, environ 120 000 Juifs quittent l'Allemagne et l'Autriche.

Impact sur les sociétés : déplacements, émigration et naissance du sionisme

Les pogroms ont profondément reconfiguré les équilibres démographiques et politiques du monde contemporain. Leurs conséquences s'étendent bien au-delà des victimes immédiates.

Les grandes migrations juives

Les vagues de pogroms dans l'Empire russe provoquent, entre 1880 et 1914, l'émigration de plus de deux millions de Juifs. La majorité se dirige vers les États-Unis, mais une fraction significative choisit la Palestine ottomane. Ces migrations, appelées aliyot (« montées » vers la Terre sainte), posent les bases démographiques de ce qui deviendra l'État d'Israël. La première aliya (1882–1903) amène 20 000 à 30 000 personnes fuyant la Russie tsariste ; la seconde (1903–1914) en amène 35 000 à 40 000 supplémentaires.

La naissance du sionisme politique

La réponse idéologique aux pogroms prend la forme du sionisme politique. Theodor Herzl, journaliste austro-hongrois traumatisé par la montée de l'antisémitisme européen, publie L'État juif en 1896 et fonde l'Organisation sioniste mondiale en 1897. Sa thèse est directement alimentée par la violence des pogroms : sans État propre, les Juifs resteront une cible exposée. Cette ligne directe des pogroms vers la fondation de l'État d'Israël en 1948 est une des conséquences géopolitiques majeures de ces violences.

La déstructuration des communautés

Au-delà des morts et des réfugiés, les pogroms brisent des siècles de coexistence, parfois conflictuelle mais existante, entre les communautés juives et leurs voisins. Ils instaurent durablement la peur, la méfiance et la marginalisation. Dans les régions touchées, les Juifs qui restent vivent sous la menace d'une récidive, ce qui affecte leur intégration économique et sociale. Les pogromistes, bénéficiant de l'impunité, confirment que la violence peut payer — un signal destructeur pour l'ordre social dans son ensemble.

Le terme pogrom au XXIe siècle

L'usage du terme s'est élargi au-delà du contexte russo-juif. Il est aujourd'hui appliqué à diverses formes de violences collectives ciblant une minorité identifiable. L'attaque menée par le Hamas le 7 octobre 2023 dans le sud d'Israël — qui a causé la mort de plus de 1 200 civils et le rapt de 250 otages — a été qualifiée de pogrom par de nombreux historiens et responsables politiques, en raison de sa nature : un massacre de masse de civils en raison de leur appartenance ethnique et religieuse, perpétré sans distinction d'âge ni de sexe dans des kibboutz et lors d'un festival de musique.

Le recours au mot pogrom dans ce contexte contemporain illustre à la fois sa charge mémorielle et sa fonction analytique : il signale une violence organisée de déshumanisation d'une communauté, qui dépasse le simple acte criminel pour s'inscrire dans une logique d'élimination ou de terreur collective.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre un pogrom et un génocide ?

Un pogrom désigne une attaque violente ciblée contre une minorité, souvent accompagnée de meurtres, de pillages et de destructions, sans nécessairement viser l'élimination totale du groupe. Un génocide implique une intention explicite d'extermination d'un groupe national, ethnique, racial ou religieux dans son ensemble. Les pogroms peuvent précéder ou préparer un génocide, comme ce fut le cas avec la Nuit de Cristal et la Shoah.

Les pogroms ont-ils été uniquement dirigés contre les Juifs ?

Non. Bien que le terme soit historiquement associé aux persécutions antisémites dans l'Empire russe, il a été utilisé pour décrire des violences contre d'autres minorités. Des communautés arméniennes, grecques, ou encore des populations minoritaires en Asie centrale ont été victimes de violences similaires. En usage contemporain, le terme s'applique à toute violence collective organisée contre un groupe identitaire.

Pourquoi les autorités laissaient-elles les pogroms se produire ?

Dans l'Empire russe, les autorités tsaristes considéraient parfois les Juifs comme un bouc émissaire utile pour détourner les tensions sociales et politiques. La passivité ou la complicité de la police et de l'armée n'était pas fortuite : elle exprimait une politique antisémite délibérée ou une indifférence institutionnelle profonde envers les minorités. Cette impunité est une caractéristique structurelle du pogrom, qui le distingue d'une émeute ordinaire.

Quel lien existe-t-il entre les pogroms et la création de l'État d'Israël ?

Le lien est direct. Les pogroms des années 1880 à 1920 ont provoqué de grandes vagues d'émigration juive vers la Palestine, alors sous domination ottomane puis britannique. Ils ont également fourni l'impulsion principale au sionisme politique de Theodor Herzl, qui estimait qu'une patrie nationale était la seule protection durable contre les persécutions. Ces migrations successives ont permis l'existence d'une population juive assez importante pour qu'un État indépendant soit proclamé en 1948.

Le terme pogrom est-il encore utilisé aujourd'hui ?

Oui. En 2026, le terme reste employé dans les débats historiques, politiques et juridiques pour désigner des violences collectives contre une communauté identifiable. L'attaque du Hamas du 7 octobre 2023, qualifiée de pogrom par de nombreux historiens en raison de son caractère de massacre ciblé de civils juifs, a relancé le débat sur la définition et la portée du terme dans le contexte contemporain.

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