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Le postillon : transport public et réseau postal au XVIIe siècle

Publié 8. juin 2025 Mis à jour 15. juin 2026

Postillon
Postillon · Unknown authorUnknown author · Public domain · Wikimedia

Au XVIIe siècle, avant les chemins de fer et les routes modernes, le transport rapide de personnes, de marchandises et de correspondances repose sur un système ingénieux fondé sur le cheval et organisé autour de relais réguliers. Au cœur de ce dispositif figure le postillon : ce cavalier ou cocher chargé de conduire voyageurs et dépêches d'un relais à l'autre constitue, à sa façon, l'un des premiers agents d'un transport public structuré à l'échelle du royaume de France.

Origines et organisation de la poste aux chevaux

Le système sur lequel s'appuie le postillon trouve ses racines dans la poste royale, institution créée progressivement depuis Charles VII au XVe siècle pour acheminer les messages du roi. C'est Louis XII qui, en 1507, autorise ses chevaucheurs de relais à louer des montures aux particuliers, ouvrant ainsi le réseau royal à un usage civil. Henri IV franchit une étape supplémentaire en permettant le transport de lettres privées, décision qui stimule fortement le trafic.

Le réseau s'étoffe rapidement : on recense quatorze routes de poste et 252 relais en 1584, puis vingt-sept routes en 1636. La grande réforme intervient en 1672, sous l'impulsion de Louvois, secrétaire d'État à la Guerre de Louis XIV : la poste aux lettres est alors pleinement organisée comme un service public cohérent, avec des tarifs, des itinéraires et des fréquences définis par l'État. Ce réseau demeure actif jusqu'à l'avènement du chemin de fer au XIXe siècle.

Le postillon : rôle et conditions de travail

Le postillon est l'homme de terrain de ce système. Attaché au relais, il appartient généralement au personnel du maître de poste, l'aubergiste-entrepreneur qui gère l'étape, entretient les chevaux et les fournit aux voyageurs et aux courriers officiels. Le postillon conduit — au galop, privilège accordé par le roi — un ou plusieurs chevaux de poste d'un relais au suivant, puis revient avec les montures fraîches pour le prochain passage.

Sa mission couvre deux activités complémentaires :

  • L'acheminement du courrier royal : escorter le « courrier », c'est-à-dire le messager officiel porteur des dépêches, de nuit comme de jour, sans interruption.
  • Le transport des voyageurs : conduire les particuliers qui louent des « chevaux de poste » pour parcourir les routes du royaume à vive allure.

Tenu à une tenue réglementaire — veste à boutons caractéristiques, corne de poste pour signaler son arrivée — le postillon incarne une figure reconnaissable sur toutes les grandes routes de France. Son statut est modeste mais son rôle est indispensable à la continuité du service.

Un réseau structuré : relais, distances et vitesses

L'efficacité du système repose sur la régularité des relais. Au XVIIe siècle, la distance moyenne entre deux étapes est de quatre à sept lieues de poste, soit entre 16 et 28 kilomètres. La lieue de poste est alors une unité précisément définie à 3 898 mètres, correspondant à ce qu'un postillon pouvait parcourir en une heure à cheval. Un cheval au galop couvre environ 20 km/h mais se fatigue vite ; le système de relais permet de maintenir cette vitesse sur de longues distances en changeant de monture à chaque étape.

Grâce à ce relais enchaîné, un courrier peut relier Paris à Lyon en deux à trois jours, là où un voyageur ordinaire, sans accès aux chevaux de poste, aurait mis une semaine ou davantage. Le transport postal devient ainsi, par sa rapidité relative, un véritable avantage stratégique pour l'administration royale, les marchands et les diplomates.

