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Karakoram Highway : histoire, altitude et caractéristiques

Publié 22. mai 2026 Mis à jour 15. juin 2026

Qu'est-ce que le Karakoram Highway et pourquoi est-il unique ?

La Karakoram Highway, souvent désignée par ses initiales KKH, est l'une des routes les plus extraordinaires du monde. Longue d'environ 1 300 kilomètres, elle relie Kashgar, dans la région autonome du Xinjiang en Chine, à Havelian, dans le nord du Pakistan. Traversant la puissante chaîne du Karakoram et franchissant le col de Khunjerab à 4 693 mètres d'altitude, elle est considérée comme le plus haut col routier international asphalté de la planète. Son histoire de construction épique, son rôle géostratégique majeur et ses paysages à couper le souffle en font une route unique en son genre.

Histoire et construction de la Karakoram Highway

Un projet titanesque né de la coopération sino-pakistanaise

La construction de la Karakoram Highway a débuté en 1966, fruit d'un accord de coopération entre les gouvernements pakistanais et chinois dans le contexte de la Guerre froide. Les deux pays cherchaient à consolider leur alliance face à leur voisin commun, l'Inde, et à désenclacer les régions montagneuses du nord du Pakistan et du Xinjiang chinois.

Le chantier a mobilisé des milliers d'ouvriers et de militaires des deux côtés. Du côté pakistanais, c'est l'Organisation des travaux frontaliers, corps du génie militaire, qui a pris en charge les travaux. Côté chinois, des régiments entiers d'ingénieurs de l'Armée populaire de libération ont été déployés dans des conditions climatiques et géographiques extrêmes.

Un coût humain considérable

La construction de la route a duré plus de douze ans, de 1966 à 1978, et son inauguration officielle a eu lieu en 1979. La route a été ouverte aux touristes étrangers en 1986. Le bilan humain de ce chantier pharaonique est lourd : environ 810 ouvriers et soldats pakistanais et 200 travailleurs chinois ont perdu la vie, principalement victimes de glissements de terrain, de chutes de pierres et d'éboulements dans des gorges vertigineuses.

Ce tribut humain est inscrit dans la mémoire collective des deux nations et a contribué à forger un lien particulier entre le Pakistan et la Chine, souvent qualifiés de "frères de fer" dans les discours officiels.

Le choix du col de Khunjerab

La décision de tracer la route via le col de Khunjerab, plutôt que par la passe de Mintaka initialement envisagée, a été prise à la demande de la Chine. Bien que plus difficile d'accès, Khunjerab offrait une meilleure protection contre les frappes aériennes, critère stratégique primordial à l'époque. Ce choix a conduit les ingénieurs à affronter des défis techniques inédits : taille dans la roche, stabilisation de versants instables, construction de ponts au-dessus de torrents glaciaires impétueux.

Caractéristiques géographiques exceptionnelles

Le col de Khunjerab, toit du monde routier

Le point culminant de la Karakoram Highway est le col de Khunjerab, situé à 4 693 mètres d'altitude selon les relevés officiels pakistanais, avec certaines sources indiquant 4 714 mètres au point le plus élevé de la chaussée. Ce col constitue la frontière douanière entre le Pakistan et la Chine et représente le passage routier international asphalté le plus élevé au monde.

À cette altitude, l'air est raréfié, les températures peuvent chuter à -40 degrés Celsius en hiver et la route est fermée à la circulation de novembre à mai en raison des accumulations de neige et de glace. En été, le plateau de Khunjerab offre un paysage lunaire d'une beauté saisissante, peuplé de marmottes et de yacks sauvages.

Les massifs montagneux traversés

La KKH ne traverse pas un seul massif mais plusieurs des plus grands systèmes montagneux de la planète. Dans sa partie nord, elle longe et traverse le Karakoram, qui abrite le deuxième plus haut sommet du monde, le K2 (8 611 m), ainsi que de nombreux autres "huit-mille". Plus au sud, la route passe entre l'Hindu Kush et l'Himalaya avant de descendre dans les plaines du Pendjab.

Le long de son parcours, la KKH offre des vues sur des glaciers gigantesques, dont certains des plus grands du monde en dehors des pôles. Le glacier Baltoro, qui se développe non loin de la route dans la région de Gilgit-Baltistan, est le troisième glacier non polaire le plus étendu de la planète.

Les gorges de l'Indus et du Hunza

Sur une grande partie de son tracé pakistanais, la Karakoram Highway longe les gorges spectaculaires creusées par l'Indus et son affluent le Hunza. La gorge de l'Indus près de Nanga Parbat (8 126 m) est l'une des plus profondes du monde : en quelques kilomètres horizontaux, le dénivelé entre le fond de la vallée et les sommets environnants dépasse 7 000 mètres.

