Xi'an et l'armée de terre cuite : histoire et découverte
Xi'an, capitale de la province du Shaanxi au centre-nord de la Chine, est l'une des villes les plus anciennes du pays et l'une des quatre grandes capitales historiques de la civilisation chinoise. Si elle concentre un patrimoine considérable — remparts médiévaux, Grande Mosquée, quartier musulman —, c'est avant tout l'armée de terre cuite enfouie à quelques kilomètres de son centre qui lui vaut une renommée mondiale. Ce site archéologique exceptionnel, découvert par hasard en 1974, constitue l'un des ensembles funéraires les plus spectaculaires jamais mis au jour et demeure un symbole de la grandeur de la Chine impériale.
Xi'an, carrefour de l'histoire chinoise
Fondée il y a plus de trois mille ans, Xi'an fut la capitale de treize dynasties chinoises successives, dont la puissante dynastie Qin (221–206 av. J.-C.) et la dynstie Han. Sous le nom de Xianyang puis de Chang'an, elle fut pendant des siècles le point de départ oriental de la Route de la soie, par laquelle transitaient soieries, épices et idées entre la Chine et le monde méditerranéen. Cette longue tradition de capitale impériale explique la densité extraordinaire de vestiges archéologiques qui entourent la ville moderne : tombeaux royaux, palais engloutis, nécropoles dynastiques. C'est dans ce contexte que s'inscrit le mausolée du premier empereur, dont l'armée de terre cuite n'est que la partie la plus visible.
Qin Shi Huang, le premier unificateur de la Chine
L'armée de terre cuite est indissociable de la figure de Qin Shi Huang (259–210 av. J.-C.), l'un des personnages les plus importants de l'histoire mondiale. Couronné roi du royaume de Qin à l'âge de treize ans en 246 av. J.-C., il mène en l'espace de quinze ans la conquête des six royaumes rivaux et proclame en 221 av. J.-C. l'unification de la Chine sous son autorité absolue. Il prend alors le titre inédit de Shi Huangdi — « premier empereur auguste » —, donnant naissance à une tradition impériale qui durera jusqu'en 1912.
Son règne laisse une empreinte durable : standardisation des poids et mesures, de l'écriture et des lois ; construction d'un réseau de routes impériales ; lancement des premières sections de ce qui deviendra la Grande Muraille. Dès son avènement, Qin Shi Huang ordonne également la construction de son mausolée, un projet titanesque mené durant près de quarante ans.
La construction du mausolée et de l'armée funéraire
Selon les sources antiques, notamment l'historien Sima Qian, la construction du complexe funéraire mobilisa près de 700 000 ouvriers et artisans sur plusieurs décennies. Le tertre funéraire principal, érigé aux pieds du mont Li (Lishan), culmine à environ 76 mètres de hauteur. Il est entouré d'une série d'enceintes et de fosses annexes destinées à reproduire, dans l'au-delà, le décorum de la cour impériale.
L'armée de terre cuite constitue la partie la plus extraordinaire de ce dispositif. Disposée en formation militaire à l'est de la tombe — direction symbolique des menaces ennemies —, elle était destinée à protéger l'empereur défunt dans sa vie après la mort. Les guerriers en argile remplaçaient une pratique plus ancienne et plus barbare : l'inhumation vivante des serviteurs et soldats au côté du souverain.
Les archéologues ont identifié trois fosses principales ainsi qu'une quatrième, vide, inachevée. Ensemble, elles recèlent plus de 8 000 figurines : soldats d'infanterie, archers, cavaliers, officiers, généraux, mais aussi 130 chars de guerre, 520 chevaux attelés et 150 chevaux de cavalerie. S'y ajoutent des figurines d'acrobates, de musiciens et de fonctionnaires découvertes dans des fosses secondaires, révélant que l'entourage civil de l'empereur était lui aussi représenté.
