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Khartoum : capitale du Soudan, histoire et géographie

Publié 22. mai 2026 Mis à jour 15. juin 2026

Khartoum : capitale du Soudan, histoire et géographie

Khartoum est la capitale officielle du Soudan, une mégapole née à la confluence du Nil Blanc et du Nil Bleu. Fondée au début du XIXe siècle par les forces ottomano-égyptiennes, la ville a traversé conquêtes, révoltes et reconstructions pour devenir le centre politique, économique et culturel du pays. Avec une agglomération dépassant les sept millions d'habitants selon les dernières données disponibles, Khartoum reste le cœur battant du Soudan, même si elle est aujourd'hui profondément meurtrie par le conflit armé qui dure depuis avril 2023.

Origines et fondation de Khartoum

La création de Khartoum remonte à 1821, lorsque les forces d'Ismaïl Kamil Pacha, fils du souverain égyptien Muhammad Ali Pacha, établissent un campement militaire à environ 24 kilomètres au nord de l'ancienne cité de Soba. Le site est choisi avec soin : la convergence des deux branches du Nil offre à la fois des ressources en eau, une protection naturelle et un carrefour commercial stratégique.

Dès 1823, l'Égypte déplace le siège de son administration coloniale depuis Wad Madani vers Khartoum, qui prend rapidement de l'importance. Des marchands, des soldats et des administrateurs affluent, traçant les premières rues et construisant les premiers édifices en briques crues.

Le nom de la ville

L'étymologie du nom "Khartoum" fait l'objet de plusieurs interprétations. La plus répandue fait dériver le mot de l'arabe "khurtum", qui signifie "trompe d'éléphant", une référence à la forme de la langue de terre formée par la confluence des deux Nils. D'autres linguistes suggèrent une origine différente liée aux premières installations de pêcheurs locaux. Quelle que soit son origine exacte, le nom évoque durablement la géographie particulière du site.

L'ère turco-égyptienne et l'essor de la ville

Sous la domination turco-égyptienne, Khartoum se structure rapidement. Un réseau de rues quadrillées, des casernes, un marché central et des consulats étrangers s'installent. La ville devient un point névralgique du commerce de l'ivoire et, tragiquement, un nœud du commerce des esclaves, qui sera progressivement combattu sous la pression des puissances européennes au cours du XIXe siècle.

Au milieu du XIXe siècle, la population atteint plusieurs dizaines de milliers d'habitants. Des marchands européens et du Levant y élisent domicile. Charles Gordon, officier britannique nommé gouverneur général du Soudan en 1877, s'efforce de moderniser l'administration et de lutter contre le commerce des esclaves.

La chute de Khartoum sous les Mahdistes

En 1881, Muhammad Ahmad ibn Abd Allah se proclame Mahdi, "guide divin", et lance un mouvement de révolte contre la domination étrangère. Ses forces assiègent Khartoum à partir de mars 1884. Après des mois de résistance, la ville tombe le 26 janvier 1885 : le général Gordon est tué lors de l'assaut, un événement qui frappe l'opinion britannique. Les Mahdistes s'emparent de la ville et font d'Omdurman, sur la rive opposée du Nil, leur nouvelle capitale.

Khartoum est alors largement abandonnée et ses bâtiments pillés. La ville reste dans cet état jusqu'à la reconquête anglo-égyptienne de 1898.

La reconquête de 1898 et le Soudan anglo-égyptien

La bataille d'Omdurman, le 2 septembre 1898, met fin à la domination mahdiste. Le général Herbert Kitchener, à la tête des forces britanniques et égyptiennes, écrase l'armée du successeur du Mahdi. Khartoum est reconstituée et Kitchener devient gouverneur général du Soudan Anglo-Égyptien.

Kitchener entreprend une reconstruction complète de la ville selon un plan urbain audacieux, dont les principales artères sont disposées en forme de croix de Saint-Georges ou, selon certaines sources, en référence à l'Union Jack. Des quartiers résidentiels, des jardins et des édifices administratifs de style colonial émergent rapidement.

Un double pouvoir colonial

Le régime du condominium anglo-égyptien, officialisé en 1899, instaure une cogestion théorique entre la Grande-Bretagne et l'Égypte, mais dans les faits la domination britannique est prépondérante. Ce système hybride suscite des tensions croissantes, attisées par la montée des nationalismes soudanais et égyptien au cours de la première moitié du XXe siècle.

