Wounded Knee : massacre de 1890 et siège de 1973
Wounded Knee est un lieu chargé d'histoire situé sur la réserve indienne de Pine Ridge, dans le Dakota du Sud, aux États-Unis. Ce nom évoque deux événements majeurs survenus à plus de quatre-vingts ans d'intervalle : le massacre de 1890, au cours duquel l'armée américaine tua plusieurs centaines de Lakotas, et l'occupation de 1973, quand des militants amérindiens s'y retranchèrent pendant 71 jours pour dénoncer les injustices fédérales. Ces deux épisodes ont profondément marqué la mémoire des peuples autochtones d'Amérique du Nord et continuent d'alimenter les débats sur les droits des nations indiennes.
Le contexte : une nation lakota dépossédée
Pour comprendre ce qui se passa à Wounded Knee, il faut remonter à la seconde moitié du XIXe siècle. Les Lakotas, peuple sioux des Grandes Plaines, vivaient alors dans un territoire ancestral qui s'étendait sur ce qui est aujourd'hui le Dakota du Sud, le Wyoming et le Nebraska. La découverte d'or dans les Collines Noires (Black Hills) en 1874 provoqua un afflux massif de colons blancs. Le gouvernement américain rompit unilatéralement le traité de Fort Laramie (1868), qui garantissait pourtant aux Lakotas la souveraineté sur ces terres sacrées. Les grandes chasses au bison furent décimées, les populations contraintes de se sédentariser dans des réserves étriquées, et la famine s'installa.
Le massacre de Wounded Knee (29 décembre 1890)
Dans ce contexte de désespoir, un mouvement spirituel nommé la Danse des Esprits (Ghost Dance) se répandit parmi les peuples autochtones à partir de 1888. Inspiré par le prophète paiute Wovoka, il promettait le retour des ancêtres morts, la disparition des Blancs et la restauration du monde indien. Les autorités américaines, inquiètes de cet élan de résistance culturelle, interdirent la pratique et cherchèrent à en neutraliser les leaders.
C'est dans ce contexte que le chef Sitting Bull fut tué lors de son arrestation le 15 décembre 1890. Son groupe se réfugia alors auprès du chef Big Foot (Spotted Elk), qui conduisit sa bande vers la réserve de Pine Ridge pour chercher protection. Le 28 décembre, la cavalerie américaine — le 7e régiment — intercepta le groupe et l'escorta jusqu'au ruisseau de Wounded Knee.
Le lendemain matin, 29 décembre 1890, les soldats entreprirent de désarmer les Lakotas. Lors de cette opération tendue, un coup de feu fut tiré — son origine exacte reste disputée. Les soldats ouvrirent alors le feu à bout portant, déclenchant une fusillade d'une violence extrême. Les quatre canons Hotchkiss positionnés sur les hauteurs balayèrent le camp. En quelques minutes, entre 250 et 300 Lakotas périrent, dont une majorité de femmes et d'enfants. Les corps furent enterrés dans une fosse commune sur place.
Le massacre de Wounded Knee marqua la fin des guerres indiennes aux États-Unis. Vingt soldats reçurent la médaille d'honneur du Congrès pour leur participation à cette action — une décoration que de nombreuses voix réclament encore en 2026 d'être retirée à titre posthume.
L'occupation de 1973 : Wounded Knee, symbole de résistance
Plus de quatre-vingts ans après le massacre, Wounded Knee redevint le théâtre d'un affrontement historique. Le 27 février 1973, environ 200 membres de l'American Indian Movement (AIM) — un mouvement militant fondé à Minneapolis en 1968 — ainsi que des Lakotas Oglala de la réserve de Pine Ridge occupèrent le hameau et l'église locale.
Leurs revendications étaient doubles : d'une part, dénoncer la corruption et les méthodes violentes du président du conseil tribal Richard Wilson, qui utilisait une milice paramilitaire pour intimider les opposants ; d'autre part, exiger du gouvernement fédéral qu'il reconnaisse la violation des traités indiens, notamment celui de Fort Laramie de 1868.
