Territoires de l'Empire autrichien (1804-1867)
L'Empire autrichien, proclamé le 11 août 1804 par François II de Habsbourg sous le nom de François Ier d'Autriche, constituait l'un des ensembles politiques les plus complexes et les plus hétérogènes d'Europe. Pendant plus de six décennies, jusqu'à sa transformation en Autriche-Hongrie en 1867, il réunit sous un même sceptre une mosaïque de royaumes, d'archiduché, de duchés et de margraviats, peuplés de Germains, de Hongrois, de Slaves, d'Italiens et de Roumains. Comprendre quels territoires le composaient suppose de distinguer plusieurs ensembles hérités de siècles d'expansion habsbourgeoise.
Naissance de l'Empire et héritage habsbourgeois
La maison de Habsbourg accumulait depuis le XIIIe siècle un ensemble de terres en Europe centrale. Lorsque François II proclame l'Empire héréditaire d'Autriche en 1804 — anticipant la dissolution du Saint-Empire romain germanique (1806) — il entérine une réalité politique ancienne : des territoires très divers, unis par la seule personne du souverain, sans constitution commune ni administration centralisée cohérente. L'empire ainsi constitué ne forme pas un État-nation mais une monarchie composite, où chaque couronne conserve ses traditions et ses institutions propres.
Les terres héréditaires (Erblande)
Le noyau originel de la puissance habsbourgeoise était constitué par les terres héréditaires (Erblande), domaines germaniques acquis progressivement depuis 1278. Elles comprenaient :
- L'archiduché d'Autriche, divisé en Basse-Autriche (où se trouve Vienne, capitale impériale) et Haute-Autriche ;
- Le duché de Styrie, au sud-est, centré sur Graz ;
- Le duché de Carinthie, dans les Alpes méridionales ;
- Le duché de Carniole (actuelle Slovénie centrale, avec Ljubljana) ;
- Le comté princier du Tyrol et le Vorarlberg, à l'ouest ;
- Le duché de Salzbourg, rattaché définitivement en 1816 après avoir appartenu à l'archevêché du même nom.
Ces provinces germaniques formaient le cœur administratif et culturel de l'Empire. Elles bénéficiaient d'une centralisation plus poussée et alimentaient en priorité la bureaucratie et l'armée impériales.
Les terres de la couronne de Bohême
Entrées dans le giron habsbourgeois en 1526 par élection dynastique, les terres de la couronne de Bohême représentaient un ensemble distinct doté de ses propres institutions :
- Le royaume de Bohême, peuplé majoritairement de Tchèques mais avec une importante minorité allemande, centré sur Prague ;
- Le margraviat de Moravie, au sud-est de la Bohême, avec Brno comme capitale ;
- Le duché de Silésie (Haute et Basse Silésie autrichiennes), réduit à sa portion méridionale après la perte de la majeure partie de la région au profit de la Prusse lors des guerres de succession d'Autriche (1740-1748).
La Bohême jouait un rôle économique de premier plan grâce à son industrie textile et minière naissante. La question nationale tchèque y constituera un enjeu politique croissant tout au long du XIXe siècle.
Le royaume de Hongrie et ses dépendances
La Hongrie constituait de loin le territoire le plus vaste et le plus peuplé de l'Empire. Réunie aux Habsbourg en 1526 après la défaite de Mohács face aux Ottomans, puis progressivement reconquise à la fin du XVIIe siècle, elle conservait une constitution propre et une diète jalouse de ses prérogatives. Le royaume de Hongrie englobait :
- La Hongrie centrale (la plaine danubienne, Alföld), avec Pest-Buda pour capitale ;
- La Haute-Hongrie (actuelle Slovaquie), peuplée de Slovaques, de Hongrois et d'Allemands ;
- La grande-principauté de Transylvanie, administrée séparément, où coexistaient Hongrois, Sicules, Saxons et Roumains ;
- Les royaumes de Croatie et de Slavonie, liés à la Hongrie par une union personnelle depuis le XIIe siècle ;
- La Frontière militaire (Militärgrenze), bande de territoire administrée directement par Vienne à des fins défensives contre l'Empire ottoman, peuplée de colons serbes et croates.
La noblesse magyare avait arraché en 1723 la Pragmatique Sanction qui lui garantissait l'indivisibilité et l'héritage de la couronne, mais aussi ses droits particuliers. Toute tentative de centralisation excessive par Vienne se heurtait à cette résistance constitutionnelle.