La découverte fortuite de 1974
Pendant plus de deux mille ans, l'armée de terre cuite demeura totalement ignorée, enfouie à plusieurs mètres sous les champs de la plaine du Guanzhong. C'est le 29 mars 1974 que tout bascule : Yang Zhifa et ses frères, paysans du village de Xiyang, creusent un puits en période de sécheresse à environ 1,5 kilomètre à l'est du tertre de Qin Shi Huang. Leurs outils heurtent des fragments de poterie, puis des formes humaines en terre cuite. Alertées, les autorités dépêchent une équipe archéologique qui mesure rapidement l'ampleur exceptionnelle du gisement.
La nouvelle se propage rapidement à l'échelle internationale. En 1979, un premier hall de protection est ouvert au public au-dessus de la fosse n°1. Le site est inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO le 11 décembre 1987, au titre du Mausolée du premier empereur Qin, reconnu comme l'un des chefs-d'œuvre du génie humain.
Les guerriers : un réalisme sans précédent
Ce qui frappe immédiatement le visiteur, c'est l'individualité de chaque statue. Contrairement à ce que l'on pourrait attendre d'une production de masse, aucun visage n'est identique à un autre. Les archéologues distinguent des dizaines de types faciaux différents, des coiffures variées selon les grades, des postures spécifiques à chaque fonction militaire. Les statues mesurent entre 1,70 et 2 mètres de hauteur selon le rang, les généraux étant les plus grands.
Les figurines étaient fabriquées par assemblage de pièces moulées — tronc, membres, tête —, puis personnalisées à la main avant cuisson. Elles étaient à l'origine recouvertes d'une couche de laque et peintes de couleurs vives : rouge, bleu, vert, noir. Ces pigments, extrêmement fragiles au contact de l'air, disparaissent en quelques minutes lors de l'exposition aux conditions atmosphériques, ce qui rend leur conservation en contexte de fouille particulièrement délicate. Des recherches sont en cours pour stabiliser ces polychromies avant extraction.
Des fouilles qui se poursuivent
Cinquante ans après la découverte initiale, les travaux archéologiques continuent. La fosse n°1, la plus vaste (230 mètres de long sur 62 mètres de large), est fouillée par phases successives ; la fosse n°2 n'a été que partiellement excavée. Quant à la chambre funéraire principale de Qin Shi Huang elle-même, elle n'a jamais été ouverte : les autorités chinoises ont choisi de différer son exploration, en attendant que les techniques de conservation soient suffisamment avancées pour protéger ce qu'elle contient.
Le musée du Mausolée de l'Empereur Qin Shi Huang, qui gère le site, accueille aujourd'hui près de cinq millions de visiteurs par an, faisant du complexe l'une des attractions touristiques les plus fréquentées de Chine et du monde. Yang Zhifa, le paysan qui fit la découverte en 1974, devint une figure célèbre, recevant des délégations du monde entier jusqu'à sa mort en 2021.
Questions fréquentes
Combien y a-t-il de guerriers de terre cuite à Xi'an ?
Les archéologues estiment que les trois fosses principales renferment plus de 8 000 figurines, dont des soldats d'infanterie, des archers, des cavaliers et des généraux, accompagnés de 130 chars et de plusieurs centaines de chevaux en terre cuite.
Pourquoi Qin Shi Huang a-t-il fait construire cette armée ?
L'armée de terre cuite devait protéger l'empereur dans sa vie après la mort, en reproduisant dans l'au-delà la puissance militaire qui lui avait permis d'unifier la Chine. Elle remplaçait l'ancienne pratique de l'inhumation de serviteurs vivants.
Quand et comment l'armée de terre cuite a-t-elle été découverte ?
Elle a été découverte par hasard le 29 mars 1974 par des paysans qui creusaient un puits à environ 1,5 kilomètre à l'est du tombeau de Qin Shi Huang, dans la plaine proche de Xi'an.
Le site est-il classé au patrimoine mondial de l'UNESCO ?
Oui. Le Mausolée du premier empereur Qin, qui comprend l'armée de terre cuite, a été inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO le 11 décembre 1987.
Peut-on visiter la tombe de Qin Shi Huang elle-même ?
Non. La chambre funéraire principale n'a jamais été ouverte. Les autorités chinoises ont décidé de ne pas l'excaver pour l'instant, dans l'attente de techniques de conservation suffisamment avancées pour préserver les artefacts qu'elle contient.