Le livre le plus ancien du monde : manuscrits et imprimés
Répondre à la question « quel est le livre le plus ancien du monde conservé à ce jour ? » n'est pas aussi simple qu'il y paraît. Tout dépend de la définition retenue : s'agit-il d'un rouleau de papyrus, d'un codex relié, d'un livre imprimé ? Selon le critère choisi, les réponses varient du troisième millénaire avant notre ère jusqu'au Moyen Âge. Tour d'horizon des principaux candidats à ce titre.
Qu'entend-on par « livre » ?
La notion de « livre » a considérablement évolué au fil des millénaires. Pour les historiens et les archivistes, trois formes principales sont distinguées :
- Le rouleau (volumen) : support d'écriture sous forme de papyrus ou de parchemin enroulé, utilisé notamment dans l'Antiquité égyptienne et gréco-romaine.
- Le codex : ensemble de feuillets reliés, ancêtre direct du livre tel qu'on le conçoit aujourd'hui.
- Le livre imprimé : texte reproduit en série par des techniques d'impression, qu'il s'agisse de xylographie ou de caractères mobiles.
Chacune de ces formes possède ses propres plus anciens exemplaires, ce qui explique la multiplicité des réponses selon les sources.
Le plus ancien manuscrit : le papyrus Prisse (vers 1800 av. J.-C.)
Parmi les rouleaux manuscrits, le papyrus Prisse est généralement reconnu comme le plus ancien livre du monde. Conservé à la Bibliothèque nationale de France (BnF) à Paris, ce rouleau de papyrus mesure plus de sept mètres de long pour quinze centimètres de hauteur. Sa rédaction est datée d'environ 1800 avant notre ère, sous le Moyen Empire égyptien.
Le document a été rapporté d'Égypte en 1844 par l'égyptologue français Émile Prisse d'Avesnes, d'où il tire son nom. Il est entré dans les collections de la Bibliothèque nationale le 8 janvier 1845. Son contenu est remarquable : il compile deux textes de sagesse de l'Égypte ancienne, l'Enseignement pour Kagemni et l'Enseignement de Ptahhotep. Ces textes seraient eux-mêmes des copies d'originaux bien plus anciens, remontant à l'Ancien Empire, soit vers 2400 avant notre ère, ce qui leur confèrerait une origine parmi les plus reculées de la littérature mondiale.
Le papyrus Prisse est un texte de sagesse : il consigne sous forme de conseils les leçons qu'un père transmet à son fils appelé à lui succéder. Sa forme de rouleau structuré, conçu pour être lu et transmis, en fait un ancêtre direct du livre au sens moderne du terme.
Le plus ancien codex : le Livre d'or étrusque (vers 660 av. J.-C.)
Si l'on adopte la définition du codex — un livre avec des feuillets reliés — le plus ancien exemplaire connu est le Livre d'or étrusque, également appelé Livre d'or orphique (Golden Orphism Book). Cet objet exceptionnel est composé de six feuillets en or pur à 24 carats, reliés entre eux par des anneaux métalliques. Il est conservé au Musée national d'histoire de Sofia, en Bulgarie.
Découvert dans les années 1940 ou 1955 — les sources divergent sur la date exacte — dans la région du fleuve Struma en Bulgarie, il aurait été remis anonymement au musée en 2003 par son découvreur alors âgé. Sa datation est estimée à environ 660 avant notre ère. Les feuillets arborent une écriture identifiée comme étrusque ainsi que des représentations figurées : un cheval et son cavalier casqué, une sirène, une lyre et des soldats.
Son statut de plus ancien codex du monde doit être nuancé : l'authentification complète de l'objet reste débattue au sein de la communauté scientifique, et la signification du texte gravé n'a pas encore été déchiffrée de façon consensuelle.
Le plus ancien livre imprimé daté : le Sūtra du Diamant (868)
Dans la catégorie des livres imprimés, le titre du plus ancien exemplaire portant une date explicite revient sans conteste au Sūtra du Diamant (en chinois : Jīngāng jīng), conservé à la British Library à Londres. Ce texte bouddhiste a été imprimé le 11 mai 868 de notre ère en Chine, par la technique de la xylographie : le texte était gravé sur des blocs de bois, puis encré et pressé sur du papier.
