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Colonisation de l'Afrique : les pays européens qui ont divisé le continent

Publié 21. juillet 2025 Mis à jour 15. juin 2026

Entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle, plusieurs puissances européennes se sont partagé la quasi-totalité du continent africain, redessinant ses frontières selon leurs intérêts économiques, stratégiques et politiques. Ce processus, souvent appelé le « partage de l'Afrique » ou Scramble for Africa en anglais, a profondément reconfiguré le continent, dont les séquelles géopolitiques demeurent visibles en 2026. En 1914, seuls deux États africains conservaient leur souveraineté : l'Éthiopie et le Libéria.

Contexte : une présence européenne ancienne, une colonisation brutalement accélérée

Dès le XVe siècle, les puissances maritimes européennes — Portugal en tête — établissent des comptoirs sur les côtes africaines pour alimenter le commerce des épices, de l'or et, plus tard, des esclaves. Pendant plusieurs siècles, cette présence reste largement littorale. L'intérieur du continent, difficile d'accès, demeure peu exploré par les Européens.

La situation change radicalement à partir des années 1870. Les révolutions industrielles en Europe créent une forte demande en matières premières (caoutchouc, coton, minerais) et en nouveaux marchés d'exportation. Le nationalisme exacerbé des États européens pousse également les gouvernements à rechercher prestige et puissance à l'étranger. Les explorations de l'Africain intérieur — notamment celles de David Livingstone et Henry Morton Stanley — ouvrent la voie à une pénétration accélérée. Résultat : entre 1880 et 1900, la part du continent africain sous contrôle européen passe d'environ 10 % à plus de 90 %.

La conférence de Berlin (1884-1885) : le partage officialisé

Face aux tensions croissantes entre puissances coloniales — notamment autour du bassin du Congo —, le chancelier allemand Otto von Bismarck convoque une conférence internationale à Berlin du 15 novembre 1884 au 26 février 1885. Quatorze États y participent : Allemagne, Autriche-Hongrie, Belgique, Danemark, Empire ottoman, Espagne, France, Royaume-Uni, Italie, Pays-Bas, Portugal, Russie, Suède-Norvège, ainsi que les États-Unis en tant qu'observateur.

Aucun représentant africain n'est invité. L'Acte final de Berlin établit un « code de bonne conduite » entre puissances colonisatrices : toute prise de possession d'un nouveau territoire doit être notifiée aux autres signataires et reposer sur une occupation effective. Les grandes puissances se répartissent ainsi des « sphères d'influence » juridiquement reconnues, accélérant une conquête déjà bien engagée.

Les principales puissances colonisatrices et leurs territoires

Le Royaume-Uni

La Grande-Bretagne constitue le plus vaste empire colonial en Afrique. Sa stratégie vise notamment à établir un axe continu du nord au sud du continent, du Caire au Cap. Les territoires britanniques incluent l'Égypte (protectorat de fait dès 1882), le Soudan, la Somalie britannique, l'Ouganda, le Kenya, la Tanzanie (anciennement Tanganyika, après 1919), la Zambie, le Zimbabwe (Rhodésie), l'Afrique du Sud, le Nigeria, la Gold Coast (actuel Ghana), la Sierra Leone et la Gambie, entre autres.

La France

La France bâtit le deuxième plus grand empire colonial africain, principalement en Afrique du Nord et en Afrique subsaharienne occidentale et équatoriale. Ses possessions comprennent l'Algérie (colonie de peuplement dès 1830), la Tunisie (protectorat en 1881), le Maroc (protectorat en 1912), la Mauritanie, le Sénégal, le Mali (Soudan français), le Niger, la Haute-Volta (Burkina Faso), la Côte d'Ivoire, le Dahomey (Bénin), la Guinée, le Tchad, la République centrafricaine, le Congo, le Gabon, Madagascar et la Somalie française (actuel Djibouti).

Le Portugal

Présent en Afrique depuis le XVe siècle, le Portugal y revendique une antériorité historique. Ses colonies principales sont l'Angola (côte atlantique), le Mozambique (côte indienne), la Guinée-Bissau, le Cap-Vert, São Tomé-et-Príncipe et une partie de ce qui deviendra l'Afrique orientale portugaise. Le Portugal est l'un des derniers pays à se retirer d'Afrique, ses colonies n'accédant à l'indépendance qu'en 1974-1975 après la Révolution des Œillets.

La Belgique

La présence belge en Afrique est d'abord le fait du roi Léopold II à titre personnel. En 1885, il obtient à Berlin la reconnaissance de l'État indépendant du Congo comme propriété privée royale. Son régime y est responsable d'atrocités massives contre la population locale, documentées dès le début du XXe siècle. Sous pression internationale, l'État belge reprend le territoire en 1908, qui devient le Congo belge (actuelle République démocratique du Congo). La Belgique administre également le Rwanda et le Burundi après 1919, issus des anciennes colonies allemandes.

