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Villes algériennes fondées par les Phéniciens

Publié 3. septembre 2025 Mis à jour 15. juin 2026

Quelle ville algérienne ont fondée les Phéniciens ?

Avant que Rome ne domine la Méditerranée et bien avant que les Arabes n'islamisant le Maghreb, un peuple de marins et de marchands venus de l'actuel Liban avait déjà tissé un réseau de comptoirs tout au long du littoral nord-africain. Les Phéniciens, navigateurs hors pair originaires des cités côtières de Tyr, Sidon et Byblos, ont fondé ou établi les premiers noyaux de nombreuses villes algériennes à partir du XIIe siècle avant notre ère. Ces implantations commerciales, transformées en centres urbains florissants à l'époque punique puis romaine, constituent le substrat le plus ancien de plusieurs grandes métropoles algériennes contemporaines.

Les Phéniciens en Afrique du Nord : une présence commerciale

La présence phénicienne en Afrique du Nord s'inscrit dans un mouvement d'expansion maritime qui conduisit ces marchands à sillonner toute la Méditerranée à partir du IIe millénaire avant J.-C. Leur objectif n'était pas la conquête territoriale mais l'établissement de comptoirs destinés à faciliter les échanges : métaux, textiles teints en pourpre, verreries, cédèdres et denrées agricoles. Les côtes algériennes, semées de hauts-fonds et de récifs, nécessitaient des relais réguliers pour la navigation. Les Phéniciens, puis leurs héritiers carthaginois, installèrent ainsi des escales tous les 30 à 40 kilomètres le long du rivage — soit environ une journée de navigation —, avec l'accord des populations berbères locales, les Numides et les Maures.

Ces établissements n'étaient pas de simples bivouacs. Dotés d'entrepôts, de sanctuaires et parfois de nécropoles, ils devinrent progressivement des agglomérations permanentes. Après le déclin des cités-mères phéniciennes du Levant, Carthage — elle-même fondation phénicienne de Tyr, établie en 814 avant J.-C. sur le site de l'actuelle Tunisie — reprit à son compte ce réseau et l'amplifia sous la forme de la civilisation punique.

Les principales villes algériennes d'origine phénicienne

Annaba (ancienne Hippone)

L'actuelle ville d'Annaba, dans le nord-est de l'Algérie, repose sur les ruines d'Hippo Regius, dont le site recélait un comptoir phénicien dès le XIIe siècle avant J.-C. La cité devint ensuite un prospère établissement punique allié à Carthage, avant de devenir sous les Numides la « résidence royale » (sens de Hippo Regius en latin) du roi Massinissa au IIIe siècle avant J.-C. Puis Rome en fit l'une des grandes cités d'Afrique. Le site archéologique d'Hippone, encore visible aujourd'hui, livre des forums, des thermes et des mosaïques d'une remarquable qualité. Saint Augustin y fut évêque de 395 jusqu'à sa mort en 430.

Cherchell (ancienne Iol)

Cherchell, sur la côte ouest d'Alger, est l'une des fondations phéniciennes les mieux documentées d'Algérie. Elle fut établie vers 600 avant J.-C. comme comptoir commercial phénicien sous le nom d'Iol, terme punique signifiant vraisemblablement « île ». La cité connut son apogée à l'époque romano-berbère sous Juba II et Cléopâtre Séléné, qui en firent la capitale de la Maurétanie Césarienne. Ses musées conservent aujourd'hui d'exceptionnelles collections de sculptures antiques.

Tipasa

Le nom même de Tipasa serait d'origine phénicienne et signifierait « lieu de passage », attestant d'une vocation commerciale originelle. Les études archéologiques des nécropoles suggèrent une présence phénicienne dès le VIe siècle avant J.-C. et une occupation plus permanente vers la fin du IIIe siècle avant J.-C. Classé au patrimoine mondial de l'UNESCO, le site archéologique de Tipasa conserve des vestiges exceptionnels des périodes phénicienne, punique, numide et romaine superposées.

Jijel (ancienne Igilgili)

L'ancienne Igilgili, aujourd'hui Jijel, fut un port carthaginois au nom résolument phénicien. Son étymologie suggère « île entourée de récifs » ou « forme de crâne », décrivant peut-être la configuration géographique du promontoire. Ce comptoir servait de relais entre les colonies puniques de l'est et de l'ouest de l'actuelle Algérie.

Skikda (ancienne Rusicade)

Skikda porta pendant l'Antiquité le nom de Rusicade, terme d'origine sémitique. Cette étymologie phénico-punique confirme l'ancienneté de la présence phénicienne sur ce site côtier à l'est de l'Algérie. À l'époque romaine, Rusicade fut érigée en colonie et reliée à Cirta par une voie stratégique.