Cette morphologie extrême crée des conditions géologiques instables, rendant la route particulièrement vulnérable aux glissements de terrain et aux chutes de blocs, un défi permanent pour son entretien.

Importance géostratégique et économique

Axe central du Corridor économique Chine-Pakistan (CPEC)

La Karakoram Highway est devenue depuis les années 2010 l'épine dorsale du Corridor économique Chine-Pakistan (CPEC), un vaste programme d'investissements chinois estimé à plus de 60 milliards de dollars. Dans le cadre de l'Initiative "Ceinture et Route" (Belt and Road Initiative) lancée par Pékin, la route a fait l'objet d'importants travaux de modernisation et d'élargissement, notamment sur la section entre Raikot et Khunjerab.

Les travaux de reconstruction, entamés après les inondations catastrophiques de 2010 qui avaient endommagé de larges portions de la route et provoqué la formation du lac Attabad, ont coûté environ 510 millions de dollars pour la seule section nord. Ces investissements témoignent de l'importance stratégique de la KKH comme voie de transit pour les marchandises entre les ports pakistanais, notamment Gwadar, et le marché intérieur chinois.

Désenclavement et développement régional

Pour les communautés isolées des vallées de Gilgit-Baltistan et de la région du Hunza au Pakistan, la KKH a représenté une révolution économique et sociale. Avant sa construction, de nombreux villages n'étaient accessibles qu'à pied ou à dos de mulet. La route a ouvert ces régions au commerce, au tourisme et aux services de santé et d'éducation.

Côté chinois, la KKH contribue à la politique de désenclavement du Xinjiang et facilite l'approvisionnement en matières premières et en hydrocarbures vers les provinces intérieures de la Chine.

La Karakoram Highway pour les voyageurs

Un itinéraire emblématique

La KKH est devenue l'une des routes les plus prisées des voyageurs en quête d'aventure et de grands espaces. L'itinéraire classique relie Kashgar (Chine) à Islamabad (Pakistan) en passant par les villes de Tashkurgan, le col de Khunjerab, Sost (poste frontière pakistanais), Gilgit et Abbottabad. Ce trajet peut être effectué en voiture, en bus local ou à moto selon les voyageurs.

Les points d'intérêt sont nombreux : les ruines de Tashkurgan, le fort de Baltit dans la vallée du Hunza, le lac Attabad aux eaux turquoise formé par un glissement de terrain en 2010, et les panoramas sur le Rakaposhi (7 788 m) ou le Nanga Parbat.

Conditions pratiques et sécurité

La portion pakistanaise de la KKH est accessible aux voyageurs étrangers, mais nécessite un visa pakistanais. La route est généralement ouverte de mai à octobre. En dehors de cette période, les conditions climatiques (neige, gel, avalanches) la rendent dangereuse ou impraticable à haute altitude. Les glissements de terrain restent fréquents même en été, et des fermetures temporaires peuvent intervenir à tout moment.

Du côté chinois, la section entre Kashgar et Tashkurgan traverse une zone de sécurité sensible. Des postes de contrôle policiers peuvent imposer des délais supplémentaires. Il est conseillé de se renseigner auprès des ambassades et des autorités locales avant d'entreprendre le voyage.

La Karakoram Highway dans la culture et l'histoire locale

Les civilisations des vallées du Karakoram

Le tracé de la KKH emprunte d'anciens itinéraires caravaniers qui faisaient partie de la Route de la Soie. Les vallées du Hunza, de Nagar et de Gilgit ont été le berceau de royaumes montagnards autonomes pendant des siècles. La vallée du Hunza, en particulier, est réputée pour la longévité exceptionnelle de ses habitants et pour ses abricots séchés, exportés aujourd'hui bien au-delà de la région.

Les populations locales appartiennent à des groupes ethniques variés, pratiquant des langues différentes : le bourusho dans le Hunza, le chitrali, le shina et le balti dans d'autres vallées. La construction de la KKH a mis en contact ces communautés isolées avec le reste du monde pour la première fois, transformant profondément leurs modes de vie et leurs économies.

Petroglyphes et sites archéologiques

Le long de la route, notamment dans la région de Chilas et de Gilgit, des milliers de petroglyphes ont été gravés dans les roches par des voyageurs, des commerçants et des pèlerins pendant des millénaires. Ces inscriptions rupestres, en grec, sogdien, brahmî, tibétain et d'autres scripts anciens, témoignent de l'intense activité humaine sur ces voies de passage depuis l'Antiquité. Certains de ces sites sont aujourd'hui classés et protégés.

Le lac Attabad, cicatrice et nouvelle attraction

En janvier 2010, un gigantesque glissement de terrain dans la vallée du Hunza a obstrué le cours du fleuve Hunza, noyant le village d'Attabad et plusieurs kilomètres de la KKH sous les eaux. Il a fallu plus de deux ans pour que les eaux atteignent leur niveau d'équilibre, formant un lac de 21 kilomètres de long aux eaux d'un bleu-vert intense, à une altitude d'environ 2 400 mètres.