Le gouvernement américain répondit en encerclant immédiatement le village avec des agents du FBI, des marshals et des soldats. Pendant 71 jours, le siège se prolongea dans un contexte de tensions extrêmes : plus de 500 000 balles furent tirées par les forces fédérales. Deux occupants amérindiens furent tués, un marshal fut grièvement blessé. Le 11 mars 1973, les dirigeants de l'AIM proclamèrent symboliquement l'indépendance de la Nation Lakota Oglala sur le territoire occupé.
L'occupation prit fin le 8 mai 1973 après la signature d'un accord prévoyant des négociations sur les traités. Ces négociations n'aboutirent que très partiellement, et de nombreux militants furent poursuivis en justice. L'un des dirigeants de l'AIM, Leonard Peltier, condamné en 1977 pour le meurtre de deux agents du FBI lors d'un incident connexe à Pine Ridge en 1975, clama son innocence pendant des décennies. Il bénéficia d'une grâce présidentielle de Joe Biden en janvier 2025 après 48 ans d'incarcération.
Héritage et mémoire
Wounded Knee est aujourd'hui un site mémoriel visité par des milliers de personnes chaque année. La fosse commune où furent inhumées les victimes du massacre de 1890 est accessible au public. Des cérémonies commémoratives sont organisées chaque 29 décembre par les communautés lakotas, notamment la Bigfoot Memorial Ride, une chevauchée commémorative de plusieurs jours à travers le froid du Dakota.
Sur le plan juridique, les Lakotas poursuivent leur combat pour la restitution des Collines Noires. En 1980, la Cour suprême des États-Unis reconnut que ces terres leur avaient été volées illégalement et leur attribua une compensation de 106 millions de dollars — somme que les nations sioux refusèrent collectivement, exigeant le retour des terres plutôt qu'un dédommagement financier. En 2026, ce litige n'est toujours pas résolu, et le fonds fiduciaire a depuis lors dépassé le milliard de dollars d'intérêts cumulés, que les Lakotas continuent de refuser.
Questions fréquentes
Combien de personnes ont été tuées lors du massacre de Wounded Knee en 1890 ?
Les estimations varient selon les sources entre 250 et 300 Lakotas tués, dont une majorité de femmes et d'enfants. Du côté des soldats américains, 25 hommes périrent, en grande partie victimes de tirs fratricides. C'est le dernier grand massacre perpétré par l'armée américaine contre des populations autochtones.
Qu'est-ce que la Danse des Esprits et quel rôle a-t-elle joué ?
La Danse des Esprits (Ghost Dance) était un mouvement religieux prophétique apparu vers 1888, fondé sur la croyance que les pratiques rituelles permettraient le retour des ancêtres et la restauration du monde indien. L'armée américaine la perçut comme une menace et chercha à la supprimer, ce qui contribua directement à la tension qui mena au massacre du 29 décembre 1890.
Pourquoi l'AIM a-t-il choisi Wounded Knee pour son occupation en 1973 ?
Le choix était délibérément symbolique : Wounded Knee était déjà le symbole du génocide des peuples autochtones. En s'y installant, l'American Indian Movement entendait rappeler à l'opinion publique américaine et internationale la longue histoire des injustices subies par les nations indiennes, tout en dénonçant une situation contemporaine de corruption et de violence sur la réserve de Pine Ridge.
Où se trouve Wounded Knee aujourd'hui ?
Wounded Knee se trouve sur la réserve de Pine Ridge, dans le comté de Shannon (aujourd'hui comté d'Oglala Lakota), dans le Dakota du Sud, aux États-Unis. C'est l'une des réserves amérindiennes les plus pauvres du pays, avec des taux de chômage et de pauvreté parmi les plus élevés des États-Unis.