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Traités entre Amérindiens et colons : les accords fondateurs

Publié 9. décembre 2024 Mis à jour 15. juin 2026

Quels étaient les principaux traités entre Indiens et colons ?

Entre le XVIIe siècle et la fin du XIXe siècle, les puissances coloniales européennes puis le gouvernement américain ont conclu plusieurs centaines de traités avec les nations autochtones d'Amérique du Nord. Ces accords portaient sur la cession de terres, les droits de passage, les alliances militaires ou les limites de peuplement. Si certains furent négociés de bonne foi, la quasi-totalité d'entre eux furent finalement violés par les autorités coloniales ou fédérales. L'historien américain Howard Zinn a résumé la situation en rappelant que les États-Unis ont signé plus de quatre cents traités avec les Amérindiens — et les ont tous rompus, sans exception.

Les traités coloniaux des origines (XVIIe–XVIIIe siècle)

Dès les premières décennies de la colonisation européenne, les rapports entre colons et nations autochtones donnèrent lieu à des accords formels. Ces traités s'inscrivaient dans des traditions diplomatiques de part et d'autre : les Amérindiens avaient leurs propres pratiques d'alliance et d'échange, que les Européens adoptèrent partiellement.

Le traité de Penn avec les Lenapes (vers 1682)

William Penn, fondateur de la Pennsylvanie, conclut avec les Lenapes (Delawares) ce que l'histoire a retenu comme l'un des rares accords coloniaux respectueux. Penn reconnaissait la souveraineté des nations locales sur leurs terres et prévoyait un paiement équitable pour toute acquisition foncière. Cet accord, célébré comme un modèle de coexistence, ne survécut toutefois pas longtemps aux pressions migratoires croissantes.

Le traité de Lancaster (1744)

Conclu entre la Couronne britannique et la Confédération iroquoise (les Six Nations), ce traité illustre la complexité des alliances coloniales. Les Iroquois cédèrent certains droits territoriaux sur des terres de l'Ohio en échange de marchandises et de la confirmation de leur alliance avec les Britanniques contre la France. Il s'inscrit dans un réseau de diplomatie stratégique où les nations autochtones tentaient de préserver leur autonomie en jouant les puissances européennes l'une contre l'autre.

La Proclamation royale de 1763

À l'issue de la guerre de Sept Ans, le roi George III promulgua le 7 octobre 1763 la Proclamation royale, qui établissait une ligne de démarcation à l'ouest des Appalaches interdite à la colonisation. Cette décision reconnaissait implicitement les droits territoriaux des nations autochtones et posait que toute acquisition de leurs terres devait passer par des traités formels conclus en présence des chefs des nations concernées. Ce texte fondateur est encore aujourd'hui mentionné dans la Constitution canadienne de 1982 et continue d'avoir une portée juridique au Canada.

Les traités de la jeune République américaine (1784–1820)

Après l'indépendance des États-Unis, la nouvelle République s'empressa de signer des traités pour légaliser l'expansion vers l'ouest, souvent en traitant les nations autochtones comme des puissances vaincues — sans que celles-ci n'aient pourtant participé au conflit en tant qu'ennemies des Américains.

Le second traité de Fort Stanwix (1784)

Imposé aux Six Nations iroquoises peu après la guerre d'Indépendance, ce traité contraignit les nations Shawnees, Oneidas et autres à céder l'essentiel de leurs terres situées à l'est et au sud de la rivière Ohio. Il représente l'un des premiers actes par lesquels les États-Unis appliquèrent une logique de punition collective aux nations autochtones, même à celles qui avaient soutenu les colons américains.

Le traité de Greenville (1795)

Signé le 3 août 1795 après la bataille de Fallen Timbers, ce traité mit fin à plusieurs années de conflits dans la région des Grands Lacs. Little Turtle et les représentants de douze nations — Wyandots, Delawares, Shawnees, Ottawas, Ojibwés, Potawatomis, Miamis, entre autres — cédèrent leurs droits sur la majeure partie de l'Ohio et une partie de l'Indiana. En échange, ils reçurent des marchandises et une rente annuelle. Le traité de Greenville ouvrit définitivement la voie à la colonisation de l'Ouest.

L'ère du déplacement forcé (1830–1850)

La politique américaine prit un tournant radical sous la présidence d'Andrew Jackson, avec l'adoption de l'Indian Removal Act en mai 1830. Cette loi n'était pas un traité, mais elle autorisa le gouvernement fédéral à négocier — sous la contrainte — des accords de cession territoriale en échange de terres à l'ouest du Mississippi.

Le traité de New Echota (1835)

Parmi les accords de cette période, le traité de New Echota est l'un des plus tristement célèbres. Il fut signé par une minorité de dirigeants cherokees, sans mandat de la Nation Cherokee dans son ensemble ni de son chef élu John Ross. Le traité stipulait la cession de toutes les terres cherokees dans le Sud-Est en échange de terres en territoire indien (actuel Oklahoma). Le gouvernement américain s'en servit néanmoins comme base légale pour expulser de force la totalité de la nation Cherokee en 1838-1839. Cette déportation, connue sous le nom de Trail of Tears (Piste des larmes), fit entre 3 000 et 4 000 morts parmi les quelque 15 000 Cherokees déplacés.