Le document se présente sous la forme d'un rouleau d'environ cinq mètres de long, composé de sept feuilles de papier collées bout à bout. Il a été découvert en 1900 lors de travaux dans un monastère bouddhiste près de Dunhuang, dans le nord-ouest de la Chine, où des dizaines de milliers de manuscrits avaient été murés dans une grotte depuis plusieurs siècles. L'archéologue Sir Marc Aurel Stein l'a acquis en 1907 auprès du moine gardien des grottes de Mogao.
Le colophon — mention finale inscrite sur le rouleau — indique qu'il a été « respectueusement confectionné pour une distribution gratuite universelle par Wang Jie, pour le mérite de ses deux parents ». Cette précision fait du Sūtra du Diamant non seulement le plus ancien livre imprimé daté connu à ce jour, mais aussi l'un des premiers témoignages d'une diffusion philanthropique de l'écrit.
Le plus ancien livre aux caractères mobiles métalliques : le Jikji (1377)
Une dernière catégorie mérite attention : celle du livre imprimé à partir de caractères mobiles métalliques. Le titre appartient ici au Jikji (Baegun hwasang chorok buljo jikji simche yojeol), un texte bouddhiste coréen compilant les enseignements zen de grands maîtres. Il a été imprimé en juillet 1377 au temple de Heungdeok, dans la ville de Cheongju (Corée), soit soixante-dix-huit ans avant la célèbre Bible de Gutenberg (1455).
En 2001, l'UNESCO a officiellement inscrit le Jikji au Registre de la Mémoire du monde, le reconnaissant comme le plus ancien livre encore conservé imprimé avec des caractères mobiles en métal. Seul le second des deux volumes originaux a survécu. Il est aujourd'hui conservé à la Bibliothèque nationale de France à Paris. Cette reconnaissance a relancé un débat historique sur les origines de l'imprimerie : si Johannes Gutenberg est traditionnellement présenté comme l'inventeur des caractères mobiles en métal en Occident, les Coréens avaient développé cette technologie bien avant lui.
Questions fréquentes
Quel est le plus ancien livre du monde ?
La réponse dépend de la définition retenue. Pour les rouleaux manuscrits, le papyrus Prisse (vers 1800 av. J.-C.), conservé à la BnF, est le plus ancien connu. Pour les codex reliés, le Livre d'or étrusque (vers 660 av. J.-C.) est le principal candidat. Pour les livres imprimés, le Sūtra du Diamant (868 ap. J.-C.) est le plus ancien exemplaire portant une date explicite.
Où est conservé le papyrus Prisse ?
Le papyrus Prisse est conservé à la Bibliothèque nationale de France (BnF) à Paris depuis son acquisition en 1845. Il est numérisé et consultable en ligne sur la plateforme Gallica.
Qu'est-ce que le Sūtra du Diamant ?
Le Sūtra du Diamant est un texte bouddhiste imprimé en Chine le 11 mai 868, par la technique de la xylographie. C'est le plus ancien livre imprimé portant une date explicite jamais retrouvé. Il est conservé à la British Library à Londres.
Le Jikji est-il le plus ancien livre imprimé du monde ?
Non, le Jikji (1377) est le plus ancien livre imprimé avec des caractères mobiles métalliques encore conservé, selon l'UNESCO. Le Sūtra du Diamant (868) lui est antérieur de plus de cinq siècles, mais il utilise la xylographie — des blocs de bois gravés — et non des caractères mobiles.
Quelle est la différence entre un rouleau et un codex ?
Un rouleau (volumen) est un support d'écriture enroulé, utilisé dans l'Antiquité notamment en Égypte et à Rome. Un codex est un ensemble de feuillets reliés, ancêtre direct du livre moderne. Le codex s'est progressivement imposé à partir du IIIe siècle de notre ère.
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