Conquête de Babylone par Cyrus le Grand en 539 av. J.-C.
En octobre 539 av. J.-C., Cyrus II, roi des Perses et des Mèdes, s'empare de Babylone, l'une des plus grandes métropoles du monde antique, en moins d'une semaine de campagne effective. Cet événement met fin à l'Empire néo-babylonien et porte l'Empire achéménide au rang de première puissance mondiale. La conquête se distingue par une combinaison de tactiques militaires précises, d'une exploitation habile des divisions politiques et religieuses internes à Babylone, et d'une propagande soigneusement orchestrée qui transforme une conquête en libération.
L'Empire néo-babylonien à la veille de la chute
Au moment où Cyrus lance sa campagne, l'Empire néo-babylonien est affaibli de l'intérieur. Son roi, Nabonide (556–539 av. J.-C.), est une figure controversée. Pendant plusieurs années, il abandonne Babylone pour s'installer à Tayma, une oasis d'Arabie, laissant la régence à son fils Belshazzar. Cette absence prolongée paralyse le pouvoir central et désorganise les rites annuels du festival d'Akitu, cérémonie fondamentale au cours de laquelle le roi devait saisir la main de la statue de Marduk, dieu tutélaire de la ville.
Plus grave encore pour sa légitimité, Nabonide accorde une dévotion prioritaire au dieu-lune Sîn plutôt qu'à Marduk. Ce choix religieux aliène profondément le clergé de Babylone, les prêtres de l'Esagil (le grand temple de Marduk) et une partie de l'aristocratie urbaine. Cyrus saura exploiter ce mécontentement avec un sens politique remarquable.
La campagne militaire : d'Opis à Babylone
Cyrus n'attaque pas Babylone frontalement. Il prépare sa campagne en neutralisant d'abord les défenses périphériques et en ralliant des soutiens locaux. Parmi ceux-ci, Ugbaru (ou Gobryas dans les sources grecques), gouverneur babylonien de la province de Gutium, passe dans le camp perse et joue un rôle décisif dans les opérations à venir.
La bataille d'Opis (10 octobre 539 av. J.-C.)
Le premier affrontement majeur a lieu à Opis, sur le Tigre, au nord de Babylone. Les forces babyloniennes de Nabonide y subissent une défaite écrasante face à l'armée perse. La Chronique babylonienne évoque un « grand massacre » et une déroute des troupes de Nabonide. Le lendemain, la ville de Sippar, plus au sud, se rend sans combat. Nabonide lui-même prend la fuite.
Le détournement de l'Euphrate
Babylone est une forteresse formidable : ses murailles doubles et triples, décrites par Hérodote, sont traversées par l'Euphrate, dont les eaux alimentent les douves et les chenaux défensifs. Pour contourner cet obstacle, les ingénieurs de Cyrus mettent en œuvre une opération hydraulique audacieuse : ils détournent partiellement le cours de l'Euphrate en amont de la ville, en creusant ou en agrandissant des canaux d'irrigation existants, abaissant ainsi suffisamment le niveau du fleuve dans l'enceinte pour permettre à des soldats de progresser dans le lit du cours d'eau.
Les Perses ont délibérément choisi le moment de l'attaque : l'automne, saison à laquelle les cours d'eau de Mésopotamie sont à leur étiage naturel. Ce facteur réduit encore davantage la profondeur des canaux urbains.
La prise de la ville : surprise et portes ouvertes
Dans la nuit du 11 au 12 octobre 539 av. J.-C., Ugbaru mène un détachement perse à l'intérieur de Babylone en empruntant le lit de l'Euphrate dont le niveau a été abaissé. Selon plusieurs sources anciennes, dont la Chronique babylonienne et plus tardivement Hérodote et Xénophon, la population célébrait ce soir-là une grande fête religieuse. Les gardes, distraits ou pris de court, n'ont pas fermé les portes qui donnent sur les quais fluviaux. Les troupes d'Ugbaru pénètrent dans la cité sans combat, selon la formule consacrée des chroniques cunéiformes.
Nabonide, qui avait tenté de revenir précipitamment, est capturé peu après. La résistance organisée est quasi inexistante à l'intérieur des murs. Le 12 octobre, Ugbaru prend le contrôle de la ville et y installe des garnisons perses.
L'entrée solennelle de Cyrus (29 octobre 539 av. J.-C.)
Cyrus lui-même n'entre dans Babylone que dix-sept jours plus tard, le 29 octobre 539 av. J.-C., à la tête d'un cortège solennel. Cette entrée est soigneusement mise en scène : Cyrus se présente non pas en vainqueur conquérant, mais en libérateur choisi par Marduk pour délivrer la ville d'un roi impie. Il respecte les temples, ne pille pas la cité et se fait accueillir, selon les sources pro-perses, par des acclamations populaires.
