Révolution d'octobre 1917 : causes, déroulement et impact sur la guerre
La Révolution d'octobre 1917 est l'un des événements les plus déterminants du XXe siècle. Survenue dans un Empire russe exsangue après trois années de Première Guerre mondiale, elle porta les bolcheviks de Lénine au pouvoir et transforma radicalement le conflit mondial : la Russie, deuxième puissance de l'Entente, quitta la guerre au prix de concessions territoriales colossales. Son retrait remodela durablement l'équilibre des forces en Europe et précipita une série d'événements qui marquèrent la fin du conflit en novembre 1918.
Contexte : la guerre comme creuset de la révolution
La Russie impériale entra en guerre en août 1914 avec une armée nombreuse mais mal équipée, une logistique défaillante et une économie insuffisamment industrialisée. Entre 1914 et 1917, environ deux millions de soldats russes périrent au combat, et plusieurs millions furent blessés ou faits prisonniers. La crise des obus de 1915, la désorganisation du réseau ferroviaire et les pénuries alimentaires dans les villes creusèrent un mécontentement profond, touchant aussi bien les ouvriers que les paysans mobilisés.
La révolution de Février 1917 renversa le tsar Nicolas II et instaura un gouvernement provisoire qui, sous l'influence de ministres libéraux et socialistes modérés, choisit de poursuivre la guerre aux côtés des Alliés occidentaux. Cette décision fut fatale : l'offensive de l'été 1917 (dite offensive Kerenski) se solda par un désastre militaire et accéléra la désintégration de l'armée. Les conditions étaient réunies pour une deuxième révolution.
Le coup d'État bolchevik et le décret sur la paix
Dans la nuit du 25 au 26 octobre 1917 selon le calendrier julien (7 novembre selon le calendrier grégorien), les bolcheviks s'emparèrent du pouvoir à Petrograd en prenant d'assaut le Palais d'Hiver et en renversant le gouvernement provisoire. Ce coup d'État, préparé par Léon Trotski à la tête du Comité militaire révolutionnaire, fut baptisé Révolution d'octobre.
Dès le lendemain, le gouvernement soviétique publia le Décret sur la paix, proposant à toutes les nations belligérantes une négociation immédiate en vue d'une paix « juste et démocratique », sans annexions ni indemnités. Ce texte répondait directement au slogan bolchevik qui avait séduit les masses : Paix, Pain, Terre. La promesse de sortir la Russie de la guerre constituait l'engagement politique central de Lénine depuis son retour en Russie en avril 1917.
L'armistice de décembre 1917
Les gouvernements alliés (France, Royaume-Uni, États-Unis) refusèrent toute réponse au Décret sur la paix. Les bolcheviks se tournèrent alors exclusivement vers les Puissances centrales. Un armistice fut signé le 5 décembre 1917, entrant en vigueur le 15 décembre 1917, suspendant les hostilités sur le front de l'Est pour une durée initiale de deux mois. Les négociations de paix s'ouvrirent le 22 décembre à Brest-Litovsk, ville garnison de l'actuelle Biélorussie.
Les discussions furent âpres. La délégation allemande, conduite par le général Max Hoffmann, imposa des conditions d'une sévérité extrême que Trotski, chef de la délégation soviétique, tenta d'esquiver par une tactique déclarée ni guerre ni paix : la Russie refusait de signer mais déclarait également la fin des hostilités. L'Allemagne reprit alors son avance militaire en février 1918, contraignant les soviets à accepter des termes encore plus durs.
Le traité de Brest-Litovsk (3 mars 1918)
Le traité de Brest-Litovsk fut signé le 3 mars 1918 entre la Russie soviétique d'un côté, l'Allemagne, l'Autriche-Hongrie, la Bulgarie et l'Empire ottoman de l'autre. Il constitue l'une des paix les plus sévères de l'histoire moderne.
La Russie dut céder ou reconnaître l'indépendance de vastes territoires :
- La Pologne et la Lituanie, placées sous contrôle allemand
- Les pays baltes (Estonie, Livonie, Lettonie), occupés par l'Allemagne
- La Finlande, dont l'indépendance fut reconnue
- L'Ukraine, érigée en État indépendant sous tutelle allemande
- Une partie du Caucase cédée à l'Empire ottoman
Au total, la Russie perdit environ un million de kilomètres carrés, représentant 34 % de la population de l'ancien empire, 54 % de ses terres industrielles, 89 % de ses gisements de charbon et 26 % de son réseau ferroviaire. Elle s'engageait en outre à verser une indemnité de guerre équivalant à 94 tonnes d'or et à démobiliser l'Armée rouge. Ce traité fut ratifié par le Congrès des soviets malgré l'opposition d'une partie des bolcheviks, qui y voyaient une capitulation humiliante.