L'indépendance et Khartoum capitale nationale

Le 1er janvier 1956, le Soudan proclame son indépendance, devenant le premier pays d'Afrique subsaharienne à accéder à la souveraineté après la Seconde Guerre mondiale. Khartoum est naturellement désignée capitale de la nouvelle République du Soudan.

Dès lors, la ville connaît une croissance urbaine rapide, alimentée par les migrations internes, notamment en provenance du Darfour et des régions méridionales touchées par les guerres civiles successives. Des quartiers périphériques se multiplient, souvent sans planification suffisante, créant de profonds contrastes sociaux entre les zones résidentielles aisées du centre et les camps de déplacés en périphérie.

Khartoum sous les régimes successifs

Après l'indépendance, le Soudan traverse une série de coups d'État militaires. Le général Ibrahim Abboud prend le pouvoir en 1958, puis Jaafar Nimeyri dirige le pays de 1969 à 1985. Le régime d'Omar el-Béchir, arrivé au pouvoir en 1989, marque une période particulièrement sombre, avec l'instauration de la charia, les conflits au Darfour et l'inculpation du président par la Cour pénale internationale en 2009 pour génocide et crimes contre l'humanité. El-Béchir est finalement renversé en avril 2019 lors d'un soulèvement populaire.

Géographie et organisation urbaine

Khartoum occupe une position géographique unique en Afrique : elle se trouve exactement à la jonction du Nil Blanc, venant du sud depuis le lac Victoria en Ouganda, et du Nil Bleu, descendant de l'ouest depuis le lac Tana en Éthiopie. Cette confluence forme une péninsule triangulaire sur laquelle s'est développé le noyau historique de la ville.

Le Grand Khartoum est en réalité une métropole tripartite composée de trois entités distinctes reliées par des ponts :

  • Khartoum : le centre administratif et diplomatique, siège des ministères et des ambassades.
  • Khartoum-Nord (Bahri) : la zone industrielle et commerciale, sur la rive nord du Nil Bleu.
  • Omdurman : la plus grande ville du Soudan par la population, riche en histoire et en marchés traditionnels, considérée comme la capitale culturelle du pays.

Selon les dernières estimations disponibles, l'agglomération du Grand Khartoum comptait environ 7,1 millions d'habitants avant le conflit de 2023, ce qui en faisait l'une des plus grandes métropoles d'Afrique de l'Est.

Le climat et l'environnement

Khartoum est l'une des villes les plus chaudes du monde. Elle présente un climat désertique, avec des étés torrides où les températures peuvent dépasser 45 °C et des hivers secs et doux. La saison des pluies, courte et irrégulière, va de juillet à septembre. La ville est régulièrement frappée par des haboobs, ces tempêtes de sable spectaculaires qui réduisent la visibilité à quelques mètres en quelques minutes.

Khartoum au XXIe siècle : entre développement et crise

Au début des années 2000, la manne pétrolière provenant du sud du pays permet à Khartoum de financer d'importants chantiers de construction : ponts, autoroutes, immeubles de bureaux et hôtels internationaux transforment le paysage urbain. L'aéroport international de Khartoum est modernisé, et la ville cherche à s'imposer comme un hub régional.

La sécession du Soudan du Sud en 2011, suite à un référendum, prive toutefois le Soudan d'une grande partie de ses revenus pétroliers, provoquant une crise économique sévère. L'inflation, le chômage et la pauvreté s'aggravent, alimentant les tensions sociales qui culmineront en 2018-2019 avec la révolution qui renverse el-Béchir.

Le conflit de 2023 et ses conséquences pour la capitale

Le 15 avril 2023, des combats éclatent à Khartoum entre les Forces armées soudanaises (SAF) et les Forces de soutien rapide (RSF), une milice paramilitaire. La capitale devient un champ de bataille : hôpitaux, musées, universités et quartiers résidentiels sont dévastés. Des millions de civils fuient la ville. Selon l'ONU, la crise humanitaire qui en résulte est l'une des plus graves au monde, avec plus de sept millions de personnes déplacées à l'intérieur du pays dès 2026. Fin mars 2025, l'armée reprend officiellement le contrôle du centre de Khartoum, mais les infrastructures demeurent largement détruites et le retour à la normalité reste incertain.