La Galicie, la Bucovine et Cracovie
À la faveur des partages successifs de la Pologne, les Habsbourg acquirent des territoires slave-polonais à l'est :
- Le royaume de Galicie et de Lodomérie, obtenu lors du premier partage de la Pologne en 1772, puis agrandi en 1795. Peuplé essentiellement de Polonais et d'Ukrainiens (Ruthènes), avec Lwów (Lemberg) pour capitale, c'était l'un des territoires les plus étendus de l'Empire ;
- Le duché de Bucovine, arraché à l'Empire ottoman en 1775, incorporé à la Galicie puis érigé en province autonome en 1849 ;
- Le grand-duché de Cracovie, ancienne ville libre rattachée à l'Empire en 1846 après un soulèvement polonais.
Les territoires italiens et adriatiques
Le Congrès de Vienne (1814-1815) remodela profondément la carte de l'Empire. Les Habsbourg abandonnèrent les Pays-Bas autrichiens (actuelle Belgique) mais reçurent en compensation d'importants territoires en Italie du Nord et sur le littoral adriatique :
- Le royaume de Lombardie-Vénétie, créé en 1815, réunissant Milan et Venise sous administration autrichienne directe. Ce territoire industriellement avancé et densément peuplé fut l'enjeu principal des guerres d'indépendance italiennes ;
- Le littoral autrichien : le margraviat d'Istrie, les comtés de Gorizie et Gradisca, ainsi que la ville libre de Trieste, port principal de l'Empire sur l'Adriatique ;
- Le royaume de Dalmatie, le long de la côte adriatique orientale, avec Zara (Zadar) pour capitale.
Pertes territoriales et transformation en Autriche-Hongrie
Entre 1859 et 1866, les défaites militaires amputèrent l'Empire de ses possessions italiennes. La guerre contre la France et le Piémont-Sardaigne (1859) entraîna la perte de la Lombardie. La guerre austro-prussienne de 1866 coûta la Vénétie, rattachée au tout jeune royaume d'Italie. Ces revers militaires fragilisèrent l'Empire et rendirent inévitable une réforme de ses structures.
En 1867, le Compromis (Ausgleich) du 8 février transforma la monarchie en un double État : la Cisleithanie (les terres autrichiennes : Erblande, Bohême, Galicie, Dalmatie, littoral adriatique) et la Transleithanie (Hongrie, Croatie-Slavonie, Transylvanie). La Bosnie-Herzégovine fut annexée en 1878 et gérée conjointement. L'Empire autrichien stricto sensu cessait d'exister pour laisser place à la double monarchie d'Autriche-Hongrie, qui survécut jusqu'à sa dissolution en 1918 à l'issue de la Première Guerre mondiale.
Questions fréquentes
Quand l'Empire autrichien a-t-il été créé ?
L'Empire autrichien a été proclamé le 11 août 1804 par François II de Habsbourg, qui prit le titre de François Ier, emperor héréditaire d'Autriche. Cette décision anticipait la dissolution du Saint-Empire romain germanique, survenue en 1806.
Quels étaient les principaux territoires de l'Empire autrichien ?
L'Empire regroupait les terres héréditaires germaniques (Autriche, Styrie, Tyrol, Carinthie…), les terres de la couronne de Bohême (Bohême, Moravie, Silésie), le royaume de Hongrie et ses dépendances (Croatie, Transylvanie), la Galicie, la Bucovine, le royaume de Lombardie-Vénétie (jusqu'en 1866) et le littoral adriatique (Istrie, Trieste, Dalmatie).
Quelle est la différence entre l'Empire autrichien et l'Autriche-Hongrie ?
L'Empire autrichien (1804-1867) était une monarchie unifiée sous un seul souverain. Le Compromis (Ausgleich) de 1867 transforma cet ensemble en une double monarchie constituée de deux États distincts — l'Autriche et la Hongrie — unis par la personne de l'empereur-roi et par trois ministères communs (Affaires étrangères, Guerre, Finances communes).
Pourquoi l'Empire autrichien a-t-il perdu ses territoires italiens ?
Les défaites militaires furent décisives : la guerre contre la France napoléonienne III et le Piémont-Sardaigne en 1859 entraîna la perte de la Lombardie ; la défaite face à la Prusse lors de la guerre des Sept Semaines en 1866 coûta la Vénétie, cédée à l'Italie. Ces revers affaiblirent durablement le prestige et la cohésion interne de l'Empire.
Quels États actuels occupent les anciens territoires de l'Empire autrichien ?
Les territoires de l'Empire se répartissent aujourd'hui entre une dizaine d'États : l'Autriche, la République tchèque, la Slovaquie, la Hongrie, la Croatie, la Slovénie, la Pologne méridionale (Galicie), l'Ukraine occidentale, la Roumanie (Transylvanie), l'Italie du Nord-Est (Trentin, Trieste, Istrie) et la Bosnie-Herzégovine.
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