Pendant plusieurs années, la portion submergée de la route a obligé les voyageurs à traverser le lac en bateau. La construction d'un tunnel de contournement, achevée en 2015 grâce aux investissements du CPEC, a rétabli la continuité de la route. Le lac est aujourd'hui devenu l'une des attractions touristiques les plus photographiées de la région.

Défis environnementaux et enjeux pour l'avenir

Instabilité géologique et changement climatique

La Karakoram Highway est l'une des routes les plus difficiles à entretenir au monde. La combinaison de la géologie active du Karakoram, région soumise à une intense activité sismique et à des mouvements tectoniques permanents, et des effets du changement climatique crée des défis croissants. La fonte accélérée des glaciers provoque des coulées de boue glaciaires (jökulhlaups) et déstabilise les pentes, augmentant la fréquence des glissements de terrain.

Selon diverses études scientifiques, le Karakoram abrite plus de 7 200 glaciers, soit la plus grande concentration de glace en dehors des régions polaires. Leur recul progressif modifie les régimes hydrologiques et accentue les risques naturels le long de la route.

L'avenir de la KKH dans le cadre du CPEC

Les investissements continus dans le cadre du CPEC visent à transformer la KKH en une véritable autoroute commerciale, capable de supporter le trafic de poids lourds transportant des marchandises entre les ports pakistanais et le marché chinois. Cela implique l'élargissement de la chaussée, la construction de nouveaux tunnels contournant les zones les plus instables, et l'installation d'équipements de surveillance des risques naturels en temps réel.

Ces transformations soulèvent également des questions environnementales et sociales : impact sur les écosystèmes fragiles d'altitude, afflux de migrants liés aux chantiers, et modifications du tissu économique et social des communautés locales.

Questions fréquentes

Quelle est l'altitude maximale de la Karakoram Highway ?

Le point le plus élevé de la Karakoram Highway est le col de Khunjerab, situé à environ 4 693 à 4 714 mètres d'altitude selon les sources. C'est le plus haut poste frontière routier asphalté entre deux pays au monde. À cette altitude, le mal des montagnes peut affecter certains voyageurs : il est recommandé de s'acclimater progressivement et de ne pas monter trop vite.

Combien de temps faut-il pour parcourir la Karakoram Highway ?

La distance totale est d'environ 1 300 kilomètres entre Kashgar et Havelian, mais les conditions de route, les contrôles frontaliers et les aléas météorologiques rendent le trajet long. En pratique, les voyageurs indépendants comptent entre 5 et 10 jours pour effectuer l'itinéraire complet en prenant le temps de s'arrêter dans les sites remarquables. Les formalités à la frontière sino-pakistanaise peuvent prendre une journée entière.

Quand la Karakoram Highway a-t-elle été construite ?

Les travaux ont débuté en 1966 sous l'impulsion commune des gouvernements pakistanais et chinois. La construction s'est achevée en 1978-1979 et la route a été inaugurée officiellement en 1979. Elle a été ouverte aux touristes étrangers en 1986, soit près de vingt ans après le début du chantier. Depuis, elle a fait l'objet de plusieurs campagnes de modernisation, notamment dans le cadre du CPEC à partir de 2015.

Pourquoi la Karakoram Highway est-elle unique ?

La KKH est unique pour plusieurs raisons : elle détient le record du plus haut col routier asphalté international (Khunjerab, 4 693 m) ; elle traverse simultanément trois des plus grands massifs montagneux du monde (Karakoram, Himalaya, Hindu Kush) ; elle a nécessité plus de douze ans de construction dans des conditions extrêmes avec un lourd tribut humain ; et elle joue aujourd'hui un rôle géostratégique de premier plan comme axe central du CPEC.

Est-il sûr de voyager sur la Karakoram Highway ?

La route comporte des risques réels liés à la géologie instable : glissements de terrain, chutes de rochers et crues subites sont fréquents, notamment après les pluies de mousson. Des tronçons peuvent être fermés sans préavis. Côté sécurité politique, la situation peut varier selon les périodes dans certaines zones du Pakistan. Il est impératif de vérifier les conseils aux voyageurs des autorités françaises sur diplomatie.gouv.fr avant de planifier un tel voyage.

Peut-on traverser la frontière Pakistan-Chine par la Karakoram Highway ?

Oui, le poste frontière de Khunjerab est ouvert aux ressortissants étrangers munis des visas nécessaires pour les deux pays. La frontière est généralement ouverte de mai à octobre. Les voyageurs doivent effectuer les formalités douanières et d'immigration à Sost (côté pakistanais) et à Tashkurgan (côté chinois). Il est conseillé de vérifier les horaires d'ouverture actuels, car ils peuvent changer selon les saisons et la situation diplomatique.

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