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Pourquoi Moscou est devenue un nouveau centre de pouvoir mondial

Publié 6. mai 2025 Mis à jour 15. juin 2026

Pourquoi Moscou est-il devenu le nouveau centre de pouvoir ?

Depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine en février 2022, Moscou a opéré un tournant stratégique majeur : en s'opposant frontalement à l'Occident, la Russie a reconfiguré ses alliances, étendu son empreinte dans le Sud global et consolidé sa posture de puissance dissidente au sein d'un ordre international en mutation. En 2026, la capitale russe se pose en tête de file d'un bloc antioccidental de facto, s'appuyant sur ses atouts militaires, son arsenal nucléaire, sa diplomatie tous azimuts et sa capacité à peser sur les équilibres régionaux dans des zones d'influence croissantes. Cette centralité est réelle, mais elle comporte aussi des fragilités structurelles profondes.

La rupture avec l'Occident comme levier de repositionnement

Le conflit ukrainien a fonctionné comme un accélérateur de rupture. En affrontant militairement un voisin soutenu par l'OTAN, la Russie s'est placée dans une posture de défi ouvert à l'hégémonie occidentale. Cette rupture, loin d'isoler durablement Moscou, lui a fourni un récit mobilisateur auprès de nombreux pays du Sud global : celui d'une puissance refusant l'ordre libéral imposé par Washington et Bruxelles. Le sommet de l'Alaska d'août 2025, lors duquel Vladimir Poutine a rencontré Donald Trump, n'a pas débouché sur une normalisation des relations russo-américaines ni sur une paix en Ukraine, mais il a illustré la capacité de Moscou à se maintenir au cœur des négociations mondiales. Les pourparlers se poursuivent en 2026 à Abou Dhabi et Genève, avec Moscou comme interlocuteur incontournable.

L'axe CRINK : la construction d'un bloc antioccidental

L'un des piliers de la nouvelle centralité de Moscou réside dans la formation d'un réseau d'alliances avec d'autres États en friction avec l'Occident. L'acronyme CRINK — pour China (Chine), Russia (Russie), Iran, North Korea (Corée du Nord) — désigne ce rapprochement de fait entre quatre puissances qui coordonnent leurs postures militaires, économiques et diplomatiques. Le traité de partenariat stratégique global russo-iranien, signé en janvier 2025, couvre les domaines commerciaux, militaires, scientifiques et culturels, sans aller jusqu'à une clause de défense mutuelle. L'alliance russo-nord-coréenne est en revanche plus formalisée : le traité de partenariat stratégique complet signé en juin 2024 entre Moscou et Pyongyang, suivi du traité de garanties de sécurité russo-biélorusse de mars 2025, forment l'ossature d'une architecture de défense mutuelle eurasiatique. En mars 2026, un traité d'amitié RPDC-Biélorussie est venu épaissir ce réseau. Le sommet trilatéral Poutine-Xi-Kim tenu à Pékin en septembre 2025 a encore renforcé ces liens, approfondissant le partenariat stratégique sino-russe et resserrant l'alliance russo-nord-coréenne. Ce bloc n'est pas monolithique — les intérêts divergent souvent — mais il constitue un contre-poids diplomatique et militaire au bloc occidental.

Les BRICS et la vision d'un monde multipolaire

Moscou investit massivement dans le cadre des BRICS comme vecteur de légitimité internationale et de construction d'un ordre mondial alternatif. Le groupe, qui compte désormais dix membres depuis son élargissement — Brésil, Chine, Égypte, Éthiopie, Inde, Indonésie, Iran, Russie, Afrique du Sud et Émirats arabes unis — représente une part croissante du PIB mondial. Sergueï Lavrov, lors de sa conférence de presse annuelle du 20 janvier 2026, a qualifié les BRICS de « modèle du futur ordre mondial multipolaire ». En 2026, c'est l'Inde qui préside le groupe, ce qui relativise la centralité russe, mais Moscou continue de se positionner comme l'architecte intellectuel du multilatéralisme anti-hégémonique. Le rapport Karaganov, document de référence dans les cercles stratégiques russes, théorise le rôle de la Russie comme pivot dans l'opposition entre l'Occident — cherchant à préserver son hégémonie — et la « majorité mondiale » revendiquant sa souveraineté pleine et entière.

L'expansion vers l'Afrique et le Sud global

L'Afrique constitue l'un des terrains d'expansion les plus visibles de l'influence moscovite. Depuis le milieu des années 2010, la Russie y a déployé trois leviers principaux : accords de sécurité, ventes d'armements et déploiement de forces paramilitaires. L'Africa Corps — successeur du groupe Wagner — est présent en 2025 en République centrafricaine, en Libye, au Soudan, dans les États de l'alliance du Sahel (Mali, Burkina Faso, Niger) et en Guinée équatoriale. Sur le plan diplomatique, la deuxième conférence ministérielle du Forum de partenariat Russie-Afrique s'est tenue au Caire en décembre 2025, réunissant les ministres des affaires étrangères et des hauts responsables de plus de cinquante nations africaines. Moscou a parallèlement ouvert deux nouvelles ambassades (au Niger et au Soudan du Sud) et porté à vingt-deux le nombre de pays couverts par ses « Maisons Russie » sur le continent. Les exportations agricoles russes vers l'Afrique ont atteint 2,8 milliards de dollars pour les huit premiers mois de 2025, illustrant la montée en puissance des liens économiques. Ces liens ne se limitent pas à la sécurité : ils visent à ancrer Moscou comme partenaire de substitution à l'Occident dans des régions historiquement sous influence française ou américaine.