Béjaïa, Dellys, Collo et Ténès

D'autres villes côtières — Béjaïa (ancienne Saldae), Dellys (Rusuccuru), Collo et Ténès — figurent dans la liste des escales phéniciennes puis puniques jalonnant la côte algérienne. Ces bourgades portuaires, moins fouillées que leurs voisines, ont néanmoins conservé des traces archéologiques attestant leur rôle de comptoirs dans le réseau phénicien.

Alger (ancienne Icosim)

Le site de l'actuelle Alger fut occupé sous le nom d'Icosim (ou Ikosim), qui pourrait signifier « île des mouettes » en phénicien. Des monnaies puniques retrouvées sur place confirment l'existence d'un établissement phénicien et punique avant que Rome n'y installe une colonie. La fondation phénicienne d'Icosim constitue ainsi l'acte de naissance de la future capitale algérienne.

Un cas à part : Cirta (Constantine)

Constantine, connue dans l'Antiquité sous le nom de Cirta, occupe une place particulière dans ce tableau. Son nom dériverait du terme sémitique Qirta signifiant « ville » ou « cité », un radical phénicien que l'on retrouve dans le nom de Carthage elle-même (Qart Hadasht, « ville nouvelle »). Des stèles puniques, dont près d'un millier ont été exhumées sur le site d'El Hofra et sont aujourd'hui conservées au musée Cirta et au Louvre, attestent l'existence d'une colonie phénicienne significative. Cirta devint ensuite la capitale du royaume numide sous Massinissa, puis une grande cité romaine.

L'héritage de la présence phénicienne

Les fondations phéniciennes en Algérie ne sont pas de simples curiosités archéologiques. Elles ont façonné la géographie urbaine du pays : les sites portuaires choisis avec soin par les navigateurs phéniciens — pour leurs rades abritées, leurs sources d'eau douce, leur proximité avec les routes caravanières berbères — sont précisément ceux qui sont restés habités sans interruption jusqu'à nos jours. La plupart des grandes villes côtières algériennes reposent ainsi sur un substrat phénicien ou punique. L'archéologie continue de révéler l'ampleur de cette présence : céramiques importées du Levant, bijoux en or, monnaies, sarcophages anthropoïdes et autels sacrificiels ont été mis au jour sur de nombreux sites.

Contrairement à une idée parfois répandue, les Phéniciens n'ont pas colonisé l'Algérie au sens d'une domination politique ou militaire. Leur implantation reposait sur des accords avec les chefs berbères locaux et une intégration progressive dans les réseaux d'échange régionaux. Cet héritage mêlé — phénicien, berbère, puis punique, numide et romain — est ce qui confère à l'Algérie antique sa richesse et sa complexité singulières.

Questions fréquentes

Quelle est la ville algérienne la plus anciennement fondée par les Phéniciens ?

Annaba (ancienne Hippone) est l'une des plus anciennement attestées, avec un comptoir phénicien documenté dès le XIIe siècle avant J.-C. Cherchell (ancienne Iol) et Tipasa sont également parmi les fondations phéniciennes les mieux établies archéologiquement.

Quelle est la différence entre une ville « phénicienne » et une ville « punique » en Algérie ?

Les Phéniciens désignent les habitants des cités côtières du Levant (Tyr, Sidon, Byblos). « Punique » qualifie la civilisation issue de Carthage, elle-même colonie phénicienne. En pratique, les comptoirs fondés par les Phéniciens furent souvent repris et développés par les Carthaginois ; la distinction est donc en partie chronologique : phénicien pour les fondations les plus anciennes, punique pour la période allant du VIIIe siècle av. J.-C. à la destruction de Carthage en 146 av. J.-C.

Alger a-t-elle été fondée par les Phéniciens ?

Oui. Le site d'Alger était occupé dans l'Antiquité sous le nom d'Icosim, terme d'origine phénicienne. Des monnaies puniques découvertes sur place confirment une présence phénicienne puis punique avant la fondation de la colonie romaine.

Pourquoi les Phéniciens ont-ils choisi ces sites en Algérie ?

Les Phéniciens recherchaient des sites portuaires abrités, proches de sources d'eau douce et situés à environ une journée de navigation (30 à 40 km) les uns des autres. Ces critères pratiques ont déterminé l'emplacement de leurs comptoirs, et ces mêmes avantages naturels expliquent que ces sites soient restés habités sans interruption jusqu'à l'époque contemporaine.

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