Les traités des Grandes Plaines (1851–1868)

L'expansion vers l'ouest après la conquête du territoire mexicain et la ruée vers l'or en Californie poussa le gouvernement fédéral à sécuriser les routes migratoires traversant les terres des nations des Plaines.

Le traité de Fort Laramie (1851)

Signé le 17 septembre 1851, ce premier traité de Fort Laramie rassembla des représentants des Cheyennes, Sioux (Lakotas), Arapahos, Crows, Assiniboines, Mandans, Hidatsas et Arikaras. En échange d'une rente annuelle de 50 000 dollars pour cinquante ans, les nations autochtones garantissaient la libre circulation des colons sur la piste de l'Oregon et acceptaient la construction de routes et de forts dans leurs territoires. Ce traité délimitait également les zones de chasse de chaque nation — une façon pour le gouvernement américain de fixer par écrit des frontières que ces nations nomades ne reconnaissaient pas nécessairement.

Le traité de Fort Laramie (1868)

Le second traité de Fort Laramie, signé le 29 avril 1868, est l'un des plus importants de l'histoire américaine. Il reconnaissait les Black Hills (collines noires du Dakota du Sud) comme territoire exclusif de la Grande Réservation Sioux et prévoyait le retrait des forts américains de la région de Powder River. Le gouvernement américain s'engageait également à ne pas permettre la colonisation de ces terres sans le consentement des Sioux. Ce traité fut rompu dès 1874, lorsque le général Custer confirma la présence d'or dans les Black Hills, déclenchant la guerre des Black Hills et, finalement, le massacre de Wounded Knee en 1890.

Le bilan : un système fondé sur la rupture

Sur les quelque 400 à 500 traités conclus entre les États-Unis et les nations autochtones entre 1778 et 1871 — date à laquelle le Congrès mit fin au système des traités par une loi fédérale — aucun ne fut pleinement respecté sur le long terme. Les motifs de rupture étaient récurrents : découverte de ressources précieuses (or, terres agricoles), pression démographique des flux migratoires, révision unilatérale des termes par le Congrès ou l'exécutif, ou simple non-respect des engagements d'annuités. Au Canada, la situation suivit une logique comparable, avec les traités numérotés conclus entre 1871 et 1921 qui dépossédèrent les nations des Prairies de leurs terres.

Ces traités demeurent aujourd'hui des documents juridiques vivants. Depuis les années 1970, plusieurs nations autochtones ont engagé des procédures judiciaires fondées sur leur non-respect, parfois avec succès. En 2020, la Cour suprême des États-Unis a reconnu dans l'arrêt McGirt v. Oklahoma que la majeure partie de l'est de l'Oklahoma constituait toujours une réserve indienne en vertu d'un traité de 1833 — une décision historique illustrant la permanence juridique de ces accords.

Questions fréquentes

Combien de traités les États-Unis ont-ils signés avec les nations autochtones ?

Le gouvernement américain a conclu entre 400 et 500 traités formels avec les nations autochtones entre 1778 et 1871, date à laquelle le Congrès américain mit fin au régime des traités. Aucun de ces traités ne fut intégralement respecté sur le long terme.

Quel est le traité le plus connu entre les Sioux et le gouvernement américain ?

Le traité de Fort Laramie de 1868 est le plus célèbre. Il garantissait aux Lakotas (Sioux) la souveraineté exclusive sur les Black Hills. Il fut violé dès 1874 après la découverte d'or, ce qui déclencha la guerre des Black Hills et aboutit à la bataille de Little Bighorn (1876).

Qu'est-ce que la Piste des larmes ?

La Piste des larmes (Trail of Tears) désigne la déportation forcée de la nation Cherokee entre 1838 et 1839, consécutive au traité de New Echota (1835). Environ 15 000 Cherokees furent expulsés de leurs terres du Sud-Est vers l'Oklahoma. Entre 3 000 et 4 000 d'entre eux moururent durant le trajet.

Les traités entre Amérindiens et colons ont-ils encore une valeur juridique aujourd'hui ?

Oui. Ces traités sont considérés comme la loi suprême des États-Unis selon la Constitution américaine. En 2020, la Cour suprême des États-Unis a confirmé dans l'arrêt McGirt v. Oklahoma que des traités du XIXe siècle continuaient de définir les frontières de la juridiction tribale, produisant des effets juridiques concrets.

Pourquoi les nations autochtones signaient-elles ces traités malgré les abus ?

Les nations autochtones négociaient ces traités pour tenter de préserver une partie de leurs terres, de leurs droits de chasse et de leur autonomie face à une pression coloniale croissante. Beaucoup furent signés sous la contrainte directe ou après une défaite militaire. Certains dirigeants autochtones espéraient aussi que la formalisation écrite d'un accord obligerait les autorités coloniales à le respecter.

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