Conséquences immédiates sur le déroulement de la guerre
La sortie de la Russie semblait offrir à l'Allemagne une opportunité stratégique décisive : libérée du front de l'Est, elle pouvait désormais concentrer ses forces à l'Ouest avant que les États-Unis, entrés en guerre en avril 1917, ne déploient massivement leurs soldats en France. Le haut commandement allemand lança en mars 1918 la grande offensive de printemps (Kaiserschlacht), une série d'attaques foudroyantes qui enfoncèrent les lignes alliées dans la Somme et menacèrent un moment Paris.
Cependant, les avantages escomptés furent largement annulés par les contraintes de l'occupation. L'Allemagne dut maintenir plus d'un million de soldats dans les vastes territoires conquis à l'Est — Pologne, Ukraine, pays baltes — pour en assurer le contrôle. Les espoirs d'exploiter les ressources céréalières ukrainiennes restèrent vains face à la résistance des populations locales. La cavalerie, indispensable pour exploiter les percées à l'Ouest, demeura immobilisée sur le front oriental. Résultat : l'offensive de printemps s'épuisa sans résultat décisif. La seconde bataille de la Marne (juillet-août 1918) stoppa l'avance allemande, et la contre-offensive alliée, appuyée par des divisions américaines fraîches, aboutit à l'armistice du 11 novembre 1918.
Conséquences politiques et géopolitiques à long terme
Le traité de Brest-Litovsk fut annulé de facto par l'armistice du 11 novembre 1918, qui obligeait l'Allemagne à évacuer tous les territoires occupés à l'Est. Les nouvelles frontières furent redessinées lors des traités de paix de 1919-1920 (traité de Versailles, traité de Saint-Germain, traité de Sèvres), créant une série d'États indépendants en Europe centrale et orientale.
En Russie, la révolution d'Octobre déboucha sur une guerre civile (1918-1922) opposant l'Armée rouge bolchevik aux armées blanches soutenues par les puissances occidentales et le Japon. Au terme de ce conflit, les bolcheviks fondèrent l'Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) en 1922. La révolution d'Octobre servit également de modèle et de source d'inspiration pour les mouvements révolutionnaires en Allemagne, en Hongrie et dans d'autres pays européens en 1918-1919, contribuant à l'instabilité politique de l'immédiat après-guerre.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que la Révolution d'octobre 1917 ?
La Révolution d'octobre est le coup d'État bolchevik qui renversa le gouvernement provisoire russe dans la nuit du 25 au 26 octobre 1917 (7 novembre selon le calendrier grégorien). Conduit par Lénine et Trotski, il porta au pouvoir le Parti bolchevik et instaura le premier régime soviétique, précédant la fondation de l'URSS en 1922.
Pourquoi la Russie a-t-elle quitté la Première Guerre mondiale après la révolution ?
Les bolcheviks avaient promis la paix immédiate comme condition centrale de leur programme politique. L'armée russe était en voie de désintégration et les soldats, épuisés, refusaient massivement de combattre. Dès le lendemain de la révolution, le Décret sur la paix appelait à des négociations. La Russie signa l'armistice du 15 décembre 1917 et le traité de Brest-Litovsk le 3 mars 1918, formalisant sa sortie du conflit.
Quelles terres la Russie a-t-elle perdues avec le traité de Brest-Litovsk ?
La Russie céda environ un million de kilomètres carrés : la Pologne, la Lituanie, les pays baltes (Estonie, Livonie, Lettonie), la Finlande, l'Ukraine et une partie du Caucase. Ces territoires représentaient environ 34 % de la population de l'empire, 54 % de l'industrie et 89 % des réserves de charbon. Le traité fut annulé après la défaite allemande en novembre 1918.
La sortie de la Russie a-t-elle aidé l'Allemagne à gagner la guerre ?
Non. Bien que la fin du front de l'Est permit à l'Allemagne de lancer l'offensive de printemps 1918, elle dut mobiliser plus d'un million de soldats pour occuper les territoires conquis à l'Est, privant le front occidental de renforts décisifs. L'entrée en guerre massive des États-Unis compensa la perte de la Russie pour les Alliés, et l'Allemagne capitula en novembre 1918.
Quel est le lien entre la guerre et les causes de la Révolution d'octobre ?
La Première Guerre mondiale est l'un des principaux facteurs déclenchants de la révolution. Les défaites militaires à répétition, les millions de morts, les pénuries alimentaires et l'effondrement économique discréditèrent d'abord le régime tsariste, puis le gouvernement provisoire issu de la révolution de Février qui persistait à vouloir poursuivre la guerre. C'est précisément sur la lassitude de guerre que les bolcheviks construisirent leur popularité.