L'Allemagne

Arrivée tardivement dans la course coloniale, l'Allemagne constitue néanmoins un empire africain significatif dans la seconde moitié des années 1880. Ses territoires comprennent le Sud-Ouest africain (Namibie actuelle, à partir de 1883), le Kamerun (Cameroun), le Togoland (Togo) et l'Afrique orientale allemande (Tanzanie, Rwanda, Burundi). L'Allemagne perd l'ensemble de ses colonies africaines à l'issue de la Première Guerre mondiale, ces territoires étant redistribués par la Société des Nations sous forme de mandats à la France et au Royaume-Uni.

L'Italie

L'Italie, unifiée tardivement, entre également dans la compétition coloniale. Elle s'implante en Érythrée (1890), en Somalie (1889-1905) et en Libye (1911, arrachée à l'Empire ottoman). Sa tentative de coloniser l'Éthiopie est infirmée lors de la bataille d'Adoua en 1896, défaite historique face à l'armée du négus Ménélik II. Mussolini relancera une offensive contre l'Éthiopie en 1935-1936, l'occupant temporairement jusqu'en 1941.

L'Espagne

Plus modeste dans ses ambitions africaines, l'Espagne contrôle néanmoins plusieurs territoires : le Maroc espagnol (protectorat au nord), le Sahara occidental (Rio de Oro), la Guinée équatoriale et les enclaves de Ceuta et Melilla, ces dernières demeurant des territoires espagnols en 2026.

Des frontières tracées à la règle : un héritage lourd

Le partage de l'Afrique a produit des frontières quasi entièrement artificielles, tracées à Berlin ou dans les chancelleries européennes sans égard pour les réalités humaines du terrain. Près de 80 % des frontières africaines actuelles ne correspondent à aucune limite ethnique, linguistique ou culturelle préexistante. Résultat : plus de 177 groupes ethniques ont été scindés entre plusieurs États, générant des tensions identitaires et politiques durables.

Ces découpages sont à l'origine de nombreux conflits post-coloniaux : guerres civiles, sécessions, irredentismes. Les crises au Sahel, dans la région des Grands Lacs ou dans la Corne de l'Afrique trouvent en partie leur racine dans ces frontières héritées de la colonisation. Dès 1964, l'Organisation de l'unité africaine (OUA) adopte le principe d'intangibilité des frontières issues de la décolonisation pour éviter une cascade de conflits territoriaux — décision pragmatique mais qui a figé des injustices historiques.

La décolonisation s'étale de 1956 (indépendance du Maroc et de la Tunisie) aux années 1975 (colonies portugaises) et même 1990 (Namibie, ancienne colonie allemande sous tutelle sud-africaine). Aujourd'hui, la question des héritages coloniaux — restitution de biens culturels, dette coloniale, requalification mémorielle — reste un enjeu politique vif entre pays africains et européens.

Questions fréquentes

Combien de pays européens ont colonisé l'Afrique ?

Sept pays européens ont principalement colonisé l'Afrique : le Royaume-Uni, la France, le Portugal, la Belgique, l'Allemagne, l'Italie et l'Espagne. D'autres puissances comme les Pays-Bas ont eu des présences mineures ou transitoires.

Qu'est-ce que la conférence de Berlin ?

La conférence de Berlin (15 novembre 1884 – 26 février 1885) est une réunion diplomatique organisée par le chancelier allemand Bismarck, réunissant 14 États européens (plus les États-Unis) pour établir les règles du partage colonial de l'Afrique. Elle officialise la notion de « sphère d'influence » et impose une occupation effective comme condition de reconnaissance territoriale. Aucun représentant africain n'y participe.

Quels pays africains ont échappé à la colonisation européenne ?

En 1914, seuls deux États africains conservent leur indépendance : l'Éthiopie, qui inflige une défaite militaire à l'Italie à Adoua en 1896 (bien qu'occupée brièvement de 1936 à 1941), et le Libéria, fondé en 1847 sous influence américaine.

Pourquoi les frontières africaines sont-elles dites « artificielles » ?

Parce qu'elles ont été tracées par les puissances coloniales européennes sans tenir compte des groupes ethniques, linguistiques ou culturels présents sur le terrain. Environ 80 % des frontières africaines actuelles ne correspondent à aucune réalité humaine préexistante, ce qui a fragmenté des peuples entiers entre plusieurs États et constitue l'une des sources profondes des conflits africains contemporains.

Quand l'Afrique a-t-elle été décolonisée ?

La décolonisation s'échelonne principalement entre 1956 et 1975 : la grande vague d'indépendances a lieu autour de 1960 (dite « l'année de l'Afrique »), les colonies portugaises accèdent à l'indépendance en 1974-1975, et la Namibie, dernière colonie de facto, devient indépendante en 1990.

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