L'atout nucléaire, socle de la puissance russe

Aucune analyse de la centralité moscovite ne peut faire l'économie de la question nucléaire. La Russie possède le plus grand arsenal nucléaire du monde : selon la Fédération des scientifiques américains, elle dispose d'environ 4 400 ogives nucléaires opérationnelles, dont 1 718 ogives stratégiques déployées — réparties entre missiles balistiques intercontinentaux, missiles lancés par sous-marins et bombardiers lourds. À cela s'ajoutent jusqu'à 2 000 armes nucléaires tactiques, selon les estimations du commandement stratégique américain formulées en mars 2026. Le traité New START, qui encadrait depuis 2010 les arsenaux stratégiques américain et russe, est arrivé à expiration en février 2026. Moscou a indiqué qu'il respecterait unilatéralement ses plafonds tant que Washington ferait de même. La Russie poursuit par ailleurs un programme de modernisation de ses vecteurs, incluant un planeur hypersonique monté sur ICBM et un drone sous-marin nucléaire, tous deux testés en 2025. Cette puissance de feu confère à Moscou une capacité de dissuasion que nul acteur occidental ne peut ignorer, même lorsque la Russie est diplomatiquement fragilisée.

Une économie de guerre sous haute tension

Le revers de cette ambition géopolitique est économique. Après deux années de croissance supérieure à 4 %, le PIB russe a ralenti à environ 1 % en 2025 et les perspectives pour 2026 demeurent moroses. L'inflation reste persistante, avec un taux directeur de la Banque centrale qui a atteint 21 % pendant près de trois trimestres. Le budget fédéral 2026 est structuré autour de la guerre : les dépenses de défense nationale atteignent 12,93 trillions de roubles (environ 161,6 milliards de dollars), tandis que l'ensemble des dépenses de défense et de sécurité représente environ 38 % du budget fédéral total, avec 84 % des dépenses militaires classifiées. La dix-huitième vague de sanctions européennes de juillet 2025 a abaissé le plafond du prix du pétrole brut russe de 60 à 47,6 dollars le baril, pesant sur les recettes. Cette économie de guerre produit un effet ciseau entre dépenses militaires contraintes et montée des tensions sociales.

Les limites de la nouvelle centralité moscovite

La montée en puissance de Moscou sur l'échiquier mondial comporte des limites structurelles importantes. D'abord, la Russie n'est pas une superpuissance au sens strict : seuls les États-Unis et la Chine peuvent légitimement prétendre à cette qualification. L'espace post-soviétique lui-même échappe progressivement à son emprise, ses voisins cherchant de nouveaux équilibres du côté de Pékin, Ankara ou des capitales occidentales. L'influence en Afrique, si elle est réelle, repose sur des partenariats transactionnels peu durables : Moscou reproduit les erreurs des puissances coloniales en privilégiant l'intervention militaire sans stratégie politique de long terme. Dans l'axe CRINK, les fissures sont visibles : lors de la guerre Iran-Israël, la Chine et la Russie ont évité de soutenir militairement Téhéran, révélant les limites de ces partenariats. Enfin, la dépendance croissante vis-à-vis de Pékin constitue une asymétrie structurelle : si Moscou se veut pôle d'un monde multipolaire, elle risque de n'être, à terme, qu'un satellite de la puissance chinoise.

Questions fréquentes

Pourquoi dit-on que Moscou est un nouveau centre de pouvoir mondial ?

Depuis 2022, Moscou a tissé un réseau d'alliances avec la Chine, la Corée du Nord et l'Iran, étendu son influence en Afrique et dans le Sud global, et s'est positionné comme champion d'un ordre mondial multipolaire via les BRICS. Combiné à son arsenal nucléaire — le plus grand du monde — et à son économie de guerre, cela lui confère un poids diplomatique et stratégique qui en fait un acteur incontournable des relations internationales en 2026.

Qu'est-ce que l'axe CRINK ?

L'acronyme CRINK désigne le rapprochement stratégique entre la Chine (China), la Russie (Russia), l'Iran (Iran) et la Corée du Nord (North Korea). Ces quatre pays coordonnent partiellement leurs postures militaires et diplomatiques face aux États-Unis et à leurs alliés, même si leurs intérêts divergent souvent sur des dossiers précis, comme l'a montré leur retrait lors de la guerre Iran-Israël.

Quel est le rôle de la Russie dans les BRICS en 2026 ?

La Russie est membre fondateur des BRICS, groupement qui compte désormais dix pays. En 2026, c'est l'Inde qui assure la présidence tournante du groupe. Moscou se sert des BRICS comme tribune pour promouvoir un monde multipolaire et alternatives aux institutions financières et commerciales dominées par l'Occident, comme le FMI ou la Banque mondiale.

Quel est l'arsenal nucléaire russe en 2026 ?

Selon le Bulletin of the Atomic Scientists, la Russie possède environ 4 400 ogives nucléaires opérationnelles en 2026, dont 1 718 ogives stratégiques déployées. Elle dispose également de jusqu'à 2 000 armes nucléaires tactiques. Le traité New START, qui encadrait les arsenaux stratégiques russo-américains, a expiré en février 2026 sans être renouvelé.

L'économie russe résiste-t-elle à la guerre et aux sanctions ?

L'économie russe tient, mais sous forte pression. Après une croissance de plus de 4 % en 2023-2024, le PIB a ralenti à environ 1 % en 2025. L'inflation est élevée, le taux directeur de la banque centrale ayant atteint 21 %. Environ 38 % du budget fédéral est consacré à la défense et à la sécurité. Les dix-huit vagues de sanctions occidentales pèsent sur les recettes pétrolières, mais n'ont pas provoqué l'effondrement économique escompté par leurs promoteurs.

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