Le postillon dans le contexte plus large du transport public au XVIIe siècle

Le postillon et la poste aux chevaux s'inscrivent dans un paysage de transport public en pleine émergence. À côté du réseau interurbain, deux autres formes de transport collectif se développent au XVIIe siècle :

Les messageries

Les messageries — voitures collectives tirées par des chevaux — assurent le transport de voyageurs et de petits colis entre les grandes villes. Leur développement accompagne celui des routes royales. Moins rapides que la poste aux chevaux, elles sont moins onéreuses et accessibles à une clientèle plus large de marchands, d'artisans et de gens de condition moyenne.

Les carrosses à cinq sols

À l'intérieur de Paris, une innovation remarquable voit le jour en mars 1662 : les carrosses à cinq sols, imaginés par Blaise Pascal et le duc de Roannez. Pour la première fois, des voitures suivent des itinéraires fixes, des horaires réguliers et un tarif unique accessible — cinq sols la course. Cinq lignes desservent plusieurs quartiers de la capitale avec des départs espacés d'environ sept minutes et demie sur la première ligne. Ce dispositif préfigure les transports en commun modernes avec ses trois critères distinctifs : itinéraire constant, horaire publié, tarif uniforme. L'expérience s'avère cependant fragile : des restrictions sociales excluant une partie de la population, conjuguées à des difficultés financières, conduisent à la fermeture définitive du service vers 1677–1679.

Héritage et disparition du postillon

Le postillon reste une figure centrale du transport terrestre en France jusqu'au milieu du XIXe siècle, bien au-delà du XVIIe siècle. L'arrivée du chemin de fer à partir des années 1830-1840 rend progressivement obsolète le réseau de la poste aux chevaux. Le dernier service régulier de malle-poste à chevaux est abandonné en France dans les années 1870-1880. Le postillon disparaît avec lui, non sans avoir laissé une empreinte durable dans la culture populaire, la littérature et l'imaginaire du voyage.

Au XVIIe siècle, dans un royaume sans infrastructure moderne, le postillon représentait pourtant une forme aboutie d'efficacité logistique : un réseau maillé, des relais normalisés, un personnel dédié et une vitesse de déplacement inégalée pour l'époque. Il constitue, avec les messageries et les premières lignes urbaines de Pascal, le fondement historique des systèmes de transport public qui se développeront massivement aux siècles suivants.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un postillon au XVIIe siècle ?

Un postillon est un cavalier ou cocher employé par le maître de poste pour conduire, au galop, voyageurs et courriers royaux d'un relais de poste au suivant. Il est au cœur du système de la poste aux chevaux, réseau de transport rapide organisé par l'État français depuis le XVe siècle.

À quelle vitesse le postillon parcourait-il les routes ?

La lieue de poste, unité de mesure du temps, correspondait à 3 898 mètres parcourus en une heure. Les chevaux galopaient à environ 20 km/h, mais le changement de monture à chaque relais (distant de 16 à 28 km) permettait de maintenir cette allure sur de longues distances.

Quel était le premier transport en commun urbain en France au XVIIe siècle ?

Les carrosses à cinq sols, lancés à Paris en mars 1662 par Blaise Pascal et le duc de Roannez, constituent le premier réseau de transport public urbain structuré en France. Cinq lignes traversaient Paris avec des itinéraires fixes, des horaires réguliers et un tarif de cinq sols. Ce service ferma vers 1677–1679 faute de rentabilité.

Combien de relais de poste existait-il en France au XVIIe siècle ?

En 1584, on comptait déjà 252 relais de poste répartis sur 14 routes. En 1636, le réseau s'étendait à 27 routes. Ces relais, gérés par des maîtres de poste, assuraient la continuité du service en fournissant des chevaux frais aux postillons et aux voyageurs.

Quand le métier de postillon a-t-il disparu ?

Le postillon a décliné progressivement à partir des années 1830 avec l'essor du chemin de fer. Le réseau de la poste aux chevaux en France fut définitivement abandonné dans les années 1870-1880, mettant fin à plusieurs siècles d'un système de transport terrestre fondé sur le cheval et le relais.

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