Le cylindre de Cyrus : une conquête transformée en acte fondateur
Peu après la prise de Babylone, Cyrus fait rédiger un document exceptionnel : le cylindre de Cyrus, un rouleau d'argile inscrit en cunéiforme babylonien, découvert en 1879 dans les ruines de l'Esagil et aujourd'hui conservé au British Museum de Londres. Ce texte, rédigé selon toute vraisemblance par les prêtres de Marduk eux-mêmes, présente la conquête comme une mission divine : Marduk aurait choisi Cyrus pour remplacer le roi impie Nabonide et restaurer les cultes traditionnels.
Le cylindre annonce plusieurs mesures concrètes : le retour dans leurs cités d'origine des peuples déportés, la restauration de leurs temples et de leurs statues divines, et l'abolition du travail forcé imposé sous Nabonide. Souvent présenté comme une proto-déclaration des droits de l'homme — qualification anachronique que les historiens modernes relativisent —, le texte illustre avant tout la politique de légitimation et de tolérance religieuse qui caractérise la gouvernance achéménide.
Les conséquences immédiates de la conquête
La chute de Babylone marque la fin de l'Empire néo-babylonien et l'absorption de la Mésopotamie dans l'Empire achéménide. Cyrus prend le titre de « roi de Babylone, roi des pays », s'inscrivant dans la continuité des traditions royales babyloniennes plutôt qu'en rupture avec elles.
L'une des conséquences les plus célèbres est la libération des Juifs déportés à Babylone par Nabuchodonosor II (587 av. J.-C.). Cyrus les autorise à rentrer en Judée et à reconstruire le Temple de Jérusalem, un édit rapporté dans la Bible hébraïque (Livre d'Esdras, 1, 1-4) et partiellement corroboré par le cylindre de Cyrus. Cet acte vaut à Cyrus une mention élogieuse dans les textes bibliques, qui le désignent comme « l'oint » de Yahvé.
Sur le plan géopolitique, la prise de Babylone sans destruction massive renforce la stabilité de la nouvelle province. Les structures administratives babyloniennes sont largement maintenues, et la ville continue de prospérer comme l'une des capitales de l'Empire achéménide pendant encore deux siècles.
Questions fréquentes
Comment Cyrus le Grand est-il entré dans Babylone ?
Les troupes perses, commandées par le général Ugbaru, ont pénétré dans Babylone en empruntant le lit de l'Euphrate après que les ingénieurs de Cyrus eurent partiellement détourné le fleuve pour en abaisser le niveau. Profitant d'une fête religieuse et de portes restées ouvertes le long des quais, elles ont pris la ville sans combat significatif dans la nuit du 11 au 12 octobre 539 av. J.-C.
Pourquoi Babylone n'a-t-elle pas résisté à Cyrus ?
Plusieurs facteurs internes ont fragilisé la défense de Babylone : l'impopularité du roi Nabonide, absent de la ville pendant des années et en conflit avec le clergé de Marduk ; la défaite militaire décisive à Opis ; et le soutien d'une partie de l'élite babylonienne à Cyrus. La ville était puissamment fortifiée, mais ses défenseurs manquaient de cohésion et de volonté de combattre.
Qu'est-ce que le cylindre de Cyrus ?
Le cylindre de Cyrus est un document en argile inscrit en cunéiforme, rédigé vers 539 av. J.-C. après la conquête de Babylone. Il présente Cyrus comme un libérateur choisi par le dieu Marduk, annonce le retour des peuples déportés dans leurs terres d'origine et la restauration de leurs temples. Découvert en 1879, il est conservé au British Museum à Londres.
Cyrus le Grand a-t-il détruit Babylone ?
Non. Contrairement à de nombreuses conquêtes de l'Antiquité, Cyrus n'a pas pillé ni détruit Babylone. Il a au contraire respecté ses temples, maintenu ses structures administratives et cherché à se présenter comme le continuateur légitime des rois babyloniens. Cette politique de tolérance a contribué à la stabilité de l'Empire achéménide.
Quel est le lien entre la conquête de Babylone et la Bible ?
La Bible hébraïque (Livre d'Esdras et Livre d'Isaïe) mentionne Cyrus comme celui qui libère les Juifs déportés à Babylone et leur permet de rentrer en Judée pour reconstruire le Temple de Jérusalem. Ce décret est partiellement corroboré par le cylindre de Cyrus, qui évoque le retour des peuples déportés dans leurs terres. Cyrus est l'un des rares souverains étrangers à recevoir un jugement favorable dans les textes bibliques.
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