Patrimoine et vie culturelle

Malgré les crises successives, Khartoum abrite un patrimoine historique et culturel remarquable. Le Musée national du Soudan conserve des collections archéologiques exceptionnelles, notamment des pièces issues des civilisations mérouïtique et nubienne. Les ruines de Méroé, inscrites au patrimoine mondial de l'UNESCO, sont accessibles à quelques heures de route au nord.

Le marché d'Omdurman, le souk le plus animé du pays, rassemble des artisans, des épiciers et des marchands de tissu dans un dédale de ruelles où se côtoient toutes les ethnies soudanaises. Les tombis, mausolées des saints soufis, constituent un autre marqueur identitaire fort de la culture soudanaise.

Les universités et le rayonnement intellectuel

Khartoum héberge plusieurs des plus anciennes universités d'Afrique subsaharienne, dont l'Université de Khartoum, fondée en 1902 sous le nom de Gordon Memorial College. Avant 2023, la ville comptait de nombreuses facultés de médecine, d'ingénierie et de droit, attirant des étudiants venus de toute l'Afrique de l'Est et de l'Ouest.

Économie et infrastructures de Khartoum

Avant le conflit de 2023, Khartoum concentrait l'essentiel de l'activité économique soudanaise. La ville abritait les sièges des grandes banques, des entreprises pétrolières nationales et des industries de transformation agroalimentaire. Le port fluvial d'Omdurman assurait une part significative du commerce intérieur, tandis que l'aéroport international de Khartoum reliait le Soudan aux grandes capitales africaines, arabes et européennes.

La perte des revenus pétroliers après la sécession du Soudan du Sud en 2011, combinée aux sanctions internationales imposées au régime d'el-Béchir, avait déjà fragilisé l'économie khartoumaise. Le conflit de 2023 a porté un coup sévère aux infrastructures existantes : ponts endommagés, réseau électrique paralysé, hôpitaux hors service. La reconstruction, lorsqu'elle sera possible, représentera un défi considérable pour les autorités soudanaises.

Questions fréquentes

Quelle est la capitale officielle du Soudan ?

La capitale officielle du Soudan est Khartoum. Elle siège à la confluence du Nil Blanc et du Nil Bleu et fait office de centre administratif, diplomatique et économique du pays depuis l'indépendance en 1956. Son agglomération, le Grand Khartoum, regroupe également les villes de Khartoum-Nord et d'Omdurman.

Quand Khartoum a-t-elle été fondée ?

Khartoum a été fondée en 1821 par les forces ottomano-égyptiennes sous les ordres d'Ismaïl Kamil Pacha. Le site, à la jonction des deux Nils, a rapidement attiré commerçants et administrateurs. Dès 1823, l'Égypte y installe le siège de son gouvernement colonial, donnant à la ville un rôle politique central.

Pourquoi Khartoum s'appelle-t-elle ainsi ?

Le nom "Khartoum" viendrait de l'arabe "khurtum", signifiant "trompe d'éléphant", en référence à la forme de la péninsule formée par la convergence du Nil Blanc et du Nil Bleu. Cette langue de terre triangulaire évoque visuellement la forme d'une trompe d'éléphant, ce qui aurait inspiré les premiers habitants pour nommer le lieu.

Qu'est-il arrivé à Khartoum en 2023 ?

En avril 2023, des affrontements violents ont éclaté à Khartoum entre l'armée soudanaise et les Forces de soutien rapide. La ville a été en grande partie dévastée, ses infrastructures détruites et sa population contrainte à fuir. L'ONU a qualifié la crise humanitaire résultant de ce conflit comme l'une des plus graves au monde en 2025-2026.

Quelle est la population de Khartoum ?

Avant le déclenchement du conflit en 2023, la région métropolitaine du Grand Khartoum comptait environ 7,1 millions d'habitants, ce qui en faisait la zone urbaine la plus peuplée du Soudan. Le conflit a provoqué un exode massif, rendant toute estimation récente difficile et incertaine.

Quelle est la différence entre Khartoum et Omdurman ?

Khartoum est le centre administratif et diplomatique du Soudan, tandis qu'Omdurman, située sur la rive opposée du Nil Blanc, est la plus grande ville du pays par la population et est considérée comme sa capitale culturelle. Les deux villes, reliées par des ponts, font partie du Grand Khartoum mais ont des identités distinctes : Khartoum est davantage institutionnelle, Omdurman davantage populaire